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DEUXIÈME SOLITUDE

L'ADORATION

ARGUMENT

Ainsi prêt à ramour, il attend, et soudain, il comprend qu'il aime : pour sa douleur, sans doute, car celle quil dut involontairement choisir est trop haut pour r apercevoir. N'importe ! Il s'extasie dans la gloire d'aimer, s'abîme dans un culte, roule dans un vertige, et, fou de sa nouvelle ivresse, ne se reconnaît plus en lui-même.

Il chante l'adorée en de longues litanies quelle n'entendra point : il est seul, mais sa solitude maintenant lui est douce, car il la peuple d'une idée, et, jour et nuit, l'absente l'accompagne. Elle vit en lui, il vit par elle : il Va revêtue de tous les charmes souhaités, et ce n'est plus une femme ou une enfant, mais l'idole dont il devient le prêtre agenouillé, et qu'il ne faudra pas flétrir.

U ARGUMENT

Parce qu'il n'apoint la richesse qui permettrait d'aller vers elle, il V adore de loin, attentif à ses gestes, réjoui de ses plaisirs, navré de ses tristesses, toujours seul.

Mais le mal se prolonge, et voilà que dans Vexil des mois son orgueil et son humilité sHmpatientent l'un Vautre, et son angoisse se révolte. Vivons! Puisque celle-ci n'entendra rien, que ne va-t-il vers d'autres? Maintes fois il l'essaye, et toujours il revient à celle qu'il ne veut espérer ni prier.

En d'autres temps, il l'eût prise; mais les lois du monde ayant mis entre eux le mur d'or, la fiancée de son rêve sera l'épouse d'un passant.

Un soir pourtant, il parle; et pour un sourire, il va se croire aimé.

Alors voici venir le prétendant acceptable : il est pourvu d'aïeux ou de richesses, il emmène la jeune fille, et celui dont je te conte l'aventure, mêlé dans la foule, assiste aux fêtes nuptiales.

Il part, emportant sa tristesse, et va demander

ARGUMExNT. ^5

une guérison à la nature qui le berce, le calme, le caresse. Il redescend en lui.

Il est seul, et tâche à consoler cet exil de la vie réelle en cet exil de la pensée, l'art.

l'adoration. 47

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