I.-s casiuis
Quoique i-es tel -s p:lpulai^(■^ ii'api domaine de l'art plasiique, les limites d siblcs pour pouvoir comprendre la dar nous reiirocherait de ne pas dire (|uel< l'Andalousie le ■■ hUinuiho ■■ est celli nom elle ne mms parait venir ni i
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SEVILLE 13g
quoiqu'au dire des connaisseurs elle conserve encore le caractère de la danse bohémienne comme aussi celui des danses andalouses primitives, la segiicdillc et le inartiHctc. Elle est exècutt-e sur la musique d'une guitare par un couple qui s'accompaj^ne de castagnettes tandis que les spectateurs battent des mains en mesure, -Mais comme elle est mieux appropriée aux lignes souples et rondes de la femme on rencontre plus de danseuses que de danseurs. Dans les salles de
danse publiques dont la plus ■-•?,
connue est le lîurrero Calle de Sierpes)les professionnelles ^'àlent leur élégante churt'-ifraphie par toutes espèces de poses lascives et de gestes provoquants. Il n'en est pas de même dans les casiuis où la danse est aussi convenable qu^gracieuse et c'est un raviss;mt spectacle que ce mouvement rapide des couples qui sl- si'-parent el qui se reprennent, ce miroitement de tijrures et de teintes, ce rythme qui fond en une mèm^' harmonie les sons, les formes et les couleurs. On voit encore sur la Feria des Bohémiennes qui confectionnent des gâteaux aux coins des rues, des chanteurs et des
mendiants aveugles, des paysans Scvilkinc avec I.1 » Mamilb de nudronos ^.
conduisant des mulets, des chevaux
et des ânes vêtus de harnachements bigarrés, des bestiaux que Ton mène au marché. Ce tableau composé de mille petits détails pittoresques fait un ensemble des plus attrayants.
LA FAliKlQUE DK TAIÎAC
La Fabrique de tabac offre au visiteur un spectacle (^ui n'est pas moins curieux. Elle est située non loin de la Feria derrière le palais de San Teimo et ressemble elle-même plus à un château qu'à un établissement industriel. Ces bâtiments considérables furent élevés de 1728 à 1757 sur les
SKVII.I.K
plansdu Hollandais Vantiemberg et couvrent un plus grand espace que la cathédrale avec la cour des Oran^fers. L'ensemble de la construction représente un recian),fle de 1H5 mètres sur 147. complètement entouréd'un profond fi»séqui donne un peu à l'édifice l'air dune forteresse, surtout sur la f;ice nord où il existe encore aujourd'hui un pont levis. Le portail principal silTié sur la fa<,ade est sur- (•l:iiri^(> de sculptures baroijues. 11 -(■ compose, comme d'iiilleurs li>ui le monument.
de deux i-iayes. A l'éta^^e inf< rii'ur deux colonnes flanquent de- deux côtés l'arc d'entrée qui est orné de troplir-es enilili-matiques se rap- P'iri.iiu à la destination priniiii\e de Tc-difice et des liu-.U's.ie> eonquisladors Ojli)mt> el forte/. La baie e-i •-iirnuuHi'e d'un ^jrant! balcon .ivrc ileii\ demi-colonnes de \>AT{ et d'autre qui portent un entablement au -dessus duquel un tympan couronné de la statue de la Kenommée avec une trompette [enuine 1 ouvrai;e. Les deux enlre- (•■ lionnes du second ciaKe sont
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SKVII.I.E Hi
travail ont bien cent pieds de long Aussi la file des ouvrières assises par dix ou douze à de longues tables semble-t-elle presque infinie. Comme le labeur leur donne chaud elles retirent leurs corsages et les suspendent aux murs blancs qui s'animent df leurs bariolages. Tous les ouvrières portent une fleur dans leurs cheveux noirs au rou.v et regiirdent en riant le jfauche ètran^jer ijui d;ins son cosiunie i.'\ccnlriqu<.- est une inépuisable source lie gaitè ]"iur elles. Les jeunes rnères'asseoient d'unlinairc aux
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Jusqu'en .7t,ol
"école royale de cavalerie avait seule le privilège d'or-
donner les courses
. de taureaux. A cette date on construisit des arènes en
bois qui s'écrouler
ent six ans plus tard et furent reconstruites en pierre
1 ardoise. On ne termina les rangées supérieures qu'en i88o. ("es es qui sont avec celles de .Madrid les plus grandes d'Espagne peuvent
SKVILLK
contenir de douze à quatorze mille spectateurs. Après les processions, la Feria, la Fabrique de tabac et le pa.seo il faut naturellement parler de la Corrida de taras si l'on veut pénétrer le sens artistique du peuple andalou dans toutes ses manifestations. Le-; gens du Nord qui y viennent assister sont pour la plupart captifs de préjugés : ils voient la paillo dans l'œil du procliaiii san- distinjfiier la poutre <\u'\ est dans le leur. Kn effet tant que l'on forcera des cerfs et des renards, qu'on dépouillera des anguilles vivantes, qu'on gavera des oies jusqu'à les étouffer, etc., itr., on n'aura pas te droit de tit'-trir la cruauté des courses espa- ■.,'noles. I.e taureau qui reste en ijénéral de di.\ à vin).;t minutes au plus dans l'arène souffre évidemment mnin^j longtemps que les animaux qu'on chasse à courre ]K'ndanl des hcurcN. I.e plus pitoyable en l'affaire est non pas le taureau mais le cheval, victime muette et sans défense. 1-e taure.iu. lui. a lie temps en temps la chance de porter quelques bons eou[)s à son adversaire sans parler des cotes enfoncées et des blessures superficielles qui sont la monnaie courante de ce genre de luttes .Même au point de vue de l'an il faut déplorer cet emploi depuis plusieurs siècles Autrefois on ne le poussait pas les yeux bandés sur les cornes du taureau dans le seul dessein de fatiguer celui ci et de faciliter la tache du matador. I.e cavalier lui-même lombatiaii l'animal furieu.\. Aussi était-il nécessaire d'avoir à • et effet des chevau\ jeunes, courageux et agiles et non pas de vieilles haridelles fuurbiics coninR- celles tju'iui voit paraître aujourd'hui. Au
du cheval <
est de •
SKVILLE 145
lieu d'être un personnage accessoire du drame le picador y jouait le premier rôle. Gines Ferez de Hita. le romanesque écrivain de Grenade de la fin du xvr siècle, décrit des tournois et des combats de taureaux sur la Vega de Grenade où des chevaliers chrétiens et maures rivalisaient d'ardeur et d'adresse en combattant le taureau à cheval.
A présent la nn
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de beauté et ne
pr^-.sente pi
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jc de tel im]>urtanL élément d'intérêt et is (jue les seèiies isolées où figurent les et les es]>adas. scènes qui ne sont proprement curieuses que j)ijur Wifi, lOiUilo. l'amateur initié aux secrets et aux finesses de la bataille. Le picador, lui, ijui était et devait être le personnage le plus |>ittores(iue de la corrida n'y tient qu'un emploi subalterne et réi)ugnant puisqu'il est chargé de mener à la boucherie la pauvre rf)sse qui n'y voit goutte. Par contre l'entrée delà cuadrilla avec son personnel tout luisant d'or et d'argent, avec ses chevaux et sesmulets somptueusement harnachés scintillant .sous le soleil d'Andalousie fait un délicieux tableau. L'assistance elle aussi mérite qu'on la regarde, depuis les élégants et les mondaines des loges jusqu'aux chulos et aux cigarières aveuglés par les rayons qui inondent les places à bon marché (Sol).
],c faubourg ii<'
l»rf dans le nii>ndL- Bi/ct. ("V-^t prolMli
!.[■: l'Al-itOrKii DK TKI ANA
rriiina relîi' à la ville par deu\ pi>nis est devenu célèenticr jrrâce à Carmen, l'héroïne de .\U'Timée et de ■ ■ment la raison pour laquelircirrule ce préjuffé sans
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londt-iiieiU d .1 la rt<ihèni>- ou ni la vj.- ni 1; .-an- doute j'Uis iiini:lireu\ n'y -niit |l.l^ pliisr.-doui.iM
idi-re I riana comme un boulevard de ■ ne soiu i-n -{iri'li*. l.osditan.is y sont ns les aulri-- ipiariiiTs de Séville mais le rcsie de- Kspatjnols. < )n n'y court ni de nuit ni de y<iir \-\ii~- dt- daniji-r qin' dans n'importe quelle autre partie lie la cité et, à niiniiit, la Macarcna par e\emplf aunord-est de la ville est moins si'ire i]ueK"i mes de Triana Ouoiiju'il en soit les tableaux liiurncs y sont délicieux. Sur toute la longueur du poni qni yeonduit se tiennent iie-> revendeuses, des mendiants et une Joule de campajjiiards dimt le co— tume est aus->i pinoresque que déifiienillé. I.e barbier y est toujours à l'u-uvre remplissant son otïice en plein vent comme dans l'Afrique -eptontrinnal--. Ain>i qu.- relies de tous les pays ehauds. tes voies andalouses sont emire eui-indirée- de métiers i^ue l'on exen,- ailleurs entre quatre mur-. N'ins avons Ijjen souvent rau-r avei le vieux (.ienminm qui s'asseoli
SEVII.I.F, 145
d'habitude à l'angle de la Calle Cantilejo et Cabeza del rey Don Pedro et y rapetasse de vieux souliers. Les jours de fête une pâtissière s'installe à chaque coin de rue et y confectionne des « Buftuelos » analogues à nos pets-de-nonnes. L'autre extrémilc du pont al)outit juste au marche qui présente une animation et une bigarrure tri-s plaisante. Quelques pas plus loin on rencontre un grand nombre de bouti(iUL'S de poteries qui rappellent que Triana fut de tout temps le centre de la céramique andalouse et
que les deux gracieu-ies patrnunes d- S'-villc. ■^aiiue justa et sainte KuBna étaient des potières di' faubourg. C'est d'ailleurs pour ri;la qu'on voit leurs figures reproduites sur toutes espi^ces de jiois, de plats et de cruches. Notons au passage que Triaiia doit son nom à l'eniiiereur Trajan qui naquit dans les environs, à Italic.i, dont sont originaires les statues antiques de la Casa de Pilatos.
Le seul édifice de Triana qui soit digne d'atlention est l'église Santa Ana où la fusion du mauresque et du gothique donne un agréable mudejar. Alphonse le Sage, que cette pieuse personne avait guéri d'une maladie d'yeux, plaça sous son vocable cette construction qui fut consacrée dès 1280 par l'archevêque Don Reimundo. Une foule d'additions et de réparations ont défiguré le monument mais les jolies formes primitives du mudejar sont encore assez bien conservées à la partie inférieure du clocher qu'ornent des arcs dentelés, et aux portes
146 sKVii.i.r:
latérales. L'intérieur se compose d'une nef centrale haute et lat^e et de deux nefs latérales très étroites. I.e maïtre-autel est orné de quinze peintures du Bas-Allemand IVdro Caniparta représentant des scènes île la vie de sainte Anne, de la Vierge et de saint (îeorges en l'honneur duquel on érigea sur ce lieu même, immédiatement après la prise de Séville, une chapelle qui fut plus tard incorporée à l'église et qui vaut qu'on la mentionne au point de vue de l'histoire de la civilisation, ("est là en effet que -e réunit, en i,]'»!. le ])remier triliunal (le l'inquisilinn ([ui y tint ses ii-sises jusqu'en ii'2i>. Une grande iiirnulatiim expulsa les juges qui se réruyiéreut non loin de là ilans la [Mmi^se de San .Marcos. à la place ■ !■■ laquelle s'élève aujourd'hui San iClnii). ei qui ne revinrent à Triana qu'en iiSi. l.'éj;lis,. .Santa Ana r.)]iiirii[ une \'ierge aux roses par Alejn IVrnan.ie/. iruvre excellente qui trahit riuHuenee italienne et rapjielle le l'énigiu piir la noble et suave simjilicité de sa composition et par rh.irniouieuse lieaulé de son coloris, ainsi (ju'un joli tombeau par le céranii>te l'rancisco Xiculosn et ([uelques remarquables sculptures -le l'.-dro Itelgad...
M, lis Cl- qui nous intéresse le )>lus à IriarT.i, c'e-t ijue la eéramique andalouse. qui \ tli>rissail déjà au lemp> des Arabes, y a trouvé son dernier refuge. Sitôt au sortir du pont s'offrent aux yeux nombre <le magasins de poteries où à côté de l.i vaisselle i)rdinaire jmur la cuisine et le ménage sont exposées des leuvres qui ont plus de prétentions, .Mais même parmi les articles usu.-ls on rencontre souvent une cruche élégante ou un joli pot. objets témoignant des efforts que font les petits-neveux des grands artistes pour copier leurs ancêtres. Plusieurs de ces imitations de vases et <la/u!ejos mauresques, de ces carreaux, de ces cruches, de ces assiettes.
de ces récipients pour tous les usages dans le genre Renaissance ne sont pas mal exécutés et pourraient tromper un observateur superficiel. Au reste telle n'est pas l'intention des potiers de l'endroit qui donnent leur marchandise pour ce qu'elle est. demandent des prix modiques et laissent
de SrvilW. <]•■ .M.id
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ques de faïeiirc iinisLdLTaljlfs iiont 1;
chartreuse de Sanla-.Waria île l.i^ (.'m
l'Anglais Charles i'ickinan arrlvi' iiri (
(.■i de l'.iris. 11.' nioniipule des 11' à Tri, ma (|uair.' nu cinq faliriiis importante (K-< upe l'ancienne i et ap]>arli(.-nl aux héritiers de ."^39 i-'l nommé i>lus tard marquis espagnol. Ce vieux couvent contient une grande église et plusieurs chapelles avec quelques d'iivres d'art, entre autres une >\adone italienne du commencement du XVT siècle et de superbes a<;ulejos du même temps. Parmi les nombreuses cours intérieures signalons surtout le cUmstrillo pour ses élégantes formes mudejar. La petite chapelle contiguë est du même style et contenait autrefois les tombeaux de la famille du marquis de Tarifa, monuments apportés d'Italie. Quoiqu'on ait dépouillé ses murs
de leur rayonnant carrelafîc elle nous est un exemple delà forte influence que l'art arabe exerçait encore au milieu du XV siècle sur les édifices relifjicuK de St-ville
Nous avons déjà parlé plus haut des ouvrages de cette manufacture dont le principal pmduit est la vaisselle de porcelaine ^frossière qui ne se di-.lin)Tue en rien de celle dont on use artuellcment en l'rance, en Allemagne ou en Angleterre Si l'on VfUt voir exéonler les azulejos
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lèraniiiiue ancienne il faut visiter
une autre fabrique de Triana. .Mais
11'- a/uli-j<)s d'iiujiiLird'liui. surtout
li'^ r.)pi(-. de larabe. se distin-
^'ucnt immédiatement de li-urs
.mtJqui'N modèles; ils consistent en
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tious de dessins en couleurs OU en
relief qu'on n'a plus qu'à juxta-
pii-er à l'aveuglette pour obtenir
la suite des lignes et des tracés.
l'ar contre les anciens azulejos
sont toujours des morceaux uni-
colores de formes diverses que
l'ouvrier maure disposait dans un
certain ordre de façon ù obtenir la
Lii ['.irnur d Un. figure désirée. Les ornemanistes
procèdent encore de même au
Maroc où le revêtement mural d'a^ulejos est une véritable mosaïque.
Avant de quitter cette chartreuse convertie en fabricjue de [wircelaine,
ajoutons que les ossements de Colomb ont quebjue temps reposé dans
son église, et ce>t [lourquoi le propriétaire de la manufacture a érigé
dans le jardin une statue du grand navigateur. I.a chapelle qui contint
ses restes pendant près d'un siècle, était auparavant consacrée ù sainte
Anne et offre encore aujourd'hui de très beau.v azulejos du l'isan Francisco
Xiruloso.
LES ENVIRONS : CRUZ DKL CAMPO, SANTIPONXE ET ITAI.ICA
Il ne nous reste qu'à mentionner les monuments remarquables des environs immédiats de Séville. Non loin de la ville et près de l'aqueduc romain qui arrive de Carmona s'élève la Cni^ tlrl C.impo (Croix du champ), petit temple ouvert de toutes parts avec des fnrniL's gothico-mauresques qui placent sa construction à la fin du xv' siècle. C'était autrefois la dernière station d'un calvaire qui commençait à la maison de Pilate. Au milieu de l'édifice se dresse une colonne de marbre Ijlanc un peu surélevée, avec une petite croix et les figures en pierre du Sauveur et de la Vierge. Le point le plus intéressant aux alentours de Séville est Italica, la plus considérable colonie romaine de la province I,es dimpos de Talca se trouvent à peu près Un cordonnier sur 1,1 rui;.
à huit kilomètres de Séville,
sur la rive droite du Guadalquivîr. F. a route qui y conduit va directement de Triana à Camas en laissant sur la gauche une chaîne de collines sur laquelle on aperçoit Castillejo, hameau où naquit Feriiand Cortez. De Camas, petit pa3's sans importance, on arrive par une excellente chaussée à .Santiponce, grand village dont les maisons contiennent presque toutes des ruines romaines enchâssées dans leurs murailles. 11 en est de même de ses églises géminées qui appartenaient autrefois à l'un des plus riches et des plus beaux monastères de la région et vaudraient à elles seules une visite quand bien même les ruines d'Italica ne seraient pas dans le voisinage. Sur la place publique s'érige une statue romaine, trouvée près de là il y a plusieurs siècles, haute de sept mètres, et surmontée d'un chapiteau corinthien. Les deux églises jumelles furent fondées par des membres de la famille du héros national Guzman el Bueno, la plus ancienne par Guzman lui-même au commencement du XIV' siècle, la plus récente cent ans plus tard La première a pu être
autrefois un joli type mudejar mais on la transforma complètement plus tard et on Thabilla d'un vêtement baroque qui n'a presque rien laissé subsister de l'ancienne décoration. A Textérieur, le ravissant portail de briques et d'azulejos polychromes est seul digne d'attention comme un des alliages les plus heureux qui caractérisent le mudejar. A Tintérieur on montre plusieurs sépultures remarquables : celles de Guzman et de sa femme, exécutées comme de coutume avec les statues des défunts, ne remontent pas aux temps des titulaires, mais sont de bonnes œuvres du sculpteur sévillan 31ontailez tandis que le gisant du fils de (luzman, Juan Alonso Ferez, est un ouvrage assez maladroit de la fin du xiV siècle. La figure de DoAa Urraca Osorio également inhumée ici semble être la meilleure de ces vieilles œuvres et remonter au commencement du xv' siècle. On voit encore ici un tombeau du xvr siècle, celui de Don Bernardino de Zuùiga. Signalons enfin parmi les anciennes sculptures une petite Vierge à l'enfant Jésus en terre cuite, dans la manière du xv" siècle ; saint Joachim et sainte Anne, deux œuvres demi-nature par .Montaùe/ sur un autel latéral, un crucifix d'ivoire par Pedro Koldan et les statues du maître-autel attribuées à Montafiez mais qu'on a récemment dorées et peintes de telle sorte qu'il est difficile de vérifier l'exactitude de cette attribution. T.e Patio de los Evangelistas est un intéressant cloître dont les murs sont parés de fresques, par malheur très mal conservées, remontant au second tiers du xv" siècle. Peut-être sont-elles dues à Diego J.ojDez qui était à cette époque le « Maestro Diiivor de los pi Jî fores de los AIca\arrs ». Au style gothique des figures représentant pour la ])lupart des saints et des archevêques s'ajoute une décoration de plantes grimpantes qui rappelle des modèles arabes. Malheureusement les révolutionnaires de 1868 ont cru devoir marquer leurs idées avancées en piquant et en égratignant de leurs baïonnettes les figures des personnages. Une Cène du même temps qui pare le réfectoire adjacent a été tellement retouchée qu'il ne reste guère de la toile primitive que le sujet. C'est dans cette église que fut inhumé Fernand Cortez avant que sa dépouille mortelle ne fût transférée à .^lexico. Aujourd'hui l'ancien couvent est transformé en fabrique dont la machine à vapeur reçoit le touriste à coups de piston.
La route qui conduit à Italica est à chaque pas bordée de murailles en ruines, parfois perpendiculaires au chemin, qui surgissent hors des bouquets d'oliviers dont la campagne est couverte. L'amphithéâtre d'Italica contenait autrefois 40000 spectateurs. Si l'on pense que la Plaza de Toros de Séville qui compte 140000 habitants reçoit 14000 personnes, on peut
évaluer par comparaison à 400 000 le nombre des habitants d'Italica. Les combats des anciens n'étaient pas moins populaires et moins suivis que
les courses de taureaux actuelles, l/arène ainsi que les gradins inférieurs sont bien conservés, Ouant aux ranyées supérieures elles s'écroulèrent sous l'action des tremblements de terre et sous celle des mines et gisent en masses informes sur le sol. Ce sont les pièces souterraines, les chambres des gladiateurs, les cages et les cachots pour les bètes qui ont le moins
souffert. La loge du préteur est encore très reconnaissable quoique depuis longtemps dépouillée de sa parure de marbre. Comme à Sagonte, à Orange, à Syracuse, etc., les architectes romains ont tiré parti des lieux et construit le cirque dans un entonnoir naturel. On a fait ici de très intéressantes fouilles dont nous avons souvent rencontré des souvenirs à Séville, surtout à la Casa de Pilatos, sans parler des colonnes romaines qui dans presque toutes les maisons de paysans font l'office de pilastres corniers. Italica donna le jour aux empereurs Trajan, Hadrien et Théodose. Les deux premiers prirent à cœur de décorer leur ville natale. De tous ces ouvrages bien peu ont échappé à la destruction méthodique qui ne commença qu'à la fin du xvaiT siècle et qui se poursuivit pendant le premier tiers du xix° siècle. De même que les Italiens mirent à contribution les anciens édifices de Rome et se servirent du Colisée comme d'une carrière de pierres, de même les Espagnols tirèrent d'Italica les matériaux dont ils avaient besoin pour leurs chaussées et leurs quais et firent sauter hors des murailles les blocs gigantesques qui gisent à présent dans l'arène. Mais les particuliers eux-mêmes ont construit depuis cinquante ans toutes leurs maisons avec les ruines de l'amphithéâtre. Quand il n'en resta plus rien les autorités prirent connaissance de la chose et nommèrent un surveillant qui s'est construit avec les décombres une cabane très pittoresque, parée de morceaux de mosaïque, de fragments de chapiteaux, de débris de statues, etc.
Le champ où reposent les ruines de la superbe et populeuse cité ressemble à un cimetière mélancolique et isolé, dont le sol ne peut plus recouvrir les dépouilles colossales qui viennent dans leur blanche nudité affleurer au grand jour et stupéfier le voyageur par leur stature incompressible et brutale. Parmi les décombres, les oliviers rabougris poussent leur triste frondaison grise. Un mulet solitaire broute en leur compagnie. C'est sur cette nécropole d'une civilisation disparue que notre regard vient se poser et que notre âme vient méditer. Car nous chercherions en vain les neveux et les héritiers des géants qui édifièrent l'amphithéâtre d'Italica, des artistes et des poètes de l'Alcazar et de la Giralda, des peintres et des sculpteurs de la Cathédrale et de la Caridad. Comme ailleurs l'industrialisme s'est emparé du peuple espagnol : le couvent de Santiponce, où ronfle une machine, fabrique du café artificiel, la chartreuse de Triana produit de méchantes assiettes en porcelaine et la Tour d'Or sert de bureau à une douzaine d'employés qui y rôdent la plume à l'oreille et qui portent sur de gros livres le nombre de tonnes de charbon que le dernier vapeur vient d'apporter d'Angleterre.
TAHI.K l)i:S ILI.rSTUATIOXS
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