LA PAROLE DE3BOI
Bien des fois tu m'as vu parcourir ce chemin; Bien des fois je me suis assis à cette place, T'écoutant me parler ainsi que face à face.
Entretien bienfaisant ! L'ombre que sur ma face Avait fait s'amasser le froissement humain S'éclaircissait ; bientôt je sentais à la place S'imprimer ton sourire en lumineuse trace. Insoucieux du but, Je suivais mon chemin. Ce jour me suffisait et j'oubliais demain.
Menace plus souvent qu'espérance, demain
C'est le spectre importun dont la douteuse face,
Oscillant au milieu des rêves du chemin,
Aux vulgaires ennuis rappelle l'être humain.
Ah ! plutôt, hors du monde encor sur votre trace,
Souvenirs vagabonds, souffrez que je me place !
Je l'avais bien compris, c'était ici ma place.
Ces grands bois qui toujours ont même lendemain,
Ces sentiers où les pas ne laissent qu'une trace
Insensible, cet air qui vous souffle à la face
Son arôme épuré de tout miasme humain,
Voilà ce qui m'eût fait un facile chemin.
Il a fallu pourtant le quitter^ ce chemin, Vivre dépaysé, triste, hors de ma place, Souffrir incessamment du voisinage humain Tel qu'en nos jours il est, en pensant que demain J'aurais mêmes ennuis, mêmes dégoiits en face, Sans pouvoir retourner à mon ancienne trace.
O trace misérable, obscur et dur chemin Où, la face vieillie, un sort jaloux me place, Puisse demain finir cet exil inhumain !
SEXTINE IX.