L'ESCLAVE
Bète d'amour, es-tu la sœur, es-tu Tesclave ? Brute aux flancs lumineux, femelle aux larges reins, Bloc d'ennui, dans le flux onduleux de tes crins Ton corps désespérant roule comme une épave.
Esclave et reine, ô toi l'essor, et toi Tentrave ! Toi, source des douleurs et tombeau des chagrins, Toi que l'homme doit fuir à l'heure où tu l'étreins, Toi le baiser qui souille et toi l'amour qui lave !
Dire qu'un vaste esprit pourra sortir de toi, Et que le Rêve, aïeul des dieux, le Rêve-roi, Va germer de ta chair stupide, sur le monde !
Dors donc, toi qui fais vivre, et mourir, et penser ! Dors, et j'humilierai mon front vers ta peau blonde Qui ne comprendra pas l'honneur de mon baiser.