LE BROUILLARD
Du ciel bas, un brouillard tombe, et la ville entière Dans cette nuit diurne est comme un cimetière
Silencieux, vague, blafard; Du ciel jaune, un brouillard verdâtre, un brouillard tombe, Tombe, et chaque maison a l'air d'être une tombe
Qui s'exile au fond du brouillard.
L'espace se diffond dans un trouble morose, Et tout est loin de tout, la chose de la chose,
L'homme de l'homme, et moi de moi :
Le brouillard vert, dans les perspectives décrues. Entasse pesamment sur la torpeur des rues
Ses larges suaires d'effroi.
i8 SEUL.
C'est le temps de mourir, et l'on meurt; et la porte Où ne passeront plus les défunts qu'on emporte
S'ouvre devant le corbillard; Et la porte regarde entrer dans les ténèbres Ces morts et ces vivants dont les ombres funèbres
S'ensevelissent de brouillard.
Seuls dans les logis clos, les vieillards blancs d'années, Penchés vers le manteau des roses cheminées.
Écoutent descendre vers eux L'écho des glas lointains qui s'obstine à descendre. Vague, sourd, et qui vient s'assoupir sur la cendre
Avec des sanglots paresseux.
0 moribonds! Comment osons-nous vivre encore? J'entends se lamenter les douleurs que j'ignore;
La mort tinte en nous réclamant.
Voici l'heure ! Quittons la vie où nous passâmes ! L'immense solitude éparse dans nos âmes
Pleure pour éternellement.
l'attente. i9