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Au xvii" siècle la sculpture et la peinture ont atteint leur apogée à Séville. L'architecture elle, alerte et vivace, continue à prospérer et à produire de nouvelles œuvres, mais sa valeur intrinsèque décline singulièrement, étoudée qu'elle est par des surcharges accessoires. Le mal s'aggrave au xviiT siècle : la sève se ralentit dans toutes les branches de l'art et nous n'y trouvons plus une seule œuvre vraiment éminente. Pourtant on construit nombre de chapelles et de couvents, on peint une foule de tableaux, on sculpte et on cisèle une multitude de statues, de figures, mais pas un de ces ouvrages ne peut nous retenirplus d'un instant. Quand un édifice du xviir" siècle mérite une visite, ce n'est pas pour luimême mais pour les œuvres d'art antérieures qui y sont enfermées. Dès le XVir siècle les monuments nous intéressent beaucoup moins que leur contenu artistique. Mais la chose s'accuse encore bien plus dans la période à laquelle nous arrivons. Aussi ne parlerons-nous dans ce chapitre que des édifices qui servent d'écrin, souvent indigne, à de précieuses œuvres d'art ou à d'autres curiosités. Les Arènes etla Fabrique de tabac que nous rangeons dans cette dernière catégorie feront l'objet de deux descriptions ultérieures auxquelles nous ajouterons un tableau de la Feria de Séville.
C'est à San Luis des Jésuites que l'on peut le mieux étudier Pedro Duque Cornejo, le meilleur représentant de la sculpture baroque. Les autels de cette église reçoivent outre la surcharge d'une foule de ciselures, de peintures, de glaces et d'enjolivures, plusieurs statues de cet artiste. On rencontre encore ici quelques toiles de Zurbaran ; saint Louis roi de France sur le maître-autel; une Annonciation et une Naissance du Christ sur deux autels latéraux. San Antonio Abad, ancienne église d'hôpital, possède un joli groupe de Montanez: la Vierge et saint Joseph contemplant Jésus endormi, et une Immaculée Conception de Pacheco. San Clémente, l'église des Cisterciennes, mérite unevisite surtout àcause de son maître-autel orné de multiples sculptures parmi lesquelles se trouve
une Immaculée Conception, l'une des meilleures œuvres de Montaiiez. L'église du Doux Nom de Jésus contient aussi une remarquable statue de ce maître : Santo Cristo del amor. Il faut citer San Bernardo parce que cet
édifice élevé de 177S à 17^5 inarqiu- II- rcluur à la sé\ éro simplicité de la Renaissance et l'éloignemeni du stvle baroque dont on avait jusqu'alors <:ultivé la tïiclifuse intempérance. On y voit une des toiles les plus jîrandiosesdllerrera le vieux : le Juyementdernier, qui est malheureusement trouée en plusieurs endroits et .sur laquelle dégouttent les cierges. Le groupe du Cristo de la Saludet delà .Maria Santisimadel Refugio est
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peut-être la plus belle œuvre du sculpteur Pedro Roldan. Les hauts reliefs de la Sainte-Trinité et du couronnement de la Vierge, que Ton a séparés ici quoiqu'ils doivent aller de pair, comptent parmi les bonnes œuvres de Montanez. Dans l'église San Bartolomé, aussi simple que jolie, consacrée en 1806, on montreune belle grille plateresque du xvi*' siècle, un retable surchargé il est vrai mais très bien exécuté en style baroque et un ravissant tabernacle Renaissance en argent. L'église Santiago qui s'élève sur rem))lacement d'une mosquée, à laquelle on a fait plusieurs additions mais qui d'ensemble est de la fin duxvill° siècle, renferme plusieurs peintures de Pacheco. On conserve dans la sacristie le manteau du couronnement de Charles-Quintdont l'empereur fit, dit-on, présent à cette église en 1526 lors de son mariage avec Isabelle de Portugal, tradition qui n'estconfirmée par aucun document. Cet ouvrage qui selon toute apparence est un travail flamand de la période de transition entre le gothique et le Renaissance représente en de riches broderies trois sujets différents : au centre la Vierge entourée d'anges ; à droite un pape, un archevêque et un chevalier (saint (îeorges sans doute; et, à gauche trois saintes. Ce remarquable manteau a fort souffert des mauvais traitements auxquels il fut longtemps exposé et ce n'est que depuis peu qu'on a compris sa valeur et qu'on le garde avec soin. La petite chapelle de Escuela de Cristo oflFre un autre souvenir germanique, un tableau allemand de 1538 qui orne un autel de la sacristie. Cette remarquable peinture qui trahit son origine par la nature du sentiment dont elle témoigne, représente le Christ entre les deux larrons et, au picxl d(* la croix, un cavalier qui se tourne vers le Sauveur et près de la tète da([U(*l on lit en vieil allemand : Cet honinic est vraiment le fils de Dieu, et au-dessus du bon larron : Père, je remets mou âme entre vos mains.
L'église San lldefonse déjà fondée sous les Wisigoths mais qui reçut plus tard nombre d'additions et ne fut terminée et consacrée à nouveau qu'en 1841 doit être mentionnée surtout parce qu'elle renferme un des trois plus vieux tableaux de Séville. Comme l'Antigua à la cathédrale et la Vierge de Rocamadourà Saint-Laurent, Nuestra Seiiora del Coral à San lldefonse appartient au xiV" siècle et présente déjà des traces d'influence italienne ou française. La peinture exécutée sur une couche de stuc raffermie par des roseaux, mais fortement restaurée et transformée au XVI P siècle, représente la Vierge avec l'Enfant Jésus qui porte autour dn cou une chaîne au bout de laquelle pend une branche de corail. Sur le fond primitivement doré on ajouta au xviT siècle des têtes d'anges qui sont très sombres. On trouve encore ici une vieille statue du xiiT siècle, une
Vierye habillée de vêlements blancs qui eux aussi ont pli d'années d'existence.
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remarque-, k-s a/ulfji.s des X\:- oi \\\\ sii-idc-^naires dauln-> olifu-.-s déiruit^. lnr- dt- Kt Kc-Vi^ cloître <iui sont .■tunrr à Iiriir \<V.ivy yt'umûw. beaucoup dcriiivasimi l'raiii.ai-'f l't d'un iiici-iidi relijfieux fut supprimé vn \!^;,^ cl pt-u tlaniive^ monastère et de léylise. On ne modifia ixdlfgrande fenêtre que nécessitait l'éilairai^i'. M de peintures qu'on y trouve en comjiaraison dt le Musée Provincial de Séville compte pourta
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des méritent d'être rtr d'entrée, origi- [e iSeiS. et ceux du iiistrufliou souffrit I iSio L'élalitissement ires lin tîl un mu^ée du jticn y pratiquant une tit que soit le nombre .utrt's galeries célèbres, parmi les plus remar-
quables collections de ceyenreet les plus dij,'nes d'être visitées. S'il faut aller à Bruges pour connaître complètement .Memlinif et à .Madrid pour
étudier à fond Velasquez, ce n'est de même qu'au Musée de Séville que Ton comprend entièrement Murillo, Zurbaran, Valdès Leal et Herrera le Vieux. Les œuvres d'art qu'on y conserve, originaires pour la plupart de couvents dissous, n'ont échappé aux Français que parce qu'on les avait mises en sûreté à Gibraltar.
Il y a ici plusieurs Murillo peints pour l'ancien couvent des Capucins situé devant la porte de Cordoue. Le maître-autel de la chapelle recevait un important retable avec dix panneaux du grand artiste : au milieu une scène de la vie de saint François connue sous le nom de « Jubilé de la Portioncule » ; elle se trouve actuellement au Musée du Prado ; à côté et à droite sainte Justa et sainte Rufina, à gauche saint Leandre et saint Bonaventure; au-dessus saint Jean-Baptiste au désert et saint Joseph avec l'Enfant Jésus; l'œuvre était couronnée par saint Antoine et saint Félix de Cantalice : au-dessous du tableau central figurait la célèbre Vierge à TEnfant Jésus que des gravures et des photographies ont fait connaître dans tous les pays. Les chapelles latérales de l'église des Capucins contenaient dix de plus grandes toiles de Murillo, entre autres une Mater Dolorosa et une Annonciation qui sont au nombre des meilleures œuvres du maître. Ce grand travail que nous venons de décrire fut le dernier qu'exécuta Murillo car il se rendit immédiatement après à Cadix où il se tua en tombant d'un échafaudage. La plupart des tableaux des Capucins sont aujourd'hui dans le Musée Provincial de Séville où se trouvent en outre quatre « Immaculée Conception » et une foule d'autres peintures du même artiste dont les plus belles sont: une Annonciation littéralement peinte « con Icchc y sangre » 'avec du lait et du sang) comme disent les Espagnols ; les ravissantes andalouses Justa et Rufina avec la Giralda entre elles deux et une curieuse poterie de Triana au premier plan, la grande Immaculée Conception, une de ses meilleures variations sur ce thème qui lui est, pour ainsi dire, personnel ; un saint Thomas de Villeneuve faisant l'aumône, personnage aussi humble que vénérable, entouré de mendiants, de mendiantes, et d'enfants véritablement copiés de la vie : tableau que Murillo jugeait son meilleur ouvrage ; un saint François embrassant le crucifix, un Saint Félix de Cantalice d'une couleur délicieuse avec une Vie^e exquise et un adorable Enfant Jésus, saint Antoine de Padoue portant e divin Enfant, la Vierge et l'Ange près du cadavre du Christ, un saint Augustin, un saint Jean-Baptiste, saint Joseph avec TEnfant Jésus, la Virgen de la Servilleta, ainsi nommée parce que l'artiste la peignit, dit-on, sur une serviette et en fit cadeau au maître qùeux du couvent des Capucins ; une Adoration des
SliVILLE
Bergers ; un San Pedro Nolasco ; la Vierge de Bethléem. On ne peut se défendre de constater ici que Murillo tombe trop aisément dans le raffinement. Mais cette réserve une fois faite il faut admirer d'abord l'ingéniosité dont il fait preuve dans l'agencement des couleurs et des lignes ; il faut remarquer ensuite que nombre de ses types, surtout les martyres sévillanes Justa et Kufina, ses mendiants et ses enfants sont directement pris dans la rue ; et quand bien mèmi- la poésie du maître les aurait
La MaJouc à la Serviette, par Murillo.
idéalisés, il n'en est pas moins vrai qu'on rencontre encore aujourd'hui les sœurs et les frères de ces personnages sur les voies et les places de Séville et de Triana. Sans songer à comparer Murillo aux grands réalistes Velasquez et Valdès Leal, on peut néanmoius affirmer qu'un sens très réel de la nature et de la vie anime toutes ses œuvres et que ce sens y est infléchi tout simplement dans une autre direction, plus tendre et plus suave que dans les toiles de ses deux âpres et vigoureux contemporains.
Le Musée ne possède pas un seul Velasquez et c'est chose surprenante puisque l'artiste est Sévillan. De même Valdès y est moins bien représenté, dans une manière moins originale et moins saisissante, qu'à la
ut. bKVIl.LK
CarJdad, par plusk'urs scènes de la vie de saint Jérôme, une Immaculée
irplioii. un(.-A-~..i(ii>tii.n dv Ki \'i.-ri,M' «-t i[in'lqin"> autre> loilt-s .-ncorf. ll■uvn.■^ it-ni'Mi; Lient i[iijin> .lu ri-.ili-iiii' fffrii\ .ibledont nous vivons pu
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juger à rùjrlise delà pieuse confrérie que d'une grâce et d'une délicatesse
qui rapprochent l'auteur de Murilio. I.a meilleure œuvre de Zurbaran est peut-être l'Apotliéose de saint I tiomas d'Aquin, un tableau considérable
avec l>eaucoup de personnages plusgrands que nature : vers le ciel entrouvert où siègent dans leur gloire le Christ et la Vierge en compagnie de saint Dominique et de saint Paul s'élève saint Thomas d'Aquin entouré des quatre docteurs de l'Kglise Romaine : saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme et saint 'irégoire: au-dessous deux figures agenouillées:
tii'gild. par IlerriTj k Vieui. Mui
relie de droite est Charles-Ouini dans le costume impérial, au milieu de dignitaires laïques et ecclésiastiques: celle de gauche est l'archevêque Diego Hc/a, le fondateur du collège de saint Thomas pour lequel fut peint ci'lie toile en ni;5. Dans cet ouvrage /urbaran. qu'<)n a coutume de hurni>mmerle (.'aravage espagnol, se montre supérieur à son rival d'Italie et son inlnris y rappelle plulùt la riche palette du Titien D'autres tableaux de /.urbaran conservés iri ; saint lienri de Sufon, saint Hruno
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devant Urbain II, saint Hugo au réfectoire, ne nous montrent plus l'artiste sous un jour très favorable, mais la faute, en revient pour une part au mauvais état où se trouvent la plupart d'entre eux. .Signalons encore de Pacheco, maître et beau-père de VcUTique/, un San Pedro Xclasco oii l'artiste il. dit-on. n-prrsent(- ram^-iir de Don Qiiichotlr ^<nis 1. -s traits
Le Juy,
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du pèclieur qui nimi- : do juan dcl CaNtilln, dans l'alcber duquel travaillèrent -Murillo cl Alonso Cano, une Vie de Marie en quatre sujets parmi lesquels le Couronnement et rAssomjition ; de llerrerale Vieux un San I lermenegildti où Ton sent nettement l'influence italienne ; c'est en l'honneur de ce tableau primitivement peint pour le couvent de saint Ilermenegild que Philippe IV, lors de sa venue à Séville en 1624, fit (^ràce à cet artiste condamné aux galères et dont la vie ne fut pas moins aj^itée
que celle de sod plus jeune c{)ntemporain Alonso Cano. Tandis que ce deruier fui poursuivi plusieurs fois comme meurtrier par la justice, llerrera eut maille à partir avec les autorités comme faux-monnayeur, car il
Sjinl AnJrû. pjr K.-clis. Musli-.
était aussi habile graveur ijue |ifintrf excellent. On rencontre encore ai Musée une composilinn illlerrera, yraiKiio>ee[ violente mais d'une euu leur peut-être un peu désagréable : un San lîasile <)ù se marque mieu; que dans le San HermenegiUlo le caractère bien espagnol, draniatiqui et saisissant du maitrc. Tre des meilleures toiles de la eolleclii>ii est 1< Jugement dernier de .Martin de \'os Paeheo raconte à ce sujet qui
SÉVILLE iji
les nudités du tableau en question, qui se trouvait à l'origine dans l'église du couvent, aurait tellement troublé les Augustins qu'ils hésitèrent longtemps avant de se décider à dire la messe devant elles. Un autre Flamand est représenté ici: Francisco Frutet qui vintàSévilledans la première moitié du xvi' siècle avec ses compatriotes Sturm, Kempeneer, etc.. et qui s'y éliiil établi. Parmi les autres peintures espagnoh's citons : un excellent labli-au de l.;it;iili<de Juan de Varcla : une ("émet un Christ <li- Ospcdés, deux toiles rcniarquablos ; un saint André de KoiOas, ii'U\r(saisissanto qui fait pen-er à des modèles iialicns Comme Velasqucz. Ahmso Cano ci Luis de \'ar^Lissr distiuj^^iiciit par leur ahscnci\ l'!ii revanche les jK'intro. st'<<iiidaires de la i^randc périiKlc d'art sévillane sont tous plu^^ ou moins bien r<'présciu<-- iei.
CiUjiis entre auirr lev .-l^ves.
compayiiiiiis ei irnilaieiir- de .Murillu, Fraileisn. .Meneses Osorioqui aelieva à (■a<lix le dernier tableau du maître :
sainte Catherine : le mulâtre Sébastien lii)me/. Juan Simon
Gutierrez. Mii^ucl de T.ibar Min. Bruno. p.,r MomafKV. MuSl-C.
etc. l'armi les ouvrai^cs modernes signalons, outre le portrait de l'erdinand Vil |)ar (ioya. les Derniers moments de saint Ferdinand par .Matloni et la Première messe par Alcazar Tejedor, deux grandes œuvres qui, dans l'art décoratif de cette époque, occupent une jdace honorable mais non pas éminente. Les peintures moins considérables de Rico, Kamirez, Alejo Vera, Roca, etc., ne sont pas faites pour f<ircer notre atlmiration dans le voisinage <ies grands artistes du XVir siècle, La sculpture ne compte pas au -Muséeautant d'exemplaires que la peinture. On y remarque pourtant un
11,2 SEVllJ.E
>;iini llruno, un saint Dominique et un saint Jean-Baptiste de .Montafu'Z ; la Sages-^e. la Justicf, la l'orcL- et la Douceur, quatre bunnes alU-gories du statuaire Snlis. Quant au saint Jivome faisant pt'nitence de Torrigiani nous l'avons déjà mentionné plus haut Dans la .sulle du niiix-e archi'-ologiijue se trouvent une foule de fragments romains, entre antres quelc4ues beaux t.irses d'Italicael beaucDuj) d"usteiisiles, d'inscriptions, de carreaux mauresques, elr.. qui ne sont pas >iins intérél.
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