‹ Sévices envers les Enfants: Prophylaxie et ExpertiseChapitre 18 sur 26 · ER · texte numérisé non relu

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Le médecin traitant qui aura constaté des marques de sévices sur des enfants ne devrait pas hésiter à dénoncer ces actes abominables, car lé secret professionnel ne s'étend pas jusqu'à couvrir les crimes {P. Parisot).

Ge qui précède s'applique surtout aux familles pauvres, mais de nombreuses erreurs dans l'éducation surviennent dans tous les milieux. Cela a une trop grande répercussion dans l’avenir de l'enfant pour que nous ne nous y attardions pas un instant.

Montaigne disait : « je trouve que 12s plus grands vices prennent leurs plis dans notre plus tendre enfance et notre principal gouvernement est entre les mains d= nos nourrices. » On ne pense pas assez à cela ou bien on s’y prend mal dans la plupart des cas. Certes, un enfant vigoureux et bien né suit sans difficulté le chemin qu’on lui indique, mais les réprimandes, les sévices moraux le pousseront malgré tout à la révolte qui n’est définitivement pas dangereuse.

Mais c2tte révolte bien souvent fausse le caractère, elle le replie, le retourne et conseille une ruse impie; et l'enfant ne cédant pas à l'influence familiale use à s’en délivrer la primzur de son énergie. Pouvons-nous compter le nombre des jeunes filles et jeunes gens qui n’attendent même pas d’étre majeurs pour déserter le foyer qui leur devient impossible ? Mais :ncore l'éducation qui contrarie l'enfant en le gênant, le fortifie dans ses intentions. Il y a de lamentables

vicimes de l'éducation. Que de parents se plaisent à recon-

naïtre chez leurs enfants, à encourager chez eux, leurs répugnances les plus niaises, leurs partis-pris les plus injustes, leurs incompréhensions, leurs phobies. Avec eux les hannetons mordent, ies sauterelles piquent, les vers de terre donnent des boutons. On retrouve d’équivalentes absurdités dans tous les domaines, intellectuel, moral, etc... * [ faut surveiller les enfants, les conseiller, mais au lieu de les accabler de reproches, mieux vaut éviter l’occasion d’avoir à en faire. Certains se masturbent. Quand on les prend sur le fait, le meilleur traitement est de les changer de milieu si possible et si nécessaire ou de les fatiguer par une gymnastique bien comprise qui les fera s'endormir le soir aussitôt au lit. Les réprimandes brusques, l’épouvante, ne donnent rien de bon. Il vaut mieux en parler librement leur « faire honte d’avoir préféré la possession de biens imaginaires à celle de biens véritables qui sont le résultat d’un effort. Loin de chercher à noircir leur vic?, il faut le leur présenter comme une des formes de ia paresse. » Il faut en quelque sorte sublimer une tendance, plutôt que de la dévier vers un subs- . titutif plus désastreux encore. C’est ainsi que l’on voit souvent certains enfants, qui souffrent d’une quantité de troubles, tics, manies, qui font dire qu’ils sont nerveux. On les soigne d'ordinaire par le repos et le grand air. Il est certain qu’un organisme robuste ne laisserait pas à ces troubles la licence de se produirz, mais la débilité les favorise sans pour-

tant les causer. On peut presque toujours trouver leur ori-

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gine dans un premier ébranlement de l’être, par quelque événement pénible du passé. Nous avons d’ailleurs en la psychanalyse un moyen précieux d'investigation. Le malade dès qu'il devient conscient de cette cause est à moitié guéri. Mais ceti: cause, le plus souvent, échappe à son souvenir, il faut la ramener en plein jour « un regard clair nettoye la conscience comme un rayon de lumière purifie une eau infectée. » Dans ce but, il faut questionner l'enfant souvent, mais peu à la fois, gagner sa confiance, triompher de sa pudeur, de sa réserve, et surtout ne pas lui suggérer ce qu’il avoue, le résultat serait alors désastreux. Tout cela nécessitant en vérité beaucoup de tact et de doigté, on ne peut évidemment en demander tant à tous les parents'et à tous les éducateurs.

Mais ces notions pourront être précieuses pour le maïitre à qui l’on va maintenant confier l'enfant.

Pendant la période scolaire se fait son développement physique, intellectuel, moral. C’est un moment critique dont . dépendront sa santé et la destinée de toute sa vie. À côté de son rôle d'éducateur, l’école doit avoir un rôle d’éleveur et doit, en outre, inculquer à l'enfant des notions d'hygiène (propreté, lutte anti-alcoolique, travail manuel, travaux ménagers, éléments d2 puériculture) qui les guideront pendant toute la vie. Il est évident que pour l'instant il est bien difficile d’exiser un mode pédagogique adopté suivant le tempérament de chaque élève, mais on peut déjà obtenir de bons résultats

par la collaboration harmonisuse du maître et des parents.

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Là vient aussi se placer, le rôle du médecin scolaire. Celui-là, bon clinicien, rompu à la pratique des enfants doit être doublé d’un hygiéniste voire même d’un éducateur. Lui seul, saura se rendre compt: s’il y a surmenage intellectuel pour les enfants, en général, ou pour tel élève, en particulier. Il pourra régler les exercices physiques, faire certaines remarques utiles sur les écoliers chétifs, les signaler à l'attention du- maître et les placer aussi sous sa protection, contre certaines brimades des camarades. Les visites de classe devraient se faire au moins tous les mois. L2s enfants seraient examinés les uns après les autres. Le médecin désignerait ceux d’entre eux qui auraient besoin de consultations spéciales, indiquerait la place qu’ils devraient occupzr dans la classe, suivant la diminution qu’ils pourraient présenter dans l’acuité de l’audition ou de la vision. Il pourra même conseiller Ie métier le plus en rapport avec les aptitudes intellectu®lles et physiques de chacun. Il ferait même parfois avec grand profit des conférences d'hygiène.

L'infirmière scolaire assiste le médecin et veille à l’exécution des mesures prescrites. Elle pourrait aussi s’enquérir à domicile du motif d'absence d’un élève fréquentant une école gratuite et pénétrerait ainsi dans !2s milieux familiaux, pourrait dépister des parents indignes, coupables de sévices ou de manque de soins ou même rapporter son avis sur l’opportunité d’un secours. cE

Il existe dans certaines villes un carnet sanitaire indivi-

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duel où le médecin consigne le développement de l'enfant, ainsi que les maladies et tous les incidents d? la croissance. Cela permet la surveillance efficace de l'enfant, suivi ainsi durant toute sa carrière. D'autre part, les coupables de sévic:s ainsi contrôlés, se garderaient bien de porter des coups violents qui pourraient laisser des traces probantes. Mais, l'inspection médicale scolaire n’est malheureusement encore qu’à l’état rudimentaire dans trop de villes et la plupart des villages.

L'enfant pauvre quitte l’école vers douze, treize ans, pour apprendre un métier. Il ne trouve pas toujours à l’atelier ds patrons et des contre-maîtres bienveillants. Le seul moyen de contrôle qui existe envers ces derniers se résume en France en des inspecteurs du travail qui ne sont pas des méd2cins. Certes des hygiénistes spécialisés dans ce genre d'inspection accompliraient une besogne bien plus efficace. Trop souvent, on admet dans les usines des enfants chétifs de moins de douze ans sans aucun examen médical préalable exigé par la loi. L:s sanctions des inspecteurs devraient avoir plus de portée, et ceux-là devraient être plus nombreux. Il existe des surintendantes d'usines d'initiative privée, surveiljant et dirigeant l'organisation sociale de l’usine en ce qui concerne le bien-être matériel et la préservation morale des ouvrières ; c'est une idée à encourager et à développer qui devra porter particulièrement son attention sur les enfants.

Ainsi, à la maison, à l’école, à l’atelier, le médecin de-

vrait-être intimement mêlé à la vie des enfants. Les parents ne devraient pas hésiter à leur demander tous les renseignements nécessaires à leur éducation. Ils ont coutume de s’occuper seulement de leur poids, de leur alimentation, de leurs vêtements et ne surveillent pas assez leur nourriture morale ou plutôt la surveille mal.

Nous possédons, en somme, tous les éléments essentiels de la prophylaxie, elle touche à des organisations variées, il serait utile d’attirer leur attention particulière sur ce sujet. Mais un: application plus stricte, une extension plus grande de ces moyens sont nécessaires. L'état devrait dans ce but aider à la création de nouvelles œuvres qui n'existent en vérité que dans les grandes villes et presquz pas à la campagne où, cependant les sévices sont les plus répandus. I] serait aussi souhaitable que les articles 312, 331, 332 et 333 du Code pénal fussent portés à la connaissance des intéressés par voix d'affiches dans les établissements pénitentiaires, les asiles, les hospices, les écoles publiques et privées et les usin®s. Il vaut mieux protéger les enfants bien portants et remplis d'avenir que de soigner des vieillards et des infirmes couverts de misères physiques, qu'une vaine thérapeutique entretient et désole à la fois.

Dans celte vue d'ensemble de la question, nous avons envisagé l2s sévices dans le sens juridique et les sévices mo-

raux. La majorité de ces derniers sont dues à des erreurs

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de l'éducation, erreurs commises de bonne foi dans certains cas, mais désastreuses quand même. |

I! serait souhaitabl= que les parents et les éducateurs, en général essaient de pénétrer le « mystère de l’enfance ». k

« Au moment de se pencher sur l’énigme le sage.se demande, avec une épouvante sacrée, s’il ne risqu® pas de chasser un dieu quand il veut traquer les mauvais génies. » Nous conseillons à ce sujet la lecture d’un beau livre « L'enfant sans défaut », ds Gil Robin. PERS

Mais les cas d’expertises médico-légales sont encore fréquents, nous allons donc dans le chapitre suivant indiquer la conduite du médecin expert, dans son enquête, dans son exa-

men de la victim=, et en cas d’autopsie.

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