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En même temps que son renom de modestie, sa réputation de. scrupuleuse probité s'établit si bien parmi ses compagnons que, par élection, il fut spécialement chargé de la garde et du partage du butin. Les caisses du nouveau trésorier devaient s*emplir bientôt d'une façon toute merveilleuse aux dépens du roi d'Espagne.
Le 22 décembre, sur les cfttes du Mexique, à la hauteur d'Acapulco, un de ces galions de Manille, tant convoités naguère par Dampier et Straddling, la Nuestra Seûora de la Incarnation del desingano^ fut signalé, poursuivi et capturé par nos corsaires. Il produisit plus d'un million, tant en marchandises qu'en or et en argent. La Senara de la Incarnation reçut de ses vainqueurs le nom beaucoup moins pompeux de : le Bachelier (the Bachelor). C'était une frégate d'assez bonne apparence. Robert Prye en fut nommé le capitaine, et son ami Alexander Selkirk l'y suivit en qualité de chef d'équipage. Témoin de leur affection mutuelle, Rogers n'avait pas voulu les séparer *.
1. oc Entre nous, soussignés, a été convenu, à la pluralité des voix , que M. Robert Frye passerait à bord de la frégate le Bachelier, comme capitaine. Nous établissons en même temps M. Alex. Selkirk pour maître dudit vaisseau, Joseph Smith pour contre-maître, etc. » Woode Rogers. — Th. Dower. — W. Dampier, etc.
Dieu Sait si alors, à bord du Bachelier^ il fut souvent question des deux Largo, du golfe de Forth, du château de MacrYvon, et même du vieux Selcraig. Cependant IWkirk prétendait ne plus connaître à Largo que Maria la chevrière, et, lorsque d'un ton sérieux il parlait d'elle à Robert, celui-ci souriait, mais ne répondait pas, espérant que ce dernier rêve, éclos au milieu de la solitude, s'évanouirait bientôt de lui-même.
Quelque temps avant la prise du Bachelier^ nosgens s'étaient emparés d'un autre navire, nommé par eux le Marquis, Le Bachelier^ dans leur idée, devait servir de page au Duc^ à la Duchesse, et au Marquis. Ces dénominations témoignaient assez de la jeunesse et de la bonne humeur des chefs de l'expédition.
Les premiers jours de l'année 1710 virent la petite escadre, par l'extrémité occidentale du Mexique, s'enfoncer dans la mer Vermeille, golfe profond qui détache la Californie du continent américain.
Depuis son voyage de 1686, où, pour la première fois, il avait exploré la Californie, Guillaume Dampier nourrissait l'idée que le fameux passage du Nord-Ouest, poursuivi par tant de navigateurs pour la communication des deux grands océans, et changé aujourd'hui, et avec succès, en passage du Nord- Est, devait se rencontrer dans la mer Vermeille. Il
avait au6si à résoudre cette autre question : la Californie est-eUe une Ue ou une {uresqu'ile ? Il)>encbait pour la première de ces deux opinions K
Quoique Woode Ragers s'injtéressftt^ dans nn^ certaine mesure , aujL progrès de la science , peitf ^ être n*eût-U pas consenti à pousser ses exploratioas jusque dans ces parages, où il n'avait mdle chance de rencontrer des vaisseaux espagnols, si son adroit pilote ne lui avait fait entrevoir la Californie coiomie le pays de Tor par excellence.
Aujourd'hui que cette jvédté eflt devenue lînccintestaUie, que le nom seul du Sacramento rsemble emplir d'or la bouche qui le prononce, peai-!$tiie pouvons-nous , quoique la h&te nous .prenne de meUre fin à ce récit , 1^ suspendre un instant pow savoir sur quelles sortes de preuves San^ûer sçpuyait ses convictions, alors bien audacieuses.
Vers 1523, Cortez écrivait àCharles-Quint : « C'est là (en Califoniie), que sont les opulentes lies remplies d'or et de pierres précieuses. »
Sur cette affirmation du grand CkmquUitadùr^ Ses imaginations s'étaient émues. Durant un siède, ce fut parmi les hardis Argonautes à qui viendrait arborer son drapeau sur cette nouvelle Colcbidef
1. New Voy. round the World by captain Wliliam Dampier. Ton. l, ch. ix. ^ lires and Voyi(g« of l^eakt, Gaffindifiii ma Dampier. QSdinburg , 1832.)
défendue, disait-on , par les Apachei» , peuples terribles, sanguinaires, anthropophages, queCortezlui* même n'avait pu soumettre. Mais ce pays de For, cet EldoradOy comme on l'avait surnommé à l'avance, d'après l'indication même de la lettre, c'était dans les îles qu'on le cherchait d'abord ; les uns le placèrent ensuite bien avant dans les terres, du tîMé de la Nouvelle-Biscaye ou du Nouveau-Mexique ; les autres, dans les prétendus royaumes de Sonora ou de Quivira ; plus tard, Walter Raleigh le trans porta jusque dans la Guiane; puis, après bien des tentatives impuissantes , on nia ce qu'on ne pouvait atteindre ; de savants rapports émanés des diverses académies d^Europe, prouvèrent pertinemment que YEldorado n'était pas une terre, mais un rêve : à ce sujet, l'ancien monde brocarda le nouveau ; les Argonautes rentrèrent chez eux, et, pendant un autre siècle, on n'en parla plus que pour en railler.
Et, cependant, en dépit des sceptiques et des railleurs, quand la lettre de Cortez était oubliée, quand les expéditions pour la mer Vermeille étaient abandonnées, une rumeur vague, une tradition confuse, s'obstinait à voir encore du côté de la Californie une terre privilégiée dont les rivières roulaient de l'or, dont les montagnes étaient assises sur des massifs d'or ; les richesses du Mexique et du Pérou n'étaient rien en comparaison de celles qu'on devait y re-
cueillir un jour, qu'on y recueillait peut-être déjà en cachette. On parlait d'un lingot d'or natif, d'une pépite de quatre-vingts livres pesant. C'était la grappe d*or de cette terre promise.
Et cette fois encore les contes populaires ont eu raison contre les dissertations de la science. U Eldorado existait.... il existait où la tradition l'avait placé. Là où, selon le Dictionnaire d'Alcedo, on n'a découvert que des mines... d'étain ! là où Raynal n'a signalé de curieux que les poissons et les perles, déclarant, en Californie , la mer plus riche que la terre; là où, de nos jours même, le savant Huraboldt n'a rien vu, que des cactus cylindriques sur une terre sablonneuse, restait enfouie, comme un dépôt pour l'avenir , cette grande réserve , ce trésor du monde, qui, pour sortir de terre, senjblait attendre le moment où il tomberait entre les mains d'un peuple commerçant et industrieux, celui des États- Unis!
Après avoir quelque temps exploré ces parages, l'expédition retourna sur ses pas, et longea en sens inverse les deux Amériques, du cap San-Lucar au cap Horn ; mais, en passant sous silence leurs nouvelles luttes, leurs bonnes fortunes de corsaires, et tous les événements plus ou moins importants qui signalèrent cette longue traversée, il est un petit incident du voyage que nous ne pouvons taire, in-
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cident qui dut passer inaperçu d'abord, rencontre fortuite, sans résultats aucuns, mais qui semble servir providentiellement de contre-partie aux dernières aventures de Selkirk.
Entre les 52« et 53' degrés de latitude sud , du côté des îles Palkland, Woode Rogers donna la chasse à un vaisseau français sans pouvoir l'atteindre ; le Duc^ la Duchesse et le MarquiSy aussi bien que le Bachelier , en furent pour leurs frais de course.
Tel est l'événement dans toute sa simplicité. En voici la complication, le dramatique, le merveilleux!
Sur ce même vaisseau se trouvait Straddiing, le capitaine Straddiing, qu'on aurait pu croire de retour en Europe depuis six ans. Comment errait-il encore sur ces mers qu'il avait eu si grande hâte de quitter? Gomment était-ce à bord d'un navire français qu'il eût fallu le chercher aujourd'hui ?
Après avoir si traîtreusement abandonné Selkirk dans Ylsola di Tierra^ Straddiing n'avait plus songé qu'à regagner la mer duNord, et gouvernait à l'est, lorsque le Cinque'Ports^ pris à revers par une violente rafale, avait été se briser sur les récifs le long de la côte du Chili. Straddiing et les siens parvinrent à gagner une île du Uttoral, déserte, mais non fertile comme celle de Juan-Fernande z. Quand le
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faibles ressouroes échappées au naufrage furent épuisées» ne trouvant autour d'eux qu'un sol aride et nu, en proie aux tortures de la faim, les gens de l'équipage s'en prirent à leur chef comme à Xa cause priiemîëre de leur désastre. C'était sgai avarice ipii, contre les jatéréts de tous, Jui avait fait précipiter son «retour. Pour^iuoi ^'étaitil ^épané jde .Dan)|ûer« se réduisant aiosi à rim puissance des ^andes et fruQtuavses eotreprises ? On lui reprochait jies nruautés, son arbitraire, sa conduite envers Selkirk. Des pepreetàfB on passa À ia violence ; le farouche Lambert, «an ftme 4iinaée, osa le premier porter la main sur lui. Plus généreux, Davis et John &ick s'interposèrent pour le protéigi^. U en résulta ides ri&es où ie couteau mena/C^ déjouer hientol son r^' il fallait hien rire tm peu ! «onune ilisait encore te loustic lugubre.
Cependant un navire e^pi^gnol, mis sur la voie par les épaves du CinçpterParU» £e (présenta .devant l'fie. lies .maJbeureux iiajufr^gés se rendirent prisonniers avec 4es ms de ^e. Le «avire les trans^ porte À Lima*
« Après que le capitaine et les siens y lurent arrivés, poursuit Woode Rogers, .qui, pjus tard, avai recueilli x^ détails de la bouehe même de Stmd^ dUng, ils furent en^ptoyés à nettoyer la ville de ses inunondices, ou «aux travaux des routes. Il était
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même question d'envoyer StrâiUUîng aux juiae»» lorsqu'il essaya de ia Mie. lloaté sur ua^sanot» et résolu àe traverser Tisthme, pour y attendre quelque chaloupe anglaise de la JamajLqœ, il avait àé^ fait quatre cents lieues, lorsque repris, bAtonaé et jeté dans mie basse-fosse, il n'en sortit que f^our monter à bord de ce navire français que nous amms rencontré vers les lies Falldand, et qui reeuesUait sur sa route les prisonniers de guerre pour les échanger eu Europe ^ i>
Ainsi» dans le même instanl» à peine séparés par quelques degrés de longiUide,âtraddling et SeUurit s'étaient trouvés également enfermés dans une tle déserte ; plus tard» ia fuite de âtraddling à travers l'isthme, m capture par les Espagnols, le ch&tiiMDt corp(»rel qui hii est infligé, la basse*fosse qui loi sert de prison, ne reproduisent-ils pas exactement un des plus tristes épisodes de la vie de Selldrk, sa désertion du bord, son impuissante traversée du Barien, l'estrapade et le fond de cale?
Si le roman sait mieux dramatiser les faite que l'histoire, l'histoire, dans ses réalités, nous offre parfois des invraisemblances devant lesquelles le roman reculerait.
Après cette vaine poursuite du navire français où