CHAPITRE IX
EVÉNEMENTS DE ŸEZD ET INSURRECTION DE NEïR1Z
Pendant que ces événements se déroulaient au Nord de la Perse, les Provinces du centre et du Sud étaient profondément remuées par les prédications enflammées des Missionnaires de la nouvelle doctrine Le peuple, léger, crédule, ignorant, superstitieux à l'excès était frappé de stupeur par les miracles tontinuels qu'à chaque instant il entendait raconter ; les Mollas anxieux, sentant leur troupeau frémissant prêt à leur échapper, redoublaient de calomnies et d'imputations infamantes ; les mensonges les plus &rossiers, les imaginations les plus sanglantes étaient Par eux répandus dans la populace hésitante, partagée entre l'horreur et l'admiration. °
Certains auteurs veulent que le Chah, indécis sur la conduite à tenir vis-à-vis de cette révolution religieuse, ait voulu être exactement renseigné, par un homme de confiance, sur la valeur et la portée de la Réforme. Il fit, pour cette mission, choix d’un homme déjà célèbre, quoique jeune encore, et descendant d'une famille illustre par sa science et ses vertus.
À Seyyèd Yahyah Darabi était fils de A. Seyyëd Dja’afer Darabi. Ce dernier était un des plus illustres oulémas de la Perse, et ses études passionnées sur les mystères divins lui avaient valu le surnom de Kéchchaf test à dire « Celui qui découvre les secrets célestes. » Il était étranger aux doctrines chéikhies comme à
celles de Molla Sadra. Cependant, son zèle emporté, son imagination ardente l'avaient, vers la fin de sa vie. fait sortir un peu des sentiers étroits de l'orthodoxie chiite. {il commentait les Aadis d'une autre façon que ses collègues, et prétendait même, dit-on, avoir pénétré les soixante et dix significations intimes du Qoran. Enfin, il affirmait, en certaines circonstances. avoir accompli quelques voyages en compagnie de Khizr.
Ces étrangetés déplaisaient au clergé officiel, qui se: gardait cependantdeles attaquer par respect pour l'âge, la science et la haute piété de leur auteur. Les livres quil écrivit sont encore aujourd'hui fort estimés et très lus.
Son fils — qui, par la suite devait dépasser ces. étrangetés — était à cette époque un homme de 59 ans environ qui, Ses études terminées, était venu se fixer à Téhéran où il s'était lié avec tout ce que la Cour comptait de grands personnages et d'hommes distingués.
Ce fut sur lui (230) que se porta le choix de S. M. [1 fut donc chargé de se rendre à Chiraz, de se mettre en rapportavecle Bab et de renseigner — aussi exactement qu'il le pourrait — l'autorité centrale, des conséquences politiques que l’on pouvait tirer d'une réforme qui semblait devoir bouleverser la face du
pays.
(230) — Certains auteurs nient que Seyyèd Yahyah Darabi ait été chargé d'une mission quelconque par le Chah. Il se serait rendu lui-même à Chiraz, attiré par la curiosité. Cependant les témoignages sur lesquels je base mon.afñrrmation sont si nombreux et si concordants que j'ai dû leur donner créance. D'ailleurs il y à, chez ceux qui nient cette mis-sion une certaine contradiction : ils reconnaissent que noire Seyyèd avait admirablement réussi à la Cour et le représentent comme fort ambitieux : dès lors, comment supposer qu'il se serait, de gaieté de cœur, compromis dans une affaire aussi suspecte et dangereuse à ses yeux.
Il se mit donc en route et arriva bientôt à Chiraz avec beaucoup d'autres pélerins que leur soif de la vérité attirait en cette ville.
Notre Seyyèd commença aussitôt son enquête et demanda à voir le Bab. Sous plusieurs prétextes cette audience lui fut longtemps refusée. On voulait évidemment qu'avant l'épreuve décisive il eût respiré quelques jours l'atmosphère frémissante de Chiraz: si celle-ci semblait influer sur lui, 1l serait toujours temps alors de le mettre en présence de la « Porte de la science divine ». Cependant on l'endoctrinait, on lui montrait les œuvres du nouveau prophète. La lecture des versets le frappa et il s'écria qu ils ne laissaient aucun doute sur la vérité de Celui qui les avait écrits : Si, en plus de ces versets, il m est donné d être le témoin de prodiges et miracles, je n'aurais plus qu à m'incliner. Le Babi chargé en apparence de le recevoir, mais en réalité de l'instruire, lui fit remarquer que, pour des hommes instruits et intelligents il nyavait aucun besoin de demander des miracles à la Vérité Eternelle et Absolue. Elle même parlait plus haut que tous les prodiges de la terre, et si «quandon se trouvait face à face avec elle on exigeait encore une preuve quelconque, c'était sur une route illuminée par le soleil demander un flambeau ».
Enfin, après diverses péripéties qu'il est inutile denregistrer de nouveau ici, puisque nous les avons déjà racontées, il donna sa foi définitive et complète, devenant bientôt l’un des plus ardents et des plus hardis missionnaires de la religion nouvelle.
Les uns veulent qu'il ait écrit à Mohammed chah pour lui faire part de sa conversion; d'autres disent, et ce sont les plus nombreux, quil revint à Téhéran où il chercha à convertir ses anciens amis. [l semble n y avoir pas réussi et nous le retrouvons à Vezd où il s'était rendu pour y semer la bonne parole. C'était au mois de Moharem 1266. |
Son ardeur l'entraînait, et, rempli de l'amour de Dieu, il voulut faire connaïtre à la Perse tout entière la gloire et la joie de l'unique et éternelle Vérité.
Aimer et cacher son secret est chose impossible
a dit le poète : aussi notre Seyyèd se mit-il à prêcher ouvertement, dans les mosquées, dans les rues, dans les bazars, sur les places publiques, enfin partout où il rencontrait des auditeurs.
Un tel enthousiasme porta ses fruits, et les conversions vinrent à lui, nombreuses et désintéressées : les mollas s'émurent et dénoncèrent violemment le sacrilège au Gouverneur de la ville. Celui-ci s’empressa d'envoyer ses hommes avec ordre d'arrêter immédiatement le prédicateur. C'était là un ordre plus facile à donner qu'à exécuter car déjà le parti de Seyyèd Yahyah était trop nombreux dans la ville pour qu'une pareille arrestation pût s’opérer sans scandale: il éclata en effet. Les hommes du gouverneur Agha Khan furent reçus à coup de sabres et de fusils : la plupart restèrent sur le carreau. Agha Khan, surpris d'une résistance à laquelle il ne s'attendait pas, fit appel aux soldats de la garnison. Pendant qu'on réunissait les troupes, Seyyèd Yahyah, à la tête de ses compagnons, courut se réfugier dans une vieille forteresse de la ville. Les soldats se lancèrent à l'assaut, mais furent repoussés, perdant trente des leurs dans la bataille et n arrivant qu'à tuer sept babi.
Les choses restèrent en l’état pendant quelques jours, mais Seyyéd Yahyah ne voyant pas la ville se soulever, comme il l’avait espéré, comprenant qu'avec le petit nombre de babi enfermés avec lui dans la citadelle, manquant d'approvisionnement et de munitions, la défense serait inutile, résolut d’aller aïlleurs tenter là fortune. Avant de partir il eut soin d écrire une letire à ses compatriotes de Neïriz, quartier de Tcehénar Soukhté, pour les aviser qu'il avait trouvé la vérité.
Puis, un certain Haçan, qui depuis longtemps lui servalt de domestique s offrit à aller lui chercher un che:val. Mais il fut pris et conduit chez Agha Khan qui ordonna son exécution immédiate. On voulut donc l'attacher à la bouche d'un canon, mais comme on le liait le dos tourné contre l'arme, il demanda que par faveur spéciale on voulut bien l’attacher la face tournée vers l'artilleur chargé de mettre le feu à la pièce, curieux qu 1l était, disait-1il, de voir comment celui-ci sy prenait. Ce sang-froid stupéfia les assistants qui déférèrent d'ailleurs à son désir.
La nuit suivante Seyyèd Yahya sortit secrètement de la forteresse avec ses compagnons, se dirigeant vers la province du Fars.
Agha Khan, quand il eut constaté la disparition du rebelle, poussa un soupir de soulagement. Il jugea d'ailleurs que la poursuite des fugitifs pouvait offrir quelques dangers et quil était infiniment plus pratique, plus salutaire, plus profitable et moins dange:reux de torturer — à la condition qu ils fussent riches — les babi ou soit-disant tels qui restaient dans la ville. Il fit donc rechercher les plus opulents, les fit mettre à mort et confisqua leurs biens, vengeant ainsi la religion outragée, ce qui peut être lui importait peu, mais remplissant ainsi ses coffres, ce qui lui plaisait infiniment. |
Cependant les fugitifs continuèrent leur route et arrivèrent bientôt à Bévanat (231) qui est village du district de Chiraz.
Là, notre Seyyèd convertit quelques habitants, entrautres Hadji Seyyéd Esmail, Chéikh oul Islam de l'endroit. Ceci fait et accompagné d’une escorte relativement nombreuse, il gagna Féçah.
Il y fut tout d'abord très bien reçu par le gouver-
(231) — L'auteur babi dit : à Neiriz : ces deux localités Sont extrêmement voisines l'une de l’autre.
neur À Mirza Mohammed. Il se mit à prêcher et convertit quelques personnes. Le Gouverneur, mis au courant dé ces faits, crut devoir lui conseiller d aller plus loin exercer ses talents oratoires : &« Vous avez affaire ici, lui fit-il dire, à des musulmans de vieille roche : s ils comprennent où vous tendez, ils vous tueront. » N'ayant pu arriver à le convaincre et à se débarrasser de lui À Mirza Mohammed en référa directement à Chiraz.
Ceci se passait à l'époque où le prince Babram Mirza destitué. de son gouvernement du Fars vivait à l'éhéran. Son frère, Firouz Mirza Nousrèt et Dowléh, nommé à Sa place n'était pas encore arrivé au siêge de son gouvernement. Les affaires étaient gérées par Mirza Tazi Oullah Nacir el Moulk, ministre de la Province. C'était donc au commencement de 1266.
Nacir el-Moulk peu soucieux de prendre, en cette affaire, la responsabilité d'une guerre civile. crut plus
prudent d'écrire à Seyyéd Yahya une lettre lui trans.
metiant les plaintes qu il avait reçues contre lui.
Le Seyyëéd lui répondit courrier pour courrier que ces plaintes étaient très exagérées et ressemblaient fort à des calomnies. 1] lui promettait en outre, — sans doute ironiquement — de venir le retrouver bientôt à Chiraz
où il pourrait le convaincre plus facilement de la pur
reté de ses intentions.
En attendant, ses prédications avaient réuni autour de lui cinq cents hommes déterminés. Les Mollas craignant dès lors plus pour leur vie que pour les intérêts de la religion adressèrent un appel désespéré à Nacir el Moulk. Celui-ci inquiet de la tournure que semblaient prendre les événements, envoya en toute hâte un messager priant le chef babi de venir le rejoindre le plus tôt possible à Chiraz.
Seyyèd Yahya avait déjà, vers la fin du mois de
Sefer quitté Feçah pour se rendre à Estahbanat. Mais les villageois s'opposèrent à son entrée dans le village,
ER UE PE POP, SE PA UT der e AT M4 dd SL mm rent a Put Lane =
et il fut obligé de continuer sa route. Ce fut à ce moment que le rejoignit l’'envoyé de Nacir el Moulk. Mais Seyyèd Yahya apprenait en même temps que les habitants d'un gros village des environs, Neïriz, avaient vivement à se plaindre de leur Gouverneur Mirza Zeïn el Abédine Khan. Trouvant l'occasion propice, il refusa de recevoir le messager du Gouverneur de Chiraz et se dirigea sur Neïriz. | Les Neirizis accueillirent Seyyèd Yahya avec le plus grand enthousiasme ; il n'y avait pas deux jours qu'il était arrivé qu'une foule de gens venaient le voir de nuit, par crainte du Gouvernement, dit le Fars Namèh, et se mirent à sa disposition en haine de l'autorité. D’autres, fort nombreux, et habitant plus particulièrement le quartier de Tchènar Soukhté se
convertirent en masse. Ceci en entraîna d'autres et
bientôt les babi comptèrent dans leurs rangs les Toullab de Tchènar Soukhté qui étaient environ une centaine, leur chef Hadji Cheikh Abdoul Ali — père de la femme de Seyyèd Yahya, — feu Akhound Mollah Abdoul Housseïn, homme fort âgé et versé dans les lettres religieuses, Akhound Mollah Bagher, Pichnamaz du quartier Molla Ali Kateb, un autre Molla Ali avec ses quatre frères, et le Ket Khoda, et des Rich Sefid, et des gens du quartier dit Bazar, tels que feu Mechedi Mirza Housseïn surnommé Qoutb, avec toute sa famille et ses parents, feu Mirza Aboul Cassem qui était neveu du Gouverneur, feu Hadji Mohammed Taghi, surnommé EÉyyoub et son gendre, Mirza Housseïn et bien d'autres du quartier des Sadats (Seyyëds), et le fils de Mirza Noura, et Mirza Ali Reza.fils de Mirza Hosseïn,.et le fils de Hadhji Ali etc., etc. Tous se convertirent, les uns de nuit et en tremblant, les autres sans peur et en plein jour. Mirza Zeïn el Abédine Khan, quoiqu'il eût reçu dès les premiers jours son hôte avec toutes les marques du plus profond respect, ne tarda pas à comprendre que
ses ennemis avaient trouvé en ce Sseyyéd un chef trop disposé à se mettre à la tête de leurs revendications. Aussi lui envoya-t-il dire que dans l'état de trouble où se trouvaient les esprits, il valait infiniment mieux pour lui quitter la ville et éviter ainsi la terrible responsabilité quil allait encourir si ses partisans surexcités levaient les premiers l'étendard de la révolte. € Qu'ai-je à voir dans toutes vos affaires, lui ft | répondre le seyyed. Je suis venu en ce pays pour y voir mes amis et mes parents, et je m “occupe jort peu de vos dissensions intestines.
N'as-tu pas veur de Dieu, n'as-tu pas honte du Prophète pour renvoyer ainsi un hôte que ta religion te rend sacré. »
Mirza Zéine el Abédine Khan prit cette réponse pour ce qu elle était, c'est-à-dire pour une déclaration de guerre; il soccupa dès Îors à rassembler ses hommes pour expulser par la force le perturbateur. Il eut d'ailleurs soin de lancer une proclamation déclarant en substance que: « Quiconque était sorti de Néiriz pour aller à Rouniz (232) se mettre aux ordres du Seyyèd, pouvait se préparer à voir la ruine de sa maison, l'arrestation de sa femme, et à subir le martyr }. Puis, voyant le peu d'effet de sa proclamation, il sortit de Néïriz et se rendit à huit farsakhs de là, à Qouthrah village dont ilétait originaire, et là il s occupa à préparer tout ce qu'il fallait pour la lutte.
Seyyèd Yahya sortit lui aussi de Rouniz, etse rendit aux environs d'Esteh banat dans un tombeau à coupoles nommé Pir Mourad, et y resta deux jours, puis, les oulémas du village voisin ayant lancé contre lui l'excommunication, il se dirigea de bon matin, avec une
vingtaine de personnes vers la Mosquée de Tchénar
Soukhté et là, après avoir accompli les cérémonies de
(832) — Durant cette période Seyyèd Yahyah demeurait, en effet dans cette localité tout à fait voisine de Neir1iz.
la prière, il monta sur la chaire et s’écria : « Ne suis-je » donc pas celui que vous avez toujours considéré » comme votre pasteur et votre guide ? N'est-ce pas » sur mon avis et sur mes ordres que vous dirigiez vos » consciences dans la voie du salut? Ne suis-je pas » celui dont vous avez toujours écouté la parole et les » conseils ? Que s'est-il donc passé que vous me traitiez » aujourd’hui en ennemi de votre religion et de vous- » mêmes. Quelle chose licite ai-je défendue? Quelle ») chose défendue ai-je permise ? Quelle 1impiété ai-je » commise ? Dans quelle erreur vous ai-je engagés ? » Et voilà que parce que j ai dit la vérité, que parce » que loyalement jai cherché à vous instruire, on ») m'opprime et on me torture ! Mon cœur brûle » d'amour pour vous, et vous me martyrisez. Sou- ) venez-vous, Souvenez-vous bien que quiconque me » contriste, contriste mon aïeul, Mohammed leradieux ) Prophète, et quiconque me vient en aide vient à son ) secours. Au nom de tout ce que vous avez de plus » sacré, quiconque aime le Prophète me suive ! »
Il annonça aussi en termes touchants son intention de partir. Puis il sortit de la mosquée, accompagné d'une foule de gens qui le suppliaient de rester. Ils y mirent tant d'instance que le Seyyëèd, convaincu d'avance, finit par y consentir.
Dix jours s’écoulèrent en sermons et en exhortations quand on prévint Darabi que Mirza Zeïn el Abédine Khan venait de passer la revue de 2.000 hommes qu il avait réunis, et qu'il se préparait à. marcher sur Tchénar Soukhté, ayant eu soin de prévenir l'autorité de ce qui se passait.
Darabi envoya immédiatement sous les ordres de Acheikh Hadi, fils de Kerbelahi Mohammed Hassan des hommeës mettre en défense une antique forteresse nommée Khadjèh, très voisine de Tchénar Soukhté. On en répara les brèches en grande hâte et l’on y réunit quelques provisions.
Les gens de Mirza Zeïn el Abédine Khan arrivèrent de nuit à Neïr1iz et campèrent dans le quartier Bazar, autour de la maison de leur chef, qui était en réalité une solide forteresse dominant tous les environs. Une partie d'ailleurs habita la maison de À Seyyèd Abou Taleb, Ket Khoda du quartier, récemment converti au babisme, et de laquelle ils s'emparérent : leur chef était Mohammed Ali Khan, beaufrère du gouverneur.
Au matin, du côté Babi, Akhound Mollah Abdoul Hosseïn était monté sur la terrasse de la forteresse pour observer ce quise passait en ville; les soldats musulmans l'aperçurent, tirérent sur lui et le blessérent au pied. Ce fut le premier sang répandu sur cette terre qui devait, sous peu, en recevoir des flots.
On annonça cette nouvelle à Seyyèd Yahyah qui écrivit une lettre de félicitation à l'Akhound. Mais, la nuit venue, quelques uns des défenseurs de la forteresse pris de peur, abandonnèérent leurs rangset s'enfuirent. Seyyèd Yahyah, pour éviter de nouvelles défections vint à cheval, entouré d'une assez grande foule de gens partager le sort de ses compagnons.
Aussitôt qu'il fut entré, le Khan gouverneur et son frère Ali Asker Khan vinrent environner la forteresse avec leurs soldats, et s’empressèrent de détourner le cours d'eau qui alimentait les babi.
Ce jour même il y eut une rencontre entre les babi et les troupes royales: les sectaires perdirent Tadj ed dine, qui était très renommé pour son courage, Zéine el Abédine fils d'Iskender. Mirza A boul Cassem fut blessé et mourut quelques jours après de ses blessures.
Sur ces entrefaites arriva le courrier envoyé par le gouverneur de Chirazen réponse à une lettre que Zéïne el Abédine Khan lui avait écrite pour dénoncer ce qui s était passé. Le Khan envoya le messager chez Vahid — car tel est le titre que les bab
avaient donné à Seyyèd Yahyah — et celui-ci s’acquitta de son message qui en deux mots engageait le chef babi à éteindre l'incendie qu’il avait allumé avant qu’il ne le dévorât lui-même.
Vahid, sachant bien que sa réponse serait connue du camp ennemi, résolut de profiter d'une occasion si belle pour endormir la vigilance de ses adversaires. Aussi répondit-il que c'était malgré lui qu'il était lancé dans cette aventure, quil était moins le chef que le prisonnier de ses compagnons, qu'il craignait qu'une tentative de fuite de sa part, si ellene réussissait pas, ne se terminât par son exécution par les révoltés. Il suppliait donc son correspondant d'envoyer des troupes suffisantes pour que ses compagnons comprissent que la lutte était inutile: 1l attendrait avec impatience ce moment de recouvrer sa liberté (233).
Quand la nuit fut venue Seyyèd Yahyah sortit avec ses hommes — 14 d'après le second auteur — de la forteresse et se di: :gea dans le plus grand silence vers le camp des musulmans.
Quand ils y furent arrivés les babi se jetèrent sur leurs ennemis endormis au cri de Ya Sahab èz Zéman eten firent un carnage affreux. Ali Asker Khan, frère ainé de Mirza Zéïne el Abédine, sa famille, tous les fonctionnaires furent passés au fil de l'épée. Trois fils d'Ali Asker Khan furent fait prisonniers. Les babi, renversant tout sur leur passage pénétrèrent jusqu'à Neïriz qu’ils mirent à feu et à sang. Le gouverneur faillit vingt fois être pris et ce n'est qu'avec la plus grande difficulté qu'il parvint à s'enfuir ; aussi en profita-t-il pour fuir jusqu à Qouthrah.
(833). L'auteur babi ajoute que Vahid réclama qu’on laissât Venir l'eau jusqu'à lui, et qu'il déclara en outre que si on n’y Consentait pas il saurait bien la conquérir par la force. Ce à quoi le Khan aurait répondu : « Si tu esle Seyyèd des Seyyèds, moi je suis Chimr. »
La déroute était complète, d'autant plus complète que ce qui restait de Neirizis se convertit comme un seul homme au babisme et vint grossir d'une façon sensible le nombre des défenseurs de la forteresse. . Ceux.ci, disent les musulmans se montrèrent bientôt au chiffre de 2000 hommes — 7 à 800 suivant l'auteur babi.
Mirza Zéine el Abédine Khan ne manqua pas d'écrire à Chiraz sa propre défaite, la victoire de Seyyèd etles conversions de ses administrés. Nacir el Moulk voyant les choses se gâter envoya la lettre au Prince Firouz Mirza Nousrèt ed Dowléh, gouverneur de la ville qui, venant de Téhéran pour rejoindre le siège de son gouvernement, se trouvait à ce moment à 4 stations de Chiraz.
Vahid songea à organiser sa conquête; il fit fortifier les tours et creuser un immense ab-embar, — réservoir, — en même temps qu il faisait dresser tout autour de la forteresse les tentes qu'il avait pillées à l'ennemi.
Furent nommés: gardien de la porte, Kerbélai Mirza Mohammed; gardien du trésor, Cheikh Youçoui; commandant des environs et des remparts extérieurs Kerbélaï Mohammed fils de Chems ed dine; commandant de la tour du moulin Khabar situé tout à proximité, Mirza Ahmed; bourreau, Chéikha; gardien des prisons Mechedi Taghi, l’épicier ; comptable Hadj Mohammed Taghi. Quiconque voulait s enrôler dans l'armée de Dieu devait tirer de lui un papier: on évitait ainsi les discusisons, et celui qui entrait savait, par ce fait même, qu'il sacrifiait tout ce qu'il avait de cher au monde.
Mirza Djaafer, neveu du Gouverneur se fit babi : il composa une ode en l'honneur de la guerre et l'on chargea Mirza Fazl ‘Oullah de la lire aux troupes.
Enfin, le commandement suprêmefut donné à Agha Ghoulam Riza Vezdi, qui avait jadis accompagné Vahid à Yezd. .
Quelques-uns reçurent des grades dansla ville même : tel celui qui fut nommé commandant militaire de la mosquée Djam'èh, point militaire de premier ordre.
Vahid semble avoir pris ses fonctions tout à fait au sérieux ; ilétait,s il faut en croire uneanecdote quejevais dire, fort sévère, dur d'aspect et son port terrifiait ceux qui avaient affaire à lui. Tout individu convaincu d'avoir manqué de respect à la nouvelle religion était immédiatement saisi, amené à la forteresse, condamné et exécuté par Cheikha.
Or donc un jour, un étranger vint offrir un superbe fusil à Vahid. Celui-ci le prit, l'examina avec attention et dit au gardien du Trésor: «Chéïkh Youçouf..…., prends ce fusil. » Le mot chéïkh n'était pas encore terminé que l'étranger, s'imaginant que l’on appelait Cheikha pour lui couper le cou, setrouva mal, verdit. vomit et mourut. |
La tradition ajoute même qu'on prit son corps, qu’on le mit sur un mulet et qu'on le portait chez lui pour l'enterrer, quand un vieux Seyyèd, du nom de Motalleb, interpella les porteurs et leur demanda ce qui était arrivé.
Sur leur réponse, il fut tellement saisi de l'aventure qu il en mourut aussitôt.
L'histoire babie intervient ici dans la correspondance entre Zeïn el Abédine et le sous-gouverneur de Chiraz. Nous avons raconté que le gouverneur de Neïriz avait écrità Nacir el Moulk; or, ilavait confié sa lettre — contenant un cadeau de 5.000 tomans — à Molla Bagher, qui était de ses intimes, et dans lequel il avait la plus grande confiance : il l'avait chargé de Corroborer le récit qu il envoyait, et de presser l'envoi des renforts. Or, ce messager, pour plus de sûreié, prit la route de Houdechtèq.
I se rencontra précisément que Hadji Seyyèd Ismail, qui était Cheikh oul Islam de Bavanat, avait
AOÛ
pris de Vahid la permission de rentrer dans ses foyers et s’était mis en route, suivant le même chemin que l’envoyé de Zeïne el Abédine Khan.
À une station de Neïriz se trouve une immense plaine servant de lieu de pâture aux tribus qui y viennent camper et qui est dominé par une forteresse nommée Houdechtèq.
Le Cheïkh. arrivé vers midi, s'était arrêté là et déjeunait paisiblement quand son regard tomba sur un beau cheval tout harnaché: La réflexion lui vint qu'une pareille bête ne pouvait qu'appartenir à un étranger de passage. [Il s'enquit donc du propriétaire, et quand on lui eut répondu que c'était un des hommes du gouverneur de Neïriz, il se leva tout d'un coup et monta sur la bête.
Molla Bagher était sous une tente voisine, en train de causer avec un individu quelconque. Le cheikh, le sabre à la main, s’élanca vers la tente et s'adressant à l'interlocuteur de Molla Bagher, il lui cria à haute voix : &« Fais immédiatement arrêter cet homme. caril fuit le sabre du Sahab-èz-zéman, dont je suis le serviteur. )
Des gens, qui avaient entendu, accoururent, et tous, terrifiés par l'attitude, le geste et la voix du cheikh, se précipitèrent sur Molla Bagher qu ils remirent lié à son vainqueur. |
Le cheikh s’empara donc du messager et le conduisit à coups de fouet jusqu'à 2 farsakhs de Neïriz dans un village nommé Roustag ; là, il le confia à un deses coreligionnaires, Hadji Akber Ket Khoda, en lui annonçant que le prisonnier était un lâche déserteur de Vahid, et qu'il ait à le faire parvenir au chef babi.,
Hadji Akber, convaincu de l'importance de la prise, la conduisit lui-même à Vahid. Celui-ci interrogea le messager qui, avec beaucoup plus de courage quon ne pouvait en attendre d'un persan, avoua hardiment qui il était et pour quelle œuvre il s'était mis en route.
Comme il refusa de se faire babi, il fut exécuté séance tenante, et cette exécution sommaire mit le comble à la fureur de Zeïne el Abédine Khan.
Quoi qu'il en soit, le prince gouverneur de Chiraz finit par recevoir les lettres du gouverneur de Neïriz, et, décidé à frapper un grand coup, nomma Mehr Ali Khan Choudja el Moulk serdar du contingent Hamadani, et Moustafa Kouli Khan, colonel du bataillon silakhouri. Il les envoya contre les babi, en même temps qu il faisait annoncer la levée des hommes disponibles à Estéh banat, [redj, Pendj Maaden, Qouthrah, Bouchné, Dèh Tcha, Mouchkan, Roustaq, etc.
Mehr Ali partit le premier, immédiatement suivi de Moustapha Kouli Khan, pendant que les habitants du village s'assemblaient peu à peu.
Les trois armées se réunirent à Neïriz où elles investirent complètement le camp babi. Ily eut dès ce jour-là une légère escarmouche qui coûta la vie à un babi qui se tenait à cheval devant la porte de la forteresse et qui fut tué d'un coup de canon; maïs un de ses camarades ayant réussi à abattre Î'artilleur d'un Coup de tromblion, les choses en restèrent là, et chacun se retira derrière ses tranchées.
L'auteur du Nassikh-et-tévarikh constate sans la moindre mélancolie que les troupes impériales étaient mal exercées et fort peu désireuses de se battre : aussi, ne songeant pas une seconde à donner l'assaut, elles établirent un camp qu'elles se hâtèrent de fortifier le plus possible.
Durant cinq jours les armées s’observèrent; la sixième nuit Vahid choisit 300 hommes (234) parmi les plus déterminés de son armée et les envoya en silence Contre le camp. À minuit, 1ls sortirent de la forteresse armés de sabres, et, quand ils furent près de l'ennemi
(234). L'auteur babi dit 14 qu’il envoya en deux groupes, Mais reconnait que par la suite tous les babi donnèrent.
ils se précipitérent sur lui en poussant leur cri de guerre. Les impériaux, affolés, cédèrent comme toujours, mais leurs chefs se multipliant, 1ls revinrent au combat. La bataille dura huit heures, et le matin venu. les Babi, las de carnage, rentrèrent triomphalement chez eux. Il y eut, dit le Fars-Nameh 300 musulmans tués et 150 babi, mais l'auteur babi, qui se tait sur le nombre des ennemis tués. accuse pour cette nult-là la mort de 60 des siens (235).
Ce fut certes un beau triomphe, mais malgré notre auteur babi qui se tait sur les désertions, nous sommes bien obligés, avec le Fars Nameh, d'admettre qu il s’en produisit.
Ce nombre de 150 ou de 60 tués fit réfléchir quelquesuns des nouveaux convertis qui, en bons persans qu ils étaient eussent voulu voir dans cette victoire un miracle ; avec la meilleure volonté du monde, ilsny pouvaient parvenir et cette difficulté les poussa petit à petit à sortir de la forteresse et à rentrer chez eux pour voir de loin, et à l'abri des coups, ce qui se passerait.
La désertion allait en augmentant et Seyyëd ŸYa-
(235). Voici quelques noms de la liste qu’il donne : Ghoulam Riza Yezdi, son frère Ali fils de Kerbélahi Kheïr Oullabh, Khadjé Housseïn, confiseur et fils de Khadjéh Qani; Asker, fils de Molla Mehdi, briquetier; Kerbélahi Abd-oul-Kérim; Housseïn fils &e Mechédi Mohammed; Zéine oul Abédine, teinturier, fils de Molla Djaafer, l'enlumineur ; Aced Oullah, fils de Molla Mouca, le foulon ;, Mohammed fils de Mechedi Redjeb, forgeron; Kerbélahi Hassan ; Kerbélahi Chems ed dire, savetier; Kerbélahi Mirza Mohammed ; K. Bagher, cordonnier; Mirza Ahmed fils de Mirza Housseïn; Akhounû Molla Hassan fils de Molla Abd Oullah; Mechedi Hadji Mohammed ; Abou Taleb, fils de Mirza Ahmed; Akber fils de Molla Achour Taghi Yezdi; Molla Ali fils de Molla Djaafer ; K. Mirza Hosseïn, le muezzine ; Housseïn Khan ils de Chérif; K. Courban ; Khadjèh Kazem fils de Khadjèh Al; Agha fils de Hadji Ali; Mirza Noura fils de Molla Mouina. Parmi ceux qui furent blessés se trouve Molla Mohammed. qui, après les événements que nous allons raconter fut transporié à l'éhéran où il fut exécuté.
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hyah, craignant de se voir bientôt abandonné de la plupart de ses compagnons résolut de se les attacher définitivement par une grande victoire. [Il tenta une nouvelle surprise, mais le hasard voulut que ses hommes fussent aperçus au moment où ils sortalent de leur citadelle. Aussi furent-ils reçus à coups de canon ; cinquante d’entre eux mordirent la poussière. Les autres n'hésitèrent pas cependant ; ils entrèrent dans le camp, le sabre haut, et massacrèrent 100 soldats. Choudjah el Moulk eut toutes les peines du monde à empêcher ses gens de lâcher pied, admirablement secondé par Moustapha Kouli Khan, si bien que les babi durent se retirer(256).
Quoique les pertes fussent à peu près égales cette fois, les troupes impériales n'en avaient pas moins fort peur : les choses trainaient en longueur, et pouvaient au surplus tourner à la confusion des musulmans. Ceux-ci résolurent donc d user de ruse. Ils envoyèrent un messager à Vahid, chargé de lui présenter leurs excuses en même temps que de lui‘lui remontrer l'inutilité de verser le sang pour une cause sur laquelle on pouvait s entendre sans tant de querelles. Ce messager remit en outre à Vahid un Qoran signé des principaux musulmans comme signe de sa sauvegarde et de leur bonne foi, et l'invita à avoir une entrevue avec les chefs musulmans.
Vahid, à l'audition de ce message et à la vue du Qoran se contenta de prononcer ces paroles : « Nous venons de Dieu et nous retournons à Lui. Voilà que la promesse de Dieu est arrivée à son terme fatal. » 11 se leva et se rendit au camp accompagné de cinq personnes parmi lesquelles Akhound Molla Ali, l'en:ii-
mineur, et Hadji Seyyèd Abed, le traitre.
Avant de quitter ses compagnons, il leur fit «3
(236, Mon auteur babi ne dit pas un mot de cette seconde sortie.
adieux et leur recommanda de rester fermes à leur poste jusqu'à ce qu'il leur arrivât des nouvelles sûres de lui.
Le serdar, Zéine el Abédine, Moustapha Kouli Khan et d'autres vinrent au-devant de lui et ie conduisirent avec toutes les marques du respect jusqu à une tente
qu'on avait ornée de tapis. Il resta là 3 jours, pendant que ses compagnons laissés dans la forteresse attendaient sa décision (237).
Pendant ce temps les musulmans étaient fort embarrassés. Ils tenaient bien le chef, mais n osaient rien tenter contre sa personne de peur de voir ses terribles compagnons de la forteresse voler à son secours. Ii fallait se débarrasser d'eux d’abord, puis on traiterait
Seyyèd Yahyah suivantses mérites. Le plus simple
conclurent-ils est d'obtenir de Vahid une lettre annoncant que la paix était définitivement conclue et que chacun n'avait plus qu'à rentrer chez soi.
& [ls furent un peu étonnés de voir que Seyyed Yahyah était absolument de leur avis : 1l consenti immédiatement à ce qu'on lui demandait.
Il écrivit donc cette lettre, mais en écrivit secrètement une seconde donnant l’ordre de ne tenir aucun compte de la première et de tenter cette nuit même une surprise qui réussirait, il en était sûr.!
[1 confia les deux plis à Hadji Seyyéd Abed, le traître, avec des recommandations particulières. Ce maudit s'empressa d'aller porter les deux missives à Mirza Zéine el Abédine Khan. Celui-ci remercia vivement le messager, lui fit les plus belles promesses du monde et l’envoya porter la première lettre en l'invitant à se taire sur ce qui s était passé entre eux.
Les gens du château fureni convaincus, tant par la lettre qui était incontestablement de Vahid, que par les dires de Abed. Quoique fort étonnés, ils se prépa-
(37). Voir la note suivante.
rérent à obéir, et, la nuit venue, s'en allèrent, la plupart abandonnant leurs armes.
Les musulmans avaient envoyé une première colonne pour s opposer à leur passage, et une seconde pour leur couper la retraite. Les babi, se heurtant aux premiers musulmans qu'ils rencontrèrent, comprirent immédiatement le piège dans lequel ils étaient tombés. Ils se jetèrent sur les assaillants avec tant d'ardeur et de courage, qu'ils traversèrent leurs lignes, et, après maintes difficultés, vinrent se réunir à la mosquée Djañèh qu'ils considéraient comme une forteresse. Mais là une nouvelle surprise les attendait. Ils y avaient été précédés par Molla Hassan, fils de Molla Ali Mohammed, qui s'était emparé des hauteurs et qui fusillait quiconque se présentait. Molla Housseïn, l’un des babi, monta dans le minaret et le jeta en bas d'un coup de fusil, maïs les religionnaires ne purent entrer et durent se cacher un peu partout.
Molla Hassan fut d’ailleurs guéri de ses blessures et se montra par la suite l'un des pires adversaires de la secte nouvelle (238).
Le lendemain les musulmans arrêtérent l’un après
(238). Je n'ai aucune raison de suspecter ce récit dû à un neirizi même. Mais je crois devoir donner ici en abrégé, le récit de Mirza Djani.
« Après avoir passé par le camp, Seyyèd Yahyah se retira dans sa propre maison. Le matin venu, il voulut sortir mais se heurta aux sentinelles qui lui déclarèrent qu'il était prisonnier. » |
« Lorsque cette nouvelle parvint aux babi que Vahid avait laissés dans la forteresse, ils sortirent en masse et se préparèérenti à attaquer les musulmans. Choudjah el Moulk craignant que leur fanatisme exaspéré ne lui donnät jort à faire, pria Seyyèd Yahyah d'intervenir, lui affirmant qu'il n'était pas le moins du monde prisonnier, qu’on avait dépassé ses ordres, et qu'il pouvait être assuré qu'en récompense de sa bonne volonté On se conformerait strictement aux termes du traité. Seyyèd
Yahyah aurait accueilli cette demande et écrit à ses partisans de se disperser, ce qu'ils firent immédiatement. »
l’autre tous les bab1 qui leur tombérent sous la maïn; on pilla ou on incendia leurs maisons, et eux-mêmes, le carcan au cou, les menottes aux mains, furent amenés au camp. Deux jours après, le bourreau étant venu de Chiraz exécuter quelques-uns des sectaires, refusa d'accomplir son office sur la personne de Seyyed Yahyah, craignant, disait-il, d'être maudit par le Prophète pour avoir versé le sang d'un de ses descendants:
C’est qu’en effet, depuis quelques jours, les musulmans cherchaïent à rompre le serment qu ils avaient signé sur le Qoran. Ce refus du bourreau les remplissait de terreur. Enfin, celui qui commandait les cavaliers, et qui avait eu deux de ses plus proches parents tués dans cette guerre, s’avança vers le Seyyëd et sé tournant vers les musulmans. ( Vous avez juré, dit-il, de respecter sa vie, mais moi je n ai rien juré du tout; d’ailleurs personnellement je suis chargé de martyriser jusqu'a ce que mort s en suive tout individu accusé. Venez, à vous tous qui avez laissé des parents sur le champ de bataille, venez, et prenez de ce Seyyéd le sang que vous avez perdu. » Le premier qui se rendit à cet appel fut Molla Riza, fils de Méchedi Mohammed et frère de ce. Molla Bagher qui avait été exécuté sur l’ordre de Vahid. Il s'empara de la ceinture verte de Yahyah, symbole de sa descendance sacrée, la luinoua autour du cou par un nœud et se prit à le trainer par terre. Puis vint Séfer, dont le frère Chahaban était tombé victime de la guerre, puis Agha Djan, fils de Ali Asker Khan, frère de Zeïne el Abédine Khan. Et les musulmans,excités par ce spectacle, lapidèrent le malheureux et l’achevèrent à coups de bâton. On lui coupa alors la tête, on en arracha la peau qu'on remplit de paille et l’on envoya ce trophée a Chiraz.
On restait maître de trente-deux prisonniers,
hommes, femmes et enfants. On résolut de les
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envoyer vers le Prince Firouz Mirza Nousret -ed Dowiéh,
«C'était un jour de fête, ce jour-là, raconte un témoin oculaire. Les habitants s'étaient répandus dans les campagnes avoisinantes, apportant leur repas et beaucoup d'entre eux buvant, à la dérobée, de pleines bouteilles de vin. L'air retentissait des sons de musique, des chants des musiciennes, des cris et des rires des ülles publiques : le bazar était pavoisé, la joie éclatait partout. Soudain se fit un grand silence. Le peuple venait d'apercevoir trente-deux chameaux, chargés, chacun d'un malheureux prisonnier, d'une femme ou d'un enfant, ficelés et jetés en travers de la selle comme un paquet. l'out autour des soldats portaient de longues lances au bout desquelles étaient fichées les : têtes des babi tués à Neïriz. La hideur du spectacle saisit violemment la mobile population de Chiraz, et chacun rentra tristement chez soi. »
(€ L horrible caravane traversa les bazars et parvint Jusqu'au palais du Gouverneur. Celui-ci se trouvait dans son jardin et avait réuni dans son kiosque, surnommé Koulah Frenghi, tout ce que Chiraz comptait d'hommes riches ou éminents. La musique se tut d'elle-même, les danseurs s’arrétèrent et Mohammed AL Khan ainsi que Mirza Néhime, deux petits chefs de tribu qui avaient pris part à la campagne, vinrent raconter leurs hauts faits et nommer les prisonniers un à UN. »
Les hommes furentexécutés :(239) ils étaient d’ailleurs peu nombreux, les femmes furent emprisonnées et l’on
(899). À Ghoulam Riza, serviteur de Vahid ; Cheikha, le bourreau qui fut cruellement martyrisé. Mirza Mehdi, qui était l'oncle de Ali Serdar mourut en prison. Trois hommes allèrent à Téhéran ; Molla Mohammed, Hadji Cassem, Houssein fils de Ali Naghi: ces trois personnages furent arrêtés ei exécutés dans la capitale à la suite de l'attentat contre S. M. Nasser ed dine Chah.
ne sait ce qu'elles devinrent par la suite : quant aux deux jeunes fils de Seyyèd Yahyah, trop jeunes pour être tués, ils furent envoyés à Bouroudjird et confiés à leur grand-père, Seyyèd Djaafer. »
Ïl semble, hélas ! que tout ce sang répandu eût dû suffir à apaiser la haine et la cupidité des musulmans ; il n en fut rien. Mirza Zéïne el Abédine Khan, se sentant menacé par le désir de vengeance des gens quil avait trompés et vaincus, ne laissa ni trève ni repos aux survivants de la secte : sa haine s'était déchainée, elle ne devait finir qu avec sa vie.
C'était, en effet, les pauvres diables qu'on avait envoyés à Chiraz, les riches avaient été retenus. Zéine el Abédine Khan les confia à un individu chargé de les promener en les bâtonnant à travers la ville. On s'’amusait à Neïriz, en ce moment-là. On pendait les babi à quatre clous, et chacun venait se repaitre de l’angoisse du malheureux supplicié, on leur mettait des roseaux enflammés sous les ongles, on les brülait au fer rouge, on les privait d'eau et de pain, on leur faisait un trou dans le nez, on y introduisait une ficelle et on les promenait ainsi comme des ours. À Seyyèd Djaafer Yezdi vit les bourreaux lui brûler son turban, puis le promener lui-même de porte en porte en réclamant de l'argent aux propriétaires ; comme on étaiten plein hiver on en profita pour jeter Hadji Mohammed Taghi surnommé Eyyoub dans un bassin,et quand il sortait la tête pour respirer, les assistants le frappaient, à coups de bâton pour le aire rentrer sous l’eau. D'autres fois on prenait les plus considérables d'entre les babi, À Seyyèd Diaafer, Hadji Cheikh Abd Ali, Eyyoub, A Seyyèd Housseïn : on les faisait gravement asseoir sur des chaises puis on invitait la population à venir leur cracher à la face. À Seyyèd Abou Taleb,qui était fort riche, fut chargé
de chaînes, envoyé par le Gouverneur de Neïriz à Maaden et là empoisonné par Hadji Mirza Nacir, le
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même qui à Chiraz avait ordonné au Bab de baiser la main de Cheikh Abou Tarab.
Deux femmes babies,avant d'être faites prisonnières, se jetérent dans un puits etse tuërent.
Quelques babi, désireux de se venger de Mirza Zéïine el Abédine Khan se dirigèrent sur Téhéran pour aller se plaindre à S. M. des atrocités qui avaient été commises. Îls étaient arrivés jusqu à 2 ou 3 stations de la capitale et se reposaient des fatigues du voyage quand une caravane de Chirazi vint à passer qui les reconnurent, les arrêtérent tous, sauf un certain Zéïne el Abédine qui put parvenir à Téhéran. On conduisit les autres à Chiraz où le prince les fit exécuter aussitôt. Là moururent Kerbélahi Aboul Hassan, faïencier, À Cheikh Hadi oncle de la femme de Vahid, Mirza Ali et Aboul Cassem ibn Hadji Zeïna, Akber ibn Abed, Mirza Hassan et son frère Mirza Baba.
Ces plaisanteries durérent deux ans, c'est-à-dire jusqu'en 1268-1269. On conçoit que la plupart des bab1 aient fui la ville et se soient réfugiés dans les montagnes des environs ; mais une chose à peine croyable c'est que leur nombre augmentait et qu ils se virent bientôt assez forts pour tenter d'exécuter leur projet favori, l'assassinat de Mirza Zéïne el Abédine Khan. | |
Mais celui-ci se gardait, et ne se hasardait à sortir qu'accompagné d’une escorte formidable. Les babi furieux — on était à ce moment en automne, à | époque où l'on boit le jus de raisin — attaquérent, dans la montagne Bala Taroun une fabrique qui lui appartenait et tuèrent ou blessèrent 3 ou 4 hommes. Zéïne el Abédine Khan envoya des soldats pour se venger et arrêter les coupables, mais ses envoyés revinrent les mains vides.
Pendant cette période de deux ans un certain individu était revenu à Neïriz après une assez longue absence. Il était Babi, se nommait Ali et avait reçu le
surnom de Serdar. Cet Ali Serdar sortait toutes les nuits de chez lui, un sabre à la main avec lequel il
épouvantait les musulmans quil rencontrait. Il se
rendait chez ses coreligionnaires, les soutenait, les secourailt, donnait à ceux qui n avaient pas, préchait, conseillait, entretenait en un mot la fo1etl enthousiasme des babi.
Mirza Zéïne el Abédine Khan le fit arrèter, mais comme on n avait rien à lui reprocher, il fallut bien l'élargir et Ali Serdar continuait son travail occulte avec la même ardeur et la même conviction.
Enfin Mirza Housseïn Qotb, qui était à Téhéran vint à Neïr1z. C'étaitun homme d’un courage éprouvé, loyal, disert, et qui fit vite la conquête des babi. Celui-ci ne cessait chaque nuit de les exciter à tirer vengeance sur Mirza Zéïine el Abédine Khan, de la mort de Vahid.
[1 fit tant et si bien qu'en fin de compte il réussit.
Cinq individus jurèrent de le tuer ; c'étaient Kerbélahi Mohammed, ses trois fils Khadjé Mohammed, Khadjé Hassan, Khadjé Ali et Oustad Cassem le propre maçon du Khan.
Un jeudi soir, le Khan dit à son ferrach bachi Kerbélahi Sadeq qu'il irait le lendemain matin de très bonne heure au bain, puis en sortant qu'il monterait à cheval. « Toi, cependant, tu prendras les gens nécessaires et tu iras arrêter les soixante-dix babi dont les noms sont inscrits sur cette liste. »
Un homme sür vint prévenir les cinq compagnons de ces dispositions. Ceux-ce1 firent leurs adieux à leurs femmes et à leurs parents, et pénétrèrent dans le bain bien avant que le Khan n'eût envoyé ses soldats et ses fusiliers, ainsi qu'il le faisait chaque fois qu'il Sy rendait.
Le Khan arriva enfin, et à peine fut-il entré que les cinq babi se précipitèrent sur lui et se mirent à le frapper avec une violence inouie. Le Khan, couvert de
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blessures se défendait fort mal, mais les baiïigneurs coururent prévenir les ferrachs de ce qui se passait. Ceux-ci se précipitèrent dans le bain et, après une lutte sommaire mirent à bas quatre babi. Le cinquième Ousta Cassem parvint à s'enfuir et déjà il avait gagné la seconde salle, celle où les clients se dépouillent de leurs vêtements, quand il entendit s'élever soudain la voix de sa victime. Saisi de fureur il s écria : « Quoi ! chien maudit ! tu vis encore ! » Et il se précipita, armé d'une alène de cordonnier, renversant tout sur son passage. Arrivé près de Zéïne el Abédine, il se pencha sur lui, introduisit sa main dans une blessure qu'il avait au ventre, saisit avec force les intestins et les arracha. Il tomba massacré aux pieds de sa victime
expirante.
Le Gouverneur du Fars était à ce moment le prince Thamasp Mirza, Mouayyëèd ed Dowlèh. On lui raconta ce qui s était passé et 1l nomma Mirza Néïme Gouverneur de Neïriz.
Celui-ci envoya d'abord son oncle Mirza Baba avec des cavaliers. Puis, environ un mois après il vint luimême accompagné de nombreux fantassins et de cavaliers. Ali Serdar et ses compagnons vinrent au devant de lui et tout semblait s'être apaisé. Mais la femme de feu Mirza Zeïne el Abédine Khan ne pouvait pardonner le meurtre de son mari. Elle intrigua
tant et si bien quelle fit entrer Mirza Néïme dans ses intérêts.
Celui-ci qui se montrait très affable avec les sectaires, résolut de faire arrêter les babi sans aucun risque. [l envoya un homme chez eux, chargé d'annoncer que quiconque avait eu à se plaindre de son prédécesseur n'avait qu'à venir tel Jour, à telle heure, se présenter au divan, qu’on examinerait sa plainte et quon restituerait tous les biens injustement con fisqués.
Le jour indiqué venu, un certain nombre de babi
se présentérent. On les laissa passer, mais à peine furent-ils entrés qu'on ferma les portes et que les soldats parurent prêts à faire feu.
Le coup de filet rapportait cent cinquante babi, et parmi eux Mirza Housseïn Qotb et Ali Serdar.
Quelque temps se passa et Mirza Néïme eut besoin d'aller à Chiraz. I] fit faire une liste exacte des prisonniers et les confia à son oncle Mirza Baba.
Choudja el Moulk écrivit au Sadr A’azam la nou- velle de ces arrestations, fit ressortir l'immense service que Mirza Néïme avait rendu à l'Islam sans qu'une goutte de sang fut répandu : le Chah donna l'ordre d'envoyer les prisonniers à Téhéran.
Or, il arriva que durant l'absence de Mirza Néime les habitants de Qouthrah se révoltèrent contre Mirza Baba et refusèrent de payer l'impôt. Fort embarrassé, il n'eut plus bientôt qu'un seul moyen de vaincre ces résistances : il fit appel au dévouement d’Ali Serdar, quil envoya comme négociateur. Celui-ci revint à Neïr1z après avoir réussi dans sa mission. 11 conserva sa liberté et consacra tous ses soins à adoucir le sort des prisonniers.
Ce fut à ce moment qu’arrivèrent à Chiraz les gens chargés par S. M. de conduire les prisonniers à Téhéran. Mirza Néime les envoya à Neiriz avec des troupes. |
Mais, avant qu'ils fussent arrivés les Babi de Chiraz prévinrent leurs coreligionnaires de Neïriz. Ceux-c1 se réunirent pour aviser aux mesures à prendre, mais <omme ils étaient trop nombreux ils se divisèrent en trois groupes : les Akhounds se réunirent dans la maison de Molla Mohammed Mo’men; Ali Serdar ft venir les fusiliers chez lui; Méchedi Mirza Housseïn Qotb entraina les autres au Bostan Rézi qui est en dehors de la ville. Ils se tenaient mutuellement au Courant des résolutions prises à l'aide de messagers qu'ils s'envoyaient d’instant en instant.
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Mirza Baba était extrêmement embarrassé. fl arrêta bien des gens quelconques qu il se réservait d'envoyer à lélhéran comme babi, mais 11 comprenait bien qu il lui fallait quelques véritables religionnaires. Après mûres réflexions il ordonna aux cavaliers et aux soldats de cerner le jardin Rézi. Ceux-ci le firent, mais refusèrent énergiquement dentrer dans le jardin. Mirza Baba envoya des ferrachs, mais ceux-ci furent reçus à corps de pierres, de revolver et de häton. Alors les babi sortirent du jardin en criant Allahou Ekber ce qui attira les deux autres groupes qui vinrent Îles rejoindre. .
Les soldats les environnérent, et les babl s étant fortifiés derrière le qanat, la bataille commença. Quelques babi furent faits prisonniers. Ce furent Moila Mohammed Ali surnommé Qabèz; Mohammed 1bn Mir Ahmed, Mahmoud ibn Hayder Bèék, Abdoullah ibn Asker, Ahmed ibn Mechedi Ismuïl, Ali et Mourad Sirdjani, Riza Qanqari. Ces sept derniers furent emprisonnés avec Khadjëh Kaïffar dans une prison qui se trouvait située sous le mur de la tour de la maison de Zeïne el Abédine Khan. Ils résolurent de faire un trou dans le mur pour s'enfuir, et se mirent immédiatement à l’œuvre. Quand le travail fut sur le point d'être terminé, Khadjéh Kaffar en prévint le Gouverneur, se prévalant de cette dénonciation qui démontrait, d’après lui, qu il n'était pas babi.
On envoya donc chercher les sept individus et on les amena jusque devant la Mosquée Nazar Bek. Là Mohammed fut tué d'un coup de pistolet que lui tira Agha Ali Naghi; les six autres eurent le col tranché par Khadjèh Kaffar qui décidément donnait des gages Sérieux de son islamisme.
La nuit venue, les babi se retirèrent à un demi farsakh de la ville dans un jardin nommé Bidleng, et dont les arbres avaient été pour la plus grande partie plantés par Vahid même. Ils restèrent là deux jours
pour laisser aux retardataires le temps d'arriver. Dès qu'ils furent en nombre, ils pénétrèrent dans les nombreux jardins des environs et y masSacrérent tous ceux qu'ils y rencontrerent, se vengeant ainsi d avance de leur propre mort.
Mirza Baba prévint le prince quienvoya des troupes et ordonna la levée militaire dans les villages des environs.
Les babi firent une incursion dans la ville, rassemblérent leurs femmes et leurs enfants. les conduisirent au jardin Rézi et allèrent eux-mêmes au somimet de la montagne, dans des endroits inaccessibles où ils s 1nstallérent. Il se passa environ vingt jours sans incidents. Alors mille fusiliers d Estébahnat, avec la tribu d'Inanlou, sous le commandement de Mahçoum Al Khan, vinrent camper dans la montagne par la route d Iredj. Mirza Neïm avec le camp impérial et des soldats vint par la route de Derb-é-Chikaf; les Neïrizis. au nombre de mille, sous le commandement de Mirza Youçouf, qalenter de Neïriz, Mohammed Riza Khan, frère du défunt gouverneur, et Molla Hassan — celui qui tirait du haut de la mosquée sur les babi — vinrent par la route de Doour-é-Koulat.
Les babi construisirent près de quarante remblais dont le commandement fut donné à un individu. Leremblai Dèr-é-Chikaf fut confié à Méchedi Dervich, un autre à Khadjè Qoutbi, un autre à Mir Ismail, un autre à Hadji Cassem, un autre enfin à Molla Cha Ali.
Ali Serdar, qui avait des connaissances militaires, en instruisait ses compagnons ; les akhounds, tels que Hadji Cheikh Abd Ali Qazi, Akhound Molla Abdoul Housseiïn, Molla Ali, Kerbelahi fladi, un autre Molla Ali, leur démontraient la vérité du babisme; le service de l'intendance était assuré par le fils ainë de Molla Abdoul Houssein et Molla Ali Nagphi. Enfin Bagher, fils de Mir Ahmed, Kerbelahi Asker, le porte-drapeau, Hadji, fils d'Asker, Ali fils de
Ahmed Guermsiri, Housseïn fils de Hadji Khéiri, Hassan, fils de Mirza, exhortaient les babi et enflammaient leur courage.
Les babi furent rejoints par le fils cadet de Molla Abdoul Housseïn, Molla Mohammed Naghi, qui était allé au village de Hérat pour visiter À Seyyèd Djaafer, et qui revint, dès quil apprit la situation critique dans laquelle se trouvaient ses compagnons. Cinq mollas Estéh ‘banati apportèrent des armes aux sectaires : ce furent Molla Fazl Oullah, Molla Mohammed Ali, Molla Mohammed Bagher, Kerbélahi Sefer. et Mohammed Ismaïl.
La guerre s annonça mal pour les babi. Les Inanlou et les Estéh banati leur prirent environ trente retranchements, si bien qu'ils durent reculer et se borner à défendre trois ou quatre desremblais qui leur restaienl. Les musulmans vinrent s'établir si près d'eux, dit l'historien babi, que si un moustique se levait dans un camp, on pouvait l'apercevoir de l’autre.
Un fusilier Estéh'banati s était caché derrière une pierre d'où il abattit successivement Ismaïl Khadjèn Ahmedi, qui était moutevalli du tombeau de Khadjèh Ahmed à un farsak de Neïriz, Chahaban fils de Abédine et Mohammed, fils de Molla Housseïn.
Mohammed fils de Molla Âli et Mohammed fils de Âgha baba, furent blessés et moururent des suites de leurs blessures.Taghi, fils de Sefer, se cacha, et à peine l'Estéh'banati eût-il tiré son cinquième coup de fusil, se jeta sur lui, d'un coup de sabre en pleine figure, l'abattit à ses pieds et rentra dans son retranchement.
Ce’fut à ce moment qu’Ali serdar arriva, s assit et demanda à manger. On lui apporta du pain et des noix. Il réclama le qalian. Un nommé Mohammed le lui apportait quand il tomba soudain raide mort d'une ‘balle dans la tête. Ali serdar furieux se précipita sur les musulmans, et, suivi de ses compagnons, en fit un carnage affreux. L'ennemi s'enfuit jusqu'a [redj et les
babi rentrèrent victorieux, ramenant 21 prisonniers qui furent précipités du haut de la montagne.
Mirza Néime qui ignorait ce désastre écrivit une lettre qu'il confia à un nommé Mechedi Djaafer. Il ordonnait aux Inanlou et aux Estéh banati d'environner de tous les côtés les babi. « Venez, disait-il, par la route du Sud, les Neirizis et les Veïsbaqlouyèh vien: dront par le Nord sous le commandement de Mohammed KRiza Khan; Mirza Youçoui qalenter viendra par l'Orient et moi-même par la route de Derb-é- Chikaîf. »
Le courrier fut arrêté par les babi et immédiatement mis à mort. Alors les babi, prévenus, se préparèrent à attendre l'ennemi.
Les Tufengdijis parurent les premiers au nombre de 400. Parmi eux, il se trouvait des gens dontles femmes étaient babies tandis qu’eux-mêmes étaient hostiles à la nouvelle religion. Les babi les interpellèrent et une conversation s engagea à la faveur de laquelle Al serdar les fit tourner par une partie de ses troupes.
Ce fut Hassan, fils de Mirza qui fut chargé de ce mouvement. [l réussit admirablement, et les musulmans s'enfuirent éperdus abandonnant leurs armes et leurs provisions.
À peine cette bataille était-elle terminée que les sentinelles vinrent annoncer l'arrivée de Mirza Néime à Derb-é-Chikaîf. Quoique très fatigués les babi résolurent de les combattre immédiatement.
Ali Serdar envoya une troupe d'individus au seuil de Derb-è-Chikaf sous le commandement de Mechedi Mirza Housseïn, et une second troupe vers le bas de la montagne, au mont Asbouran. 11 fut convenu qu'on attendrait la nuit pour se jeter sur l'ennemi endormi.
Malheureusement le premier groupe comptait un certain Seyyèd Hassan, qui, ayant la vue basse, se cogna à une grosse pierre. Celle-ci, se détachant de son alvéole roula sur le flanc de la montagne et alla,
par le bruit quelle faisait, prévenir les musulmans que quelque chose se préparait.
Les babi, voyant la surprise manquée, se précipitèrent néanmoins à l'attaque en poussant leur cri de guerre. La confusion se mit immédiatement dans le camp, les soldats perdirent la tête et se sauvèrent de tous les côtés. Les babi mirent le feu aux tentes, ce qui permit à bon nombre de musulmans de voir la route et de s’enfuir ; quelques soldats prirent Mirza Néime sur leur dos et l’emportèrent loin de cette scène de carnage.
Les babi firent un immense butin, et samusérent à transporter Jusque dans leurs repaires un canon que les Impériaux avaient abandonné.
Pendantun mois ils furent les maîtres des environs. Ils purent ainsi mettre la main sur quelques musulmans qu'ils martyrisèrent. Le premier fut Hadji Seyyèd Abed qui fut exécuté pour avoir mauqué de respect à Vahid; on tua aussi Mirza Housseïn, Roouzé Khan, qui venait la nuit trouver les babi, comme étant des leurs, et le jour les trahissait auprès de Mirza Zéine el Abédine Khan.
Une nuit même Kerbélahi Ali prit avec [ui une cenlaine de compagnons, pénétra jusqu à Neïriz, alla au quartier des Sadats, dont les femmes avaient jeté de la boue sur le cadavre de Vahid, et commença un tel massacre que les malheureux s’enfuirent dans la direclion de Zendjan. Trente-cinq femmes furent déchirées, deux babi furent tués.
Mirza Néïme fut obligé, une fois de plus, den référer à Chiraz.
Cette fois,, Moayyèd ed Dowlèh jura d'exterminer les babi. Ilenvoya Loutf Ali Khan avec le régiment Kachgaï, etle régiment de Goulpaïgan, il leur adjoignit d'autres soldats et des cavaliers: il fit battre le rappel à Servestan, Esteh’ banat, Iredj, Pendj Maaden, Qouthrah, Bechné, Dèh Tchah, Qouri, Mouchkan,
Sartiq, Dehmourd, Khadjèh Djemali, Tchéhar Rahi. Qarahi. Il mit les fusiliers de Neïriz et la tribu de Baharlou sous le commandement de Ahmed Khan, Khan Mirza et de Mahcoum Ali Khan. On réunit ainsi 12.000 hommes qui cernérent la montagne
Mirza Néime, avec les grands de Neîriz et le régiment Goulpaïgani vint établir son campement dans les champs dits de Béïd Nedjiriyèh qui se trouvaient juste sous le camp babi.
Les Impériaux menèrent grand bruit alors que les babi, comprenant que leur fin était proche étaient
au contraire calmes et recueillis.
Mirza Néïme, après quelques jours, s'avanca Jus qu'à Der-è-Chikaf, tout près d’un Jardin nommé Hmiri et éleva un retranchement en face de celui des Religionnaires. Il en profita pour s'emparer d'une source nommée Yaqouti, quise trouvait là et à laquelle les babi venaient s approvisionner.
Ali Serdar, à la tête des siens, se précipita sur l'ennemi. Les fusiliers qui gardaient la source les reçurent à coups de fusils : Kerbélabi Asker, le portedrapeau, recut une balle à la main droite, mais il planta son drapeau dans le sol et, prenant son sabre de la main gauche, se jeta sur les musulmans.
Mirza Zéine el Abédine, le fils de la sœur de Mirza Housseïn, prit le drapeau et se lança aussi sur les musulmans.
[Is en tuëérent un grand nombre et rentrérent victorieux dans leur camp. Ils y arrivèrent pour y subir l'attaque des Baharlou, fameux tireurs, réputés dans toute la Perse. Les musulmans s'emparérent des deux retranchements de Hadji Cassem. et de Hadji Qoutbahi.
Les musulmans eurent le soin de cacher un certain nombre de bons tireurs dans les bois voisins et recom- -mencérent à mener grand tapage.
. Un jour qu'ils s'amusaient à des courses de che-
vaux Al Serdar sortit avec quelques compagnons ei s'approcha tout doucement du camp, non sans être vu par les soldats cachés derrière les arbres. Il se présenta au moment où les cavaliers s'y attendaient le moins : aussi commencèrent-ils à fuir. Ce fut juste à ee moment que retentirent les coups de fusils des autres musulmans. Une balle vint frapper au pied Ali Serdar qui, malgré une défense courageuse, périt sous le nombre. Ses compagnons: Mirza Mohammed, fils de Molla Mouça, Agha Seyyèd Ali, Mirza Abd oul Housseïn furent tués comme lui.
Un nommé Ali, fils de Kerbélahi Bagher et frère de Fadj oud dine (240), se trouvait au sommet dune éminence d'où son regard embrassait l'horizon. Il vit la chute d'Al Serdar et, tout pleurant, vint se Jeter sur le cadavre, sur lequel on le tua.
Les musulmans coupèrent les têtes des victimes, sauf celle de Seyyèd Ali qui, la nuit venue, toui couvert de blessures, rentra au camp babi. Il ne devait être exécuté qu’à Téhéran.
Les Impériaux ne se doutaient point le moins du monde ce la victoire qu ils venaient de remporter; ce ne fut qu'au soir que les Neirizis qui accompagnaient l'armée en qualité de guides, reconnurent la tête qu'on leur présentait.
Une autre version prétend que ce fut Khan Mirza, Baharlou, qui ayant tué le chef babi, lui coupa la tête et la porta tout courant à Mirza Néïme qui lui donna une robe d honneur et de l'argent.
Quoi qu'il en soit, les musulmans exultaient de joie. Ahmed Khan et Khan Mirza Baharlou, envoyérent un messager aux babi pour leur dire: { Maintenant que Ali Serdar est mort, nous ne désirons plus rien de vous. Le Gouvernement voulait la tête de votre chef et le destin nous venant en aide, nous
(840). Qui fut tué auprès de Vahid.
l'avons conquise. Donc, maintenant quil fait nuit, prenez vos femmes et vos biens et fuyez; vous ne pouvez lutter contre nous, Car il ne se passe pas un jour sans que nous ne recevions mille hommes de renfort. »
Les babi répondirent : & [1 est arrivé ce qui n'aurait jamais dû arriver. Vous nous témoignez votre bienveillance aujourd hui, eh bien, si vous êtes sincères, retirez-vous. et laissez-nous enterrer nos morts. )
Le camp séloigna environ d'un mille et les babi purent procéder à la funébre opération. Puis ceci fait, Méchedi Mirza Housseïn et Mirza Ahmed suggérèrent qu'il valait mieux envoyer les femmes au jardin d'Asboran, et que tous les hommes vinssent se réunir au retranchement du même nom. Ils ie firent, et envoyèrent prévenir les musulmans de leur détermination de se faire tuer jusqu au dernier.
La situation n’était pas brillante cependant, et n'allait pas tarder à empirer : les provisions étaient presque épuisées ; il restait un peu de riz, des figues et quelques ânes. Chaque jour on tuait un âne qu’on partageait entre tous etl'on donnait des figues aux femmes seules. [1 n y avait là qu'une source d'eau qui ne suffisait pas a tous les besoins, les musulmans étant restés maîtres de la source Yaqouti.
La température était devenue très froide, et les compagnons manquaient de vêtements : la poudre se faisait très rare, et les ânes mouraïient faute d'eau.
Loutf Ali Khan, avec ses fusiliers et du canon, vint établir un retranchement en face de celui des sectaires ; de l'autre côté vinrent s'établir les Baharlou., et l'on se battit pendant trois jours, sans désemparer.
Les musulmans fatigués, essayèrent de la ruse et invitérent un chef à venir causer avec eux. Molla Ali alla les trouver et revint au camp porteur de
propositions de paix. Les babi ne voulurent rien
entendre, et ils protestaient encore quand soudain se
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leva le son du clairon qui appelait les Impériaux aux armes. |
Ïls chargèrent avec rage, ayant caché un millier des leurs derrière les arbres. Un brouillard s'éleva qui troublaitla vue. Les babi sortirent contre les assaïllants qui s'étaient avancés d'environ 200 pas, mais qui s’enfuirent à l'approche de l'ennemi, jjusqu'à ses retranchements. Les babi les poursuivirent, et ce fut à ce moment que les soldats cachés, sortirent de leurs repaires et tombèrent sur leurs derrières, les prenant entre deux feux.
Les babi, après mille difficultés et mille souffrances, rentrèrent chez eux laissant une cinquantaine desleurs sur le carreau.
La nuit fut atroce pour eux; ils ne purent allumer de feu, et les blessés réclamaient à grands cris de l'eau chaude. Au matin, les musulmans revinrent à l'assaut, et ce fut la dernière fois. La résistance fut énergique, mais les babi succombèrent sous le nombre.
La bataille n était pas encore terminée que les Impériaux s'occupaient déjà à se saisir des femmes. Mirza Ahmed réunit quinze de ses compagnons pour tenter un assaut désespéré ; pas un seul n'en revint.
Chose curieuse on respecta les femmes quon rassembla et qu'on conduisit au mont Biaban. Ïl y avait parmi elles deux vieillards, sans force pour se battre : Molla Mohammed Mouça, foulon, et Méchedi Bagher, teinturier. On les tua. |
Méchedi Bagher fut tué par Ali Bek, capitaine des soldats neirizis. Il lui coupa la tête et Ia remit à un enfant : puis il prit la nièce de sa victime, lui mit sur la tête un voile noir, et montant à cheval, 1l Ia poussa. jusqu'auprès de Mirza Néïme. Celui-ci se trouvait au mont Biaban, dans un jardin, assis sur une pierre. Quand Ali Bek arriva auprès de lui il lui jeta la tête de Bagher, et poussant d'un brusque coup la fillette qui tomba la face contre terre il s'écria :
« Nous avons fait ce que tu voulais, les babi n'existent plus. »
Akhound Molla Abdoul Housseïn, sur l’ordre de Mirza Néïme, eut la bouche remplie de terre ; puis un ghoulam lui tira un coup de fusil dans la tête, mais sans le tuer.
Il y eut environ 603 femmes d’arrêtées. On se mit en route avec les prisonniers jusqu au moulin appelé Takht qui est tout près de Neïriz.
Notre auteur raconte l'anecdote suivante comme preuve de la férocité des vainqueurs :
« J'étais bien jeune, alors, dit-il, et je suivais ma mère qui avait un autre fils plus jeune que moi. Un nommé Aced Oullah avait pris mon frère sur ses épaules et le portait. L'enfant avait un chapeau avec quelques ornements. Un cavalier qui nous accompagnait, vit le chapeau, s'approcha et l’arracha avec tant de brutalité qu'il saisit en même temps le bébé par les cheveux. L'enfant alla rouler à dix mètres de 1à. Ma pauvre mère le trouva évanoui. )
Je ne m appesantirai pas sur les horreurs qui suivirent cette victoire. Qu'il nous suffise de savoir que Mirza Néime monta à cheval, précédé et suivi d'hommes portant des piques au bout desquelles étaient fichées les têtes des martyrs. On poussait les prisonniers à coups de fouets ou de sabres. On poussait les femmes dans les fossés pleins d’eau.
La nuit se passa au caravansérail Chirazi.
Le matin on fit sortir les femmes toutes nues et l'on s amusa à les frapper à coups de pied, de pierres. de bâton, on leur crachaït dessus. |
Quand on fut fatigué de ce jeu, on les conduisit à l'école de l'endroit, où elles restèrent vingt jours au milieu des insultes et des outrages.
Quatre-vingt babi liés dix par dix furent confiés à 100 soldats pour être conduits à Chiraz. Seyyèd Mir Mohammed Abd mourut de froid à Khanéguird,
d'autres moururent un peu plus loin. On leur coupait la tête au fur et à mesure.
Enfin, ils entrèrent à Chiraz par la porte de Saadi.
On les promena dans toute la ville, puis on les en-
chaïna dans la prison.
Les femmes furent au bout de vingt jours sorties du collège où elles avaient été enfermées et divisées en deux groupes. Un groupe fut rendu à la liberté, l’autre fut dirigé sur Chiraz avec d'autres prisonniers, hommes qui avaient été arrêtés sur ces entrefaites. Arrivée à Chiraz, la caravane fut encore divisée en deux : les femmes furent dirigées vers le caravansérail Chah mir Ali Hamzé. et les hommes allèrent
rejoindre en prison leurs coreligionnaires.
Le lendemain fut un jour de fête. Le Gouverneur, assisté de tout ce que Chiraz comptait de grands et de nobles, fit comparaître devant lui les prisonniers.
Un neïrizi nommé Djelal, et que Néime avait surnommé Boulboul, se chargeait de dénoncer ses compatriotes.
Le premier qui comparut fut Molla Abdoul Housseïn: on lui ordonna de maudire le Bab; il sy refusa et sa tête roula sur le sol. Hadji, ls d'Asker, Ali Guermsiri, Hosseïn fils de Hadi Kheïri, Sadeq ils de Saleh, Mohammed ibn Mohcen furent exécutés.
Les femmes furent relàächées et le restant des hommes fut conduit en prison.
Le Chah ayant réclamé l'envoi des prisonniers, soixante et treize furent expédiés sur léhéran. Vingtdeux moururent en route et parmi. eux Molla Abdoul Housseïn qui mourut à Seïdan, Ali fils de Kerbélahi Zéman, à Abadéh; Akber fils de Kerbélahi Mohammed à Qenarèh: Hassan fils d'Abdoul Vahhab, Mollah Ali Akber, à Isfahan; Kerbélahi Bagher fils de Mohammed Zéman, Hassan et son frère Zoulfékhar, Kerbélahi Naghi et Ah son fils, Véli Khan, Molla Kérim, Akber Réïis, Ghoulam Ali, fils de: