EXTASE
Le vaste étalement de la mer presque noire Envahit de son deuil l'horizon spacieux, Et bercé dans les bras du double promontoire S'alanguit sous la paix des cieux.
L'azur terne est troublé de points gris et tranquilles Qui sont des astres froids noyés dans des vapeurs, Et leur reflet s'allonge entre les deux presqu'îles Avec d'indicibles torpeurs.
L'ombre écrase d'ennui le gouffre où rien ne bouge; La Voie est un nuage oublié qui s'endort, Et le phare douteux semble une étoile rouge Accrochée au bas du ciel mort...
— Combienjet'aime,enfantmagiciue,et que je t'aime! Seul heureux, dans un monde étrangement navré, J'adore, et le chagrin du ciel m'est un blasphème Contre le fantôme adoré.
Je t'aime tant, et d'une extase si pâmée ! Oh, oui, ce soir, je t'aime immensément, et vois Que je ne t'ai jamais tant ou si bien aimée En aucun des jours d'autrefois;
Et que jamais, quand même, allumée à mes fièvres, Tu t'en viendrais vers moi, pâle et le cœur battantj M'ouvrir entre tes bras le chemin de tes lèvres, Je ne saurais t'aimer autant!
lOi SEUL.
Le rêve est consommé ! Défends-moi ta caresse : Car tu viens de m'offrir trop plus que ton baiser, Et j'ai vécu l'effort surhumain d'une ivresse Impossible à recommencer i
l'adoration. 105
UOMANCE
En Tâge de raison, traverser la folie D'un bel amour presque enfantin Et revenir au temps lointain De la jeune mélancolie !
Je te dois cette ivresse, ô toi qui n'en sais rien Car ta jeunesse a fait la mienne, Mais je mourrai sans qu'il advienne Que mon bonheur fasse le tien.