‹ Severo Torelli: drame en cinq actes, en versChapitre 59 sur 75 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, SANDRINO

Sandrine*, le petit orfèvre, entré tenant un poignard enveloppé dans un coin de son manteau.

SANDRINO.

Salut, messeigneurs.

RENZO, à Severo, avec impatience.

Ahî vraiment, l'on défend Bien mal ta porte...

A Sandrine

Il faut t'en aller, mon enfant, T'en aller sur-le-champ ; car, à l'heure où nous sommes, Nous ne devons avoir affaire qu'à des hommes.

SEVERO

Cependant... que veut-il?...

SANDRINO.

Excellence, pardon,

Je pars... Mais, hier matin, quand vous m'avez fait don

De votre chaîne d'or, en trop généreux maître,

Vous avez bien voulu, monseigneur, me promettre

D'accepter un cadeau de votre protégé.

Or toujours, en forgeant cet objet, j'ai songé

A la haine du Guelfe, à Pise dans les chaînes,

Au furieux tocsin des révoltes prochaines.

J'ai mis là tous mes soins, tout mon cœur, tout mon art;

Et, comme à notre chef, je vous l'offre.

Sandrine présente le poignard à Severo.

SEVERO

Un poignard !

A part, considérant l'arme, qu'il a saisie.

Il m'apporte un poignard ! O féroce ironie !

L'affreux désir me donne un frisson d'agonie ; Je le sens qui m'étreint le cœur comme un étau... Et c'est ce doux enfant qui m'offre le couteau!

Tirant lentement l'arme du fourreau.

Montre-toi donc, ô lame immaculée ! Émerge De ta gaîne, acier pur et froid comme une vierge ! Et réfléchis, avant de te rougir de sang, Pour la dernière fois les yeux d'un innocent!

Haut, à Sandrine, lui montrant la poignée de Parme.

Mais, Sandrino, quelle est cette tête énergique, Cet homme à l'œil austère, au front bas et tragique, Dont le col est drapé du vêtement romain, Et que, sur la poignée, a ciselé ta main ?

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