‹ Severo Torelli: drame en cinq actes, en versChapitre 50 sur 75 · ACTE III, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE Vil

PORTIA

Oh ! restez.. .Ne me fuyez pas... Non !...

Severo, cet instant dans ma vie est suprême.

Mais qui donc êtes-vous ?

PORTIA

Une femme qui t'aime !...

Et qui, pour te jeter ce mot qui Tétouffait, Va ! depuis bien longtemps te cherchait, te suivait, Sans avoir pu trouver le moment favorable...

Avant cette nuit-ci, cette nuit adorable, Où je puis, aux lueurs des étoiles des cieux, Voir mes astres chéris, enfant, qui sont tes yeux, Te dire mon amour en paroles confuses...

Et te prendre la main sans que tu la refuses !

SEVERO, abandonnant sa main à Portia.

Vous m'aimez?

PORTIA

Ah! toucher ta main, mon bien-aimé!

Mon cœur s'épanouit comme une rose en mai\.

C'est sa main, et je puis la porter à ma bouche. Ah ! vous ne savez pas, vous avez l'air farouche, Messire, et bien des fois, pour vous ouvrir mon cœur, J'ai voulu vous parler, mais vous me faisiez peur... C'est rare, n'est-ce pas, quand on vous voit sourire? Je t'aime ainsi!... Voyons, tu vas me laisser dire Comment cela me vint... Mais, par où commencer?

Ah ! oui, c'était un jour que je vous vis passer

Là-bas, sous les figuiers, prés de Saint-Jean l'Apôtre;

D'une main vous touchiez votre épée, et de l'autre

Vous teniez une fleur... Ah! dés que je te vis,

Je t'adorai!... Pendant longtemps je vous suivis,

La fleur tomba, je l'ai bien vite ramassée.

Et — ne vous moquez pas de la pauvre insensée —

J'ai dévoré la fleur en me réjouissant

De ce qu'un peu de toi me passât dans le sang!

Mais oui, monSevero, voilà comment je t'aime...

Je ne te prierai pas de m'aimer, oh ! pas même

De me le dire, non, ni de faire semblant.

Je n'ose même ici te parler qu'en tremblant.

Je suis belle pourtant, mais j'ai comme un présage,

Quand tu sauras mon nom et verras mon visage,

Que tu diras un mot qui me fera bien mal...

Jamais tu ne pourras m'aimer, mais, c'est égal,

Tu me laisses ta main, la nuit est amoureuse,

J'ai pu te voir de prés... et je suis bien heureuse !

SEVERO

O pauvre, pauvre femme!... Ah! celle-là, du moins, Nature, vaste ciel, vous en êtes témoins !

Celle-là, ce n'est pas un Torelli qu'elle aime. Non, ce sont mes vingt ans, ma jeunesse, moi-même ! Je trouve ce bonheur sur mon affreux chemin!

Femme, écoute-moi donc... Je serai mort demain.

PORTIA

Toi!

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