CHAPITRE PREMIER
Le comté de Fife. — Largo-Bay. — Le laird Mac-Yvon. — Bataffle de Killikrankie. — Un lit de mort. — Alexander Selcraig oaS«]kiit.
Le vaisseau qui, côtopnt Test de l'Ecosse, jette Tanere dans ses eaux entre le 56* et le 97* degré de latitude , a derant hii un tableau digne d*exciter Fatfenfkm de ses passagers, s'ils sont connaisseurs'; même de son équipage, s'il n'est pas entièrement composé de vieux loups de mer, chez qui ITiabitude des grands spectacles de la nature a émoussé toutes les sensations admiratives.
Ce tableau, largemenl encadré à* Forient par les flots de FAtlantique, â Foccident par les monts Odiell, au nord et au midi par le golfe de Forth et le golfe du Tay, qui semblent Fétreindre entre leurs longs bras, c'est le joli comté de Kfe. Avec ses
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vastes pâturages, ses champs de céréales, ses cultures de safran et de colza, ses landes de bruyères et d'ajoncs, il apparaît d'abord comme un grand échiquier, dont les cases seraient revêtues de couleurs vives et contrastantes. C'est l'image de la vie agricole et paisible.
Si vous vous arrêtez à contempler les côtes seulement , au lieu de ce calme placide des champs et des herbages, c'est le mouvement que vous rencontrez partout. Quelle activité entre les golfes ! que de voiles, gonflées par le vent, se croisent en tous sens ! les barques des pêcheurs, chargées de saumons et de turbots énormes, regagnent les rivages, où d'autres barques sont en construction, où retentissent le bruit du marteau, les grincements de la scie ; la ville de Saint-André, la capitale du comté, quoique bien déchue de son ancienne splendeur, fait surgir devant vous la population affairée et criarde de son port, ses berges et ses quais couverts de tonnes de bière, de vastes amas de blé, de ballots de chanvre, de toiles et de cotonnades. Le commerce et rindustrie, avec leurs bruyantes nécessités, se sont fixés sur la côte maritime ; ce n'est plus l'image du repos, c'est encore celle du bien-être.
Mais si vos regards, au delà du rivage et des plaines, plongent jusqu'aux montagnes d'Ochell, dont les derniers échelons, aux masses arrondies et sail*
lantes, se dessinent à l'horizon comme une ceinture de forteresses enchaînées les unes aux autres ; si, parcourant de Fœil la ligne de ces hauteurs, vous les Yoyez s'unir à celles du Lothian, refuge pendant des siècles de ces farouches highlanders, la terreur des plaines ; si vous songez qu'Edimbourg est près de là, derrière le golfe de Forih ; que Dunbar et vingt iiutres vieux champs de bataille l'environnent, dors les cimes des pins et des mélèzes qui, par' milliers, se moiitrent tout le long des remparts de ces Alpes écossaises , vous apparaîtront comme une forêt de lances annonçant l'irruption des montagnards, et, pour peu que vous soyez facile à vous illusionner, vous croirez devoir assister bientôt à un spectacle de guerre et de destruction.
Voilà sous quel triple aspect se présente aujourd'hui le joli comté de Fife, et de ces trois tableaux disparates le dernier seul est fictif.
Il en était tout autrement à l'époque où nous allons transporter notre lecteur. La guerre y était partout; guerre de politique, guerre de religion, guerre de races. Au nom du roi, les highlanders (montagnards ) ravageaient les plaines ; au nom du Christ, les puritains incendiaient les églises; on luttait de l'épée et de la parole dans les villes, dans les châteaux, dans les prêches publics, dans les