‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 13 sur 56 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L ouvrage que j offre aujourd hui au publie na rien de définitif et ne comporte, pour ainsi dire, qu'un canevas, sur lequel il y aura lieu d'ajouter bien des détails, de corriger bien des Incorrections, de relever peut-être des erreurs.

Depuis la date où j'ai remis mon œuvre à l'éditeur, qui à bien voulu l'accepter, je ne suis pas, en effet. resté inactif, et mon travail a consisté surtout à réunir le plus que j'ai pu de manuscrits bäbi, — et j'entends par manuscrits ?dbi les ouvrages de Sèyyéd Al Mohammed lui-même, — à les traduire, et à tacher de rétablir; d'après quelques données assez nettes, d'après quelques allusions, le plus souvent très vagues, que jai pu recueillir dans ses textes, [a physionomie cle mon héros.

Jusqu'à présent, la chance qui m'a accompagn dans la réunion de ces livres a été plus grande que mon bon vouloir à les traduire; et je reste avec, devant moi, une grande quantité de documents a dépouiller.

Je n'ai pu donner dans ce volume toutes les raisons de mes dires; je n’ai pu expliquer toutes les causes des érénements auxquels j'ai essayé de faire assister le lecteur ; je n’ai pu, en un mot, même tenter de soulever le monde persan vieux de douze cent soixante ans, et le monde nouveau, si jeune soit-il, mais qui pénètre d’une facon si intime cet assemblage de

croyances hétéroclites qui composalent et composent encore aujourd'hui la vie sociale de la grande secte des chiites. Ma position à la légation de France, les nombreuses amitiés que j ai su acquérir dans le pays, mon incompétence d'écrivain m obligeaient à ne pas déchirer tout d'un coup, tous les voiles. Mon œuvre est donc largement incomplète et ] ‘en demande pardon aux lecteurs. |

Je sais quelles objections on pourra soulever contre moi au simple point de vue de l’histoire. On me fera, par exemple, remarquer que M. V. Rosen, dans les Collections scientifiques de l'Institut des langues orientales, tome VI. fascicule 2, donne comme date de la naissance du Bâb. le 17 moharrem 1235 [—20 octobre 1819], tandis que dans mon ouvrage, je donne la date de 1236 [— 9 octobre 1820]. La seule raison qui

m'ait fait choisir celle que j'ai donnée, est que je l'ai.

trouvée inscrite toute au long, dans un de mes manuscrits.

Que ce manuscrit soit l’œuvre du Bäb, cela ne saurait faire l'ombre d'un doute; mais, qu il ait été mai copié, ici, je désire insister un peu. .

M. V. Rosen, dont la compétence en ces questions est aussi évidente que mon insuffisance est notoire, dit à la page 3 du tome IIT des Collections scientifiques de l'Institut des langues orientales, tome traitant des Manuscrits persans :

« Quant aux fautes innombrables de grammaire que » l’on trouve à chaque pas dans le texte arabe aussi » bien que dans le commentaire persan, elles pro- » viennent sans doute presque toujours de l'auteur » lui-mêune et 1l serait ridicule de les corriger. »

I] insiste au même endroit sur ce point et finit par dire :

« Le lecteur devra donc se défaire de toute velléité » grammaticale, oublier un peu la logique et le bon

» sens et alors il réussira peut-être à comprendre les

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» mystères de ces monuments littéraires, que les » adeptes de la vraie foie{sic) appellent avec une ironie

» involontaire l'exposition claire {;\L)) èl-béyan. »

Je ne sais pas ce quil faut penser de cette dernière affirmation, et Je respecte trop toutes les convictions pour aller à l'encontre. Mais le lecteur pourra lire la troduction de l'exposition claire, que je donne dans le deuxième volume, et il se formera directement une opinion. Je dois dire, cependant, que s’il ne comprend pas certains passages, cest à moi quil devra s'en prendre, et non à l’auteur lui-même.

Quant aux fautes grammaticales ( tant en arabe qu en persan ), je ne puis m empêcher de soumettre quelques observations à M. V. Rosen.

Peut-il vraiment penser que l'auteur d'une infinité de volumes écrits en arabe ne connaissait pas cette langue ? Ne croira-t-il pas que, pour une raison quelconque, le Bâb ait volontairement émaillé ses textes de quelques fautes de grammaire, là où le sens ne pouvait prêter au doute ? N’admettra-t-il pas que cette raison soit, par exemple, celle-ci :

Il est de toute évidence, pour quiconque n'a pas de parti pris, que le Qorân contient quelques erreurs, qu'on a essayé de justifier depuis, mais qui n en ont pas moins prêté le flanc aux raiïlleries des puristes arabes de son époque. N'a-t-on pas écrit des grammaires entières pour justifier quelques-unes des expressions du Qorân? Et tout cela, en fin de compte, qourquoi ? Pour démontrer précisément le contraire de ce à quoi on s'essayait, c'est-à-dire pour prouver que « les règles doivent être tirées des versets des livres révélés, tandis que les versets ne sont pas construits d’après ces règles ». Car enfin, deux faits s 1mposent :

1° Au point de vue purement humain, le Qorän content des fautes ;

20 Il est la parole même de Dieu (40).

Que les copisies des textes bübt aient exagéré ces erreurs, il n y a plus dès lors qu à se reporter aux documents originaux. Je ne les possède pas plus que

M. Rosen, mais je pourrais cependant lui donner

l'opinion d'un personnage, anonyme il est vrai, mais qui cependant m'a tout l'air d'être Mollä Hoséin Bouchroûyéhi lui-même.

Entre autres manuscrits dont je me suis rendu acquéreur, il s'est rencontré des feuilles volantes qui m'ont été procurées par Mîrzâä Fakhr od-Din. Parmi ces feuilles volantes, se trouve le manuscrit que j'ai intitulé AG, qui n’a ni commencement ni fin, mais qui débute, cependant, après la fin d'une pièce quel-

conque, par ce mot tes Tstiftà'. — Cette pièce est

sulvie de plusieurs autres qui sont certainement du

Bâb, on ne peut conserverle moindre doute à ce sujet La pièce commence ainsi :

Au nom de Dieu, Le clément, le miséricordieux.

O homme ! quand tu le veux, demande et dis: En vérité, dans l'islam, un ordre nouveau et grand s’est présenté; un personnage considérable s esl rencontré, qui prétend à un rang très élevé..

Ce personnage, depuis le jour où à il a prétendu à ce

rang élevé jusqu’au moment où il est revenu du pèlerinage de la Mèkke, en outre des livres qui lu furent volés sur la route de Médine, a écrit quatre grands liores et dix traités (41).

(40) — On peut d’ailleurs lire à ce sujet la Porte 10° de l'Unité IV.

‘ (41) — Nous avons mot pour mot confirmation de ces dires dans un ouvrage du Bäb. En effet, dans l’exemplaire que je

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