Woode Rogen , t . II , p. 38 et suivatntas
le persécuteur fuyait devant le persécuté, le Due et la Duchesse continuèrent leur marche par la route des Indes. Le 20 juin I710,rescadre mouillait dans la rade de Batavia '.
Pendant cette relâche, Selkirk régla ses comptes en qualité de trésorier du butin. La valeur s'en élevait à plus de trois milUons. Pour sa part de prise, il eut droit à près de quarante mille francs (mille cinq cent quatre-vingt-quinze livres sterling). Enfin, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance et accompli son tour du monde, l'expédition rentra dans la mer du Nord, et, vers le milieu d'octobre 1711, elle jetait l'ancre dans la Tamise.
A Londres, les aventures et les malheurs de Selkirk, surtout son séjour prolongé dans l'île de Juan- Pemandez, lui valurent une espèce de célébrité et les amitiés les plus honorables.
En compagnie de son ami Robert, il ne tarda pas à se rendre en Ecosse et à prendre le chemin de Largo-Bay. L'un y allait retrouver ses souvenirs d'enfance, l'autre sa famille. Robert avait encore à Largo sa mère et ses sœurs, restées à la tète de la fabrique de balles de paume que son père y avait fondée.
1. A Batavia, on était au 21 jain. « En courant si fort à Touest autour du globe , dit Rogers, il se trouva que nous avions perdu un jour entier , comme il arrive d'ordinaire. »
En débarquant à Saint- André, Selkîrk fut pris d'un désir curieux de revoir son ancienne Ketty- Pretty. Une fois encore, il s'attabla devant le comptoir du Saumon royal.
Cette fois, en se retrouvant, Alexander et Catherine éprouvèrent sympathiquement un même sentiment de pénible surprise. Celle-ci, plus massive et plus rebondie que jamais, bourgeonnée, couperosée, touchait à l'extrême limite de sa quatrième et dernière jeunesse ;le solitaire de Juan-Femandez, quoique jeune encore, ne pouvait guère rappeler à la respectable cabaretière l'élégant pilote de la marine royale, encore moins l'écolier pâle et blond, dont elle avait été, quinze ans auparavant, les premières, les uniques amours.
« Est-ce bien vous, mon pauvre Sander ? lui ditelle d'un air de componction; je vous croyais mort.
— Je devrais l'être en effet, et depuis longtemps, Xetty ; mais qui donc vous a si bien donné de mes nouvelles?
— Hélas! c'est mon mari lui-môme.
— Vous êtes mariée, Catherine? tant mieux.
— Ah! le rusé! s'il m'a trompée en vous faisant mort, c'est qu'il savait bien que j'en avais dans l'aile pour vous ; je ne lui avais pas laissé ignorer que , tant que vous seriez vivant , je garderais ma
ikîk SEUL!
mam dians* m« pocfte » coimneon dit, en attendant Totre retour. Le ejei confonde tons ces capitaines de raccroc qui ne font le toor du monde que pour venir ensuite abuser de pauvres jeunes filles sans expérience I »
Un demi-jour commençait i se faire dans les idées de Seikiii^. Quoiqu'il n'eût jamais entendu parier des* prétentions de Straddlîng^ sur te cœur de Retty, te nom de celui-ci lui venait à la pensée, et sa haine se réveillait plus forte.
« Qui est donc votre mari ? Quel est son nom ? lui demanda-t-il la voix haute et d'un ton d'autorité.
— Ne vous emportez pas, Sander !' rT'allèz-vous pas lui chercher querelle maintenant?... Ce qui est fettt est fait; je suis sa femme, entendez-vous? Il n'y a plus à y revenir !...
— Eh ! qui songe à y revenir ? Je vous demande simplCTient à le connaître....
— Yens serez sage?... Vous me le promettez?... Eh bienl tenez, le voyez-vous, dans la seconde salle, à cette même place qu'il' occupait jadis T.. . Mais il n'a pins ma uniforme.... C'est celui qui vient de verser dn gin à des marins et quf trinque avec eux.... ît est debout.... et porte un tablier bleu et à& fauffie? mamdHes de même couleur.
— Sttraddiing ! n s'écria Selkirft les yeux étince-
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fente;... ^Rfekis â fe ▼we* âe ee taMiftr, dfe ces fàttsses mgmcbes, eïi retrouvant son térrfBte capifâiiié devenu ft^arwA^ment cafcaf etîer; sa» IteiiHer et ses* pto^ Jcffeî <fe reiig€?attce s'èleigmreiït toof à eoup.
A Largo*, il' alto droit sn àemkih (fe Marra la dtevrîèref ;: ef eomme eWte fixai* swr foi ses^ regaff ds mdêeis et éfcmaés :
« Je sfliff Oféf-SHoey »r M dtt-iT, sams^ rougir à ce nom cette fois; Maria se le rappela aussitôt. Kte n'atait G^)îé Mcun des (iétimis dig liai jbuvnée' qu'ils m^ie&t pmèt enseinMe sur' tes Bords^ de Ik KeS ; eMte était* eïiwre* Monde et jdffe ; mak elfe étkît de-» reafïee' fe fèmtm' &)m pèefteaf et! Bae mère fy tr&te iwarffiotei* Seftirit ne' cint pas» ievtâr lotfgiemi^^ prolongea' Pèntre^m.
Plttft tard, i* éç^wsai une* des soM»re dfe* Kofeert? Wïïfsi et renonça à smi étalf de* marini p^our diriger 1â M»fiq«e dTétï^fo dte^ largo-'Aa^.
Ddonpier vim souvent s'asseoir à^ ls\ [fith\& dit nmivean ménage.
L'histoiriK de to earplivîté d'AteXM»kr Sélfcirk âfeUM tme M«! ebâsertef (ta. giaadf (dicéao aiiail. éèfmyé to eMriarsalioi» des^salonerdé Londires etd'ÉdiiftbdQVg^p efle avaA (scmm dbns^ tes pfinoipales^ gazettes^ dbs^ TroivJloyBMitïe^;. ptusiaoDrs relati^iim apœvyphc»^ ew anraieaft déjkétt fvbliétô, lorsquren J7f7 Dmiel di'^ Foë fit paraître son Robinson.
C'est évidemment y dans l'épisode de Ftle^ le même personnage, relié à d'autres aventures; mais dans cette dernière version, luan-Femandez » en dépit des distances et des impossibilités^géographiquesy s'est peuplée de sauvages caraïbes; Harimonda s'est métamorphosée pour devenir le naïf Vendredi ; l'histoire a tourné au roman, et ce ro« man s'élève à toute la hauteur d'une œuvre philosophique.
En rendant pleine justice au mérite de l'écrivain, il faut reconnaître cependant qu'il a complètement altéré dans son sens moral la physionomie de son modèle. Robinson n'est pas l'homme livré au supplice de l'isolement ; il a un compagnon , et les sauvages font sans cesse irruption autour de lui. C'est l'Européen développant les ressources de son industrie pour lutter à la fois contre une terre inculte et les dangers que lui suscitent ses ennemis.
Selkirk n'a pas d'ennemis à repousser, et il habite une contrée féconde. Ce qui lui manque avant tout, c'est la présence de l'homme, c'est une de ces affections fraternelles auxquelles il refusait de croire. Ses souffrances lui viennent de sa solitude même. Dans la solitude, Robinson grandit et se perfectionne ; Selkirk, d'abord tout aussi plein de ressources que lui, finit par s'y abattre et s'y abrutir.
Lequel des deux est le plus près de la vérité ?
L'un n'est qu'une brillante personnalité exceptionneiUe ; car nulle part , dans aucun coin reculé du globe, on n'a retrouvé l'analogue du Robinson de Daniel ; l'autre , au contraire , on l'a retrouvé partout, dénonçant la faiblesse de l'individu isolé : mais cette faiblesse, cette défaillance morale, c^te impossibilité de vivre seul, même au milieu d'une nature prodigue, si ce n'est pas la glorification d'un homme , c'est bien plus , c'est celle de la société tout entière.
Par une admirable volonté de la Providence , l'être isolé n'est qu'un être imparfait; l'homme se complète par l'homme. A l'état de société, tous autant que nous sommes, depuis les plus grands jusqu'aux plus infimes, nous devons la force qui nous anime et nous soutient. Cet amour exagéré de l'indépendance absolue, que dans ces derniers temps quelques esprits aventureux ont essayé de mettre à la mode, n'est qu'un sentiment artificiel pour les individus, puissant et raisonné seulement pour les peuples. Croyons à ce qui nous rapproche, croyons au pays, au mariage, à la famille ; voyons avec quelque indulgence ce monde au milieu duquel nous vivons, et craignons de le rompre à force de vouloir le redresser. Au misanthrope Selkirk il a suffi de quelques mois de solitude pour lui faire
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comprendre que ce monxfe avait fe *rorf d'Jmposer des sacrifices en échange die tenrs les biens* qn'il donne. Les sociétés hamaines: onf Jeitrsr îtnperfectïons sans doute, ce n'est point Dfea qui les a organisées; mais c^est Bien* qui a profondément impfanté au cœur de l'homme Pînstmct de la sociaBilit^; c'est laî qui nous a créés pour viVre les uns pr& des autres et pour nous Tenir en aiide le^ uns aux autres'. Voilà pourquoi Fégofsme est un vice honteux, un crime f... c'est-^^ffrefa désertion d'une des grandes lois de la nature.
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