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L'AGONIE

Elles m'ont enlacé, les vagues, mollement, Longuement, sans fureur, sans effort dans leur force, Et m'ont bercé dans leur monstrueux bercement ; Et plus étroitement de moment en moment. Elles ont enlacé mes membres et mon torse.

Féminine, et si douce en sa férocité, La mer qui me berçait pour m'emporter à l'aise, Ainsi que sur des bras amoureux, m'a porté Vers l'horizon, plus vite, et de l'autre côté J'ai vu diminuer la plage et la falaise.

l'adoration.

J'ai vu s'éteindre au loin l'or vert des goëmons.

Et les lames disaient en me roulant sur elles :

— « Sens-tu comme c'est doux et comme nous l'aimons.

J'écoutais palpiter mon cœur sous mes poumons

Et la froideur de l'eau distendait mes doigts frêles.

J'entendais sourdre au large un appel de sanglots, Et j'aurais bien voulu revenir vers la côte : Les terres n'étaient plus que de minces Ilots Que cachait tour à tour l'alternance des flots, Et je n'ai plus rien vu tant la mer était haute.

Les vagues murmuraient encore : « Viens là-bas...»

Et j'ai senti mourir ma volonté finie ;

Les vagues murmuraient : (( Tu ne reviendras pas, »

Et j'entendis sonner autour de mon trépas

Le rire triomphant d'une immense ironie.

Un rire énorme, avec des râles et des cris !

Et les cavales d'ombre à crinière chenue,

Sans nombre, se cabraient, folles, sous le ciel gris.

Pour se ruer par rangs serrés, et j'ai compris

Que la lutte était vaine et mon heure venue.

Ellespassaientjtordant mon corps froid, raoncorps las, Et l'autre succédait à l'autre, et la suivante, Comme d'autres, sonnait joyeusement mon glas.

— « Tu demandais l'oubli, c'est par nous que tu l'as.» ji Et mes yeux fatigués se fermaient d'épouvante. i\

— «Meurs. criaient-elles, meurs! C'est l'instant d'être un m Elles grondaient : (( 11 faut mourir !» — « Meurs, » criai en t- Chacune après chacune : — «A quoi bon tant d'effort? » Et dix autres : — a Jamais tu n'atteindras au port : « Meurs! » Et c'était la fin des minutes mortelles.

— « Il faut mourir ! Il faut mourir ! ))Et tout mourait, Dans mon corps, dans mon âme, espoir, orgueil, envie, Tout mourait, et sans trêve, et tout, fors le regret De partir sans t'avoir rien dit de mon secret, 0 toi qui m'attachais à la vie, ô ma Vie !

L ADORATION

ROMANCE

Si je ne t'aimais pas, la mer serait moins belle. Chère absente, et mon cœur, ivre d'immensité, N'entendrait pas la voix des astres qui m'appelb Si tu n'étais à mon côté.

Si je ne t'aimais pas, la nuit serait moins blonde. Chère absente, et c'est toi qui lui fais sa clarté. Mais je ne verrais rien de la nuit ni du monde Si tu marchais à mon côté.

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