GIAN-BATTISTA, DONNA PIA
Gian-Battista est assis dans un grand fauteuil; Donna Pia se tient
debout près de lui,
GIAN-BATTISTA
Non, j'ai fait une faute et dois m'en repentir ; Même au bras de mon fils je ne veux plus sortir, Plus revoir notre état de décadence infâme... Vois-tu, je ne suis bien qu'avec toi, chère femme, Qui partageas toujours mon deuil et ma prison... J'étais malade, eh bien...
Il lui baise la main.
Voilà ma guérison.
Dis-moi... n'est-il venu personne en mon absence ?
DONNA PIA
Si... de pauvres proscrits, qui demandaient licence De vous voir un moment.
GIAN-BATTISTA
Encor... Les malheureux!
Mais, hélas ! je n'aurais rien pu faire pour eux. Notre épargne n'était pas forte, cette année; On nous implore tant... je l'ai toute donnée. Notre trésor est vide, et c'est souvent ainsi. Pauvres gensl
DONNA PIA
Monseigneur, n'ayez aucun souci.
J'ai compris leur misère à leurs regards timides, Et pas un n'est sorti de chez vous les mains vides.
GIAN-BATTISTA
Cependant nous n'avions plus rien?
DONNA PIA
Hier, en effet, Mais non pas aujourd'hui.
GIAN-BATTISTA
Comment donc as-tu fait ?
DONNA PIA
Ne vous occupez pas de mes pauvres largesses. J'avais quelques bijoux, inutiles richesses; Car un deuil éternel par nous deux est porté. Ma parure, ai- je dit, sera la charité.