ENVOI. IX
mort possible, follement et furieusement, nous marcherons vers le but indiqué; car, pour que nous marchions, la nature a mis en nous des germes d'enthousiasme qui sauront éclore à l'heure obligatoire.
Et nous marchons ! Qu'importe à la divinité que plus d'un succombe en chemin? Il faut que des soldats roulent dans les sillons pour gagner les batailles qui assureront dans l'avenir la force et la grandeur d'un peuple; et s'il faut, pour perpétuer les races, que des blessés d'amour râlent au bord des routes, qu'importe à la nature? Ce n'est qu'un combattant disparu, et la Mère demeure assez riche pour ne pas compter ses cadavres. Ceux qui mourront de douleur, dans l'épuisemeiit du désespoir ou dans le renoncement du suicide, n'empêcheront pas que la règle d'amour subsiste impérissablement, et que leurs frères de demain, de ce soir, s'en aillent derrière eux vers le même devoir, à travers les mêmes périls.
Nous aimons, non pour nous, mais pour Dieu; non pour notre bonheur, mais pour notre tâche; nous aimons par obéissance, sans le
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savoir; nous aimons sur ordre, sans le comprendre.
L'indispensable est que nous aimions : nou> aimons.
L'amour, c'est la vie du monde, la vie des mondes.
Nous rapportons volontiers toutes choses à l'humanité, et volontiers nous ramenons à nous, nous restreignons à nos intérêts et nos aspirations les phénomènes de l'existence universelle. Il a toujours semblé à l'homme que l'ensemble des forces terrestres ou cosmiques ne travaillait que pour lui, se concentrait vers lui, et que son Ame était la fin de tout : les religions et les morales qui se sont succédé sur les points différents de notre globe ont entretenu dans les peuples cette vaniteuse illusion.
Un jour vint cependant où s'affirma la vérité qui nous replaçait à notre juste rang. Depuis