PRIÈRE DU SOIR
— Étoile du berger, fleur des cieux, lys de flamme, Chère étoile d'amour^ de douceur et d'espoir. Laisse monter vers toi les hymnes de mon âme Ainsi qu'un angélus monte dans l'or du soir...
— Les champs sont recueillis et le lac se repose : Lente, et moins lentement, du haut des coteaux blonds La chaste paix descend les pentes d'ombre rose Vers la sérénité mystique des vallons.
3i SEUL.
— Étoile du berger, fleur des cieux, lys de flamme, Toi qui fleuris, toi qui souris, toi qui guéris. Laisse monter vers toi les hymnes de mon àme Qui s'apaise aux baisers paisibles du vent gris...
— Le clocher du hameau baigne sa silhouette Dans les vapeurs de perle où s'endorment les bois : C'est l'heure sans péché que chantait l'alouette; La terre a du silence et le ciel a des voix.
— C'est l'heure d'être pur et calmé, l'heure brève. Chère étoile d'amour, de douceur et d'espoir. Laisse monter vers toi ma prière et mon rêve. Ainsi que l'angélus monte dans l'air du soir.
l'attente. 35
LA FIANCEE
Dans la paix de son lit d'azur, aux clous d'étoiles, La nuit sommeille, et vers sa chasteté sans voiles La senteur des prés verts et des blés jaunissants Monte avec des frissons pieux, comme l'encens D'un large encensoir d'or incrusté d'émeraudes : Les étangs assoupis ont des haleines chaudes Qui vaguent sur les joncs ou glissent vers les bois. L'immense plaine ondule en écoutant la voix Des trembles obstinés qui jasent, feuille à feuille : La terre, au loin, feignant de dormir, se recueille Comme une amante heureuse et lasse, jusqu'au jour, Et le silence attend le réveil de l'amour.
Oh, que le ciel est vaste et que mon âme est nue!
Tout seul ! El la voici revenir, l'inconnue !
Je l'évoque, j'approche, et je lui tends les mains.
— c( Nous nous sommes longtemps cherchés par les chemins
« Mais je te reconnais à force de l'attendre... »
C'est la sœur éternelle, une sœur calme et tendre.
Prise comme Éloa de pitié pour le mal.
Une enfant presque femme, un ange matinal
Qui m'a donné son cœur sans en vouloir rien dire,
Et qui, dans la candeur de son chaste martyre,
S'éveille à l'angélus en priant Dieu pour moi.
Elle est faite d'espoir, d'ignorance et de foi,
Et toute blanche, avec des yeux qui vont éclore :
Elle tâche à souffrir et ne sait pas encore;
Elle est grave toujours, elle est triste souvent;
Elle parle au nuage et se confesse au vent.
Aime tout, vient vers tous, sourit dès qu'on la nomme,
Croit voir dans l'avenir, mais ne voit rien de l'homme,
Et ses vœux sont pareils à des vers de chansons...
L ATTENTE
— 0 douce fleur, bleuet des prochaines moissons,
Lys encor sans parfum, rose à peine rosée,
Est-ce pour moi que tu frémis sous la rosée?
Est-ce moi qui viendrai, dans un soir estival.
Pour te chercher parmi les autres fleurs du val,
Et te cueillir d'un doigt pieux, fleur de ma vie ?
Où donc es-tu? Ta grâce est ma suprême envie
Et ta vertu d'enfant rajeunit ma vertu :
Où donc es-tu? De par le monde, existes-tu?
Existes-tu? Je t'aime et j'attends, quand peut-êlrii
Tu n'es pas née encore et ne dois jamais naître !
Mais mon cœur te bénit de pouvoir le bénir,
Et dardant mon regard au fond de l'avenir
Je t'appelle, et parfois j'entends que tu m'appelles,
Moi qui pleure tout seul quand les nuits sont trop belli s.