‹ Severo Torelli: drame en cinq actes, en versChapitre 64 sur 75 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SEVERO, seul

C'est bien ici... Je suis dans la chapelle basse... Et pour s'agenouiller devant la sainte châsse, Seul et sans arme, il va venir dans un moment. Moi, je tiens un poignard et j'ai fait ce serment : « — Je jure de frapper d'une main ferme et sûre, « De retourner le fer plongé dans la blessure, « D'égorger le despote en quelque lieu qu'il soit, « Même s'il est mon hôte et s'il dort sous mon toit, ce Même au pied de l'autel et pendant sa prière; « De frapper, s'il le faut, lâchement par derrière, « Et, comme un prêtre antique armé du fer sacré, « D'offrir cet holocauste à Pise. » — J'ai juré I La question est nette et je l'ai débattue Trop longtemps. Il faut en finir... Si je le tue, J'accomplis un serment sur Dieu même prêté,

Je rends, nouveau Brutus, Pise à la liberté,

Ou, du moins, de cent ans de honte elle est vengée,

Je punis le bourreau de ma mère outragée,

Et j'assure à jamais le repos et l'honneur

Du noble Torelli, du père de mon cœur...

Si je l'épargne, ainsi que ma mère m'en prie,

Je suis parjure au ciel et traître à la patrie,

Je fais tuer, demain, dix hommes innocents,

Je suis l'objet de haine et d'horreur des Pisans,

Et le nom respecté du vieillard qui m'adore,

Je le couvre de fange et je le déshonore 1

Il faut choisir, ô cœur intègre et vertueux!...

Et toi, Pise, cité des crimes monstrueux,

Toi qui vis d'Ugolin la famille farouche,

Dans la Tour de la Faim, leurs deux poings sur la bouche,

Résistant au désir de s'entre-dévorer,

Un autre Alighieri chez toi peut s'inspirer,

Car aujourd'hui, sans doute, 6 Pise, ô noir repaire

De forfaits, tu verras un fils tuer son père!...

Mon père!... L'est-il donc? Cest-à-dire qu'il a

Jadis, ce misérable et lâche Spinola,

A force de terreur, abusé d'une femme;

Et moi, grand Dieul je suis né de cet acte infâme,

Et, n'osant plus montrer mon visage au soleil,

Fils du tigre, je suis au tigre tout pareil 1

Comme lui cependant, comme ce père atroce,

Pourquoi ne suis-je pas une bête féroce ?

Pourquoi donc, si ma chair est faite de sa chair,

Mon état d'innocence encore m'est-il si cher?

Pourquoi suis-je encor plein de doutes et d'alarmes ?

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