‹ SextinesChapitre 15 sur 21 · REGARD EN ARRIÈRE · texte numérisé non relu

REGARD EN ARRIÈRE

Il arrive, et le fait n'a même rien d'étrange, Que des lieux qu'on a vus jadis avec plaisir Paraissent à présent sans charme, et qu'en échange D'autres qu'on n'aimait pas sont, par quelque mélange De sentiments nouveaux, un objet de désir. On y pense, on voudrait les revoir à loisir.

Jeune, bien à regret quittant un cher loisir, Je fus l'hôte six mois d'une contrée étrange. Désolée ; un désert. Mon unique désir

Était de retourner à Paris, mon plaisir

D'en retrouver la vie avec tout son mélange

De mouvements, de bruits, de pensers qu'on échange.

Joyeux, j'abjurai donc ce séjour; mais l'échange Aux rêves poursuivis rendit peu de loisir. Que de déceptions m'attendaient ! Quel mélange De soucis, de dégoûts dans un exil étrange M'étreignit, sans jamais qu'un vulgaire plaisir Usurpât de mon cœur le farouche désir !

Il n'était qu'un seul prix pour combler ce désir; Tout autre m'eiit offert un misérable échange. Quoi! de l'astre au lampion restreindre son plaisir On en vient là pourtant. Je n'eus pas ce loisir. Je m'enfuis, ne gardant que ce trésor étrange. Un vouloir lumineux, sans nul douteux mélange.

Quelque refuge alors, libre de tout mélange De pas, d'échos humains, ce fut là mon désir; Et l'aspect me revint de la contrée étrange. Mon ennui d'autrefois; et j'invoquai l'échange Qui m'eût des bois riants où s'ébat le loisir Remis en ces déserts hostiles au plaisir.

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