‹ SeulChapitre 78 sur 145 · LE MIROIR · texte numérisé non relu

LE MIROIR

L'odeur de vous flottait dans l'air silencieux :

J'ai vu la chambre vide et la table laissée.

Le livre où palpitait encor votre pensée,

Le miroir qui luisait comme un morceau des cieux

Alors, seul, je me suis incliné vers ces choses,

Et j'ai pieusement, de mes deux lèvres closes,

Baisé sur le miroir la place de vos yeux.

l'adoration. 121

Je n'ai point le désir de ta chair vénérable Et nulle femme encor ne m'a troublé si peu : Je t'aime avec stupeur, comme on adore un dieu ; Tu m'apparais dans un mystère inexorable.

Je suis loin : j'aurais honte à vivre devant toi, Et je ne saurais pas dormir sur ton épaule; J'ai peur : tu es la neige et la glace du pôle, Quelque chose de blanc qui me remplit d'effroi,

Est-ce bien toi que j'aime et pour moi que je t'aime?

J'attends, mais je n'attends de toi ni mal ni bien ;

Mes désespoirs d'aimer sont faits de n'aimer rien ;

Mes vœux sont de ne rien vouloir, malgré moi-même.

Mais j'attends et je veux , mais je veux et j'attends ! Quoi? Je ne le saurai jamais, et que m'importe? Que m'importe ! Je dois t'aimer, vivante ou morte. Moi, le mortel, pendant l'éternité des temps!

l'adoration. 1-23

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