‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 52 sur 56 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ATTENTAT CONTRE NaASR-ED-DINE CHAH (QADJAR

« Molla Chéikh Ali Tourchizi était une deslettres

de la vie de la nouvelle manifestation (241). Il fut,

par ces coreligionnaires, surnommé Hazrét Azim. C'était un élève de Seyyèd Kazem Rechti qui, devenu Babi, chercha en l'an 1267 — avant la mort du Bab — à soulever Téhéran. Il ne put y parvenir car on était alors au début du règne de Nassr ed dine Chabh. »

« J'avais à peine trente ans à cette époque et, curieux de ma nature, je réunissais chez moi le plus de savants que je pouvais. Parmi ces derniers se trouvaient Mirza Habib Oullah Hékim Qa'ani, Mirza Abd-oul-Véhhab Mahrem, Mirza laher Chéhra. le secrétaire, Mirza Ahmed tébib Qachani, Mirza Abd- -our Rahim Hérévi, Mirza /oougi ei bien d’autres. )

«€ Mirza A bd-our Rahim Hérévi était philosophe, de la secte de Molla Sadra. Il venait au coucher du soleil et m'expliquait les opinions de ce philosophe. »

(841). Les détails que donne ici le Prince Ali Qouli Mirza E'tezad ès Saltanëh, étant inconnus à l’Europe, je me borne Atraduire purement et simplement son livre « Moutanabiyin ». Seul, le récit de l'attentat contre le Chah est pris dans d’autres

üuteurs musulmans, le Prince se bornant à écrire : l'attentat manqué...

Puis, la lecon finie, nous causions avec tous les savants et tous les poëtes qui se trouvalent réunis chez moi. »

« C'est à cette époque qu éclata la révolte du Bab.

Ce Mirza Abd-our Réhim, ayant appris que son frère s'était fait Babi, pencha intérieurement vers cette doctrine. Il allait souvent chez Molla Cheikh Ali Tourchizi et les autres chefs babi qui se trouvaient à Téhéran. Je l'ignorais profondément, seulement, souvent, en ma présence, il médisait des oulémas, et je lui conseillai d'être plus prudent ! »

« Une seule fois il me dit : « La religion du Bab s'est révélée et vous hésitez! » Je me suis mis à rireet lui dis : &« De quelle manifestation parles-tu que je ne connais pas encore ? » — « Mais ne savez-vous pas, me répondit-il, que Molla Housseïn Bouchrouyéhi vaincra ses ennemis et conquerra kReï et Qoum. Et n'est-ce pas là une des preuves admises par les hadis de Medilissi lui-même? »

(« En ce moment, lui dis-je, votre Housseïn est pris dans notre armée. S'il en réchappe et reconquiert Reï et Qoum, alors nous verrons ce que j aurai à dire. »

» Un jour. quatre heures avantle coucher du soleil,

on vint m apporter une lettre de Mirza Taghi Khan Emir Nizam Atabek de l'Empire. Son Altesse me priait de passer soit au divan Khané, soit chez elle, deux heures avant la nuit pour affaire urgente.

» Je me rendis à l'heure indiquée au divan Khané et l'y trouvais. Il éloigna tous les assistants, et, tirant un papier de sa poche, 1l me le tendit.

» Je le lus. C'était un rapport expliquant que : Vendredi prochain les Babi, tous armés, ont l'intention d'envahirla Mosquée du Chah, d'y tuer Mirza Aboul C'assem Imam Djoum'èh, et ensuite, au cri de Va Sahab-ez-Zéman, de se jeter dans l’Ark et d'y mal-

LS ) ri

traiter le Chah et ses proches. Parmi les chefs de la

secte, affiliés à ce complot se trouvent: 1° Molla Cheïkh Ali Tourchizi, qui change de nom et de vêtements tous les jours ; 2° Mirza Ahmed lébib Qachan:i ; 39 Mirza Abd our Rahim, frère de Molla Mohammed lagh1i Hérévi. Ces deux derniers sont.

plus particulièrernent protégés par Ali Qouli Mirza

K’tézad ês Saltanëh. Si on peut les arrêter on préviendra l'explosion du mouvement.

» La lecture de ce rapport me rendit songeur:

L'Emir m'interpella et me dit: « Non seulement

vous êtes parent de S. M., maïs de plus vous êtes fonctionnaire (Ministre de l’Instruction Publique). Je ne crois pas que vous ayiez une pensée quelconque de rébellion, mais qu'au contraire vous êtes tout prêt à servir le Gouvernement.

» Je protestai de la pureté de mes croyances religieuses et lui dis : & Voici mon histoire avec ces trois personnages. Le Tébib Qachani est un médecin sûr, et c'est d’ailleurs celui de la mère du Chabh. Il

St parmi les notables, et qui plus est, les oulémas de

Qachan. Son père est Molla Riza Kétabi, et sa mère la nièce de Hadji Mollah Mohammed Poucht

Méchhèdi. J’en jure par Dieu je ne l'ai jamais

entendu prononcer le nom du Bab. Mirza Abd our Rahim Herévi parlait ou plutôt faisait allusion à la nouvelle religion. Quant à Molla Chéikh Ali, je ne. le connais nullement et ne sais même qui il peut être

» Alors l’Atabek me regarda d'un air irrité et me

dit: « Ce que vous dites n’est pas une réponse. Ce

rapport ne ment pas et dit ce qu'il veut dire. Dans ces conditions jJ'exige que vous me livriez ces trois. hommes. » Il ditet se leva.

»Jelr accompagnai dehors pour me justifier en lui

Jurant que je ne connaissais pas Molla Cheikh

‘AT, mais il me laissa parler sans me répondre. Au

moment où je le quittais il me dit seulement : (« N'oubliez pas ce que j exige de vous. »

» Je rentrais chez moi fort irrité et mes réflexions m'empêchèrent de dormir. Le lendemain, de fort bonne heure je reçus une lettre de l'Atabek me disant : &« Hâtez-vous de faire ce que je veux.) Obsédé par de tristes idées, je sortis de bon matin de mon lit et me rendis à mon appartement des hommes où je m'assis en silence. Mirza Taher, le secrétaire me demanda la cause de mon air mélancolique et je la lui dis. [Il me réconforta en m expliquant que Molla Cheikh Ali, Azim,étaità Téhéran et même y préchait. Mais il change, me dit-il, presque chaque jour de nom comme de vêtements. Pendant quelque temps il était de vos voisins ; mais il a disparu de sa maïsonetl'on ne sait où il demeure maintenant. Certainement Mirza Abd our Rahim le salt.

» Nous étions aïnsi en train de causer quand la porte souvrit laissant passage à Mirza Abd our Rahim. [1 voulut venir près de moi, maïs comme je restais immobile, il s’assit dans un coin de la salle. À peine fut-il assis que je donnai l’ordre au secrétaire de le mettre en état d'arrestation. Jelui demandais alors la demeure de Azim mais il refusa de répondre et jura, en mentant, qu'il ne la connaissait pas. J'eus beau le couvrir d'injures, je ne pus rien tirer de lui.

» Alors je tins conseil avec le secrétaire qui s'avisa d’une ruse. Îl écrivit une lettre, en contrefaisant l'écriture du prisonnier, à Mirza Seyyèd Mohammed Isfahanï, babi célèbre qui se trouvait à ce mo-, ment là à la Médressèé Dar-ouch-Chéfa, en lui demandant l'adresse que nous désirions.

» Mirza Seyyèd Mohammed répondit en s'étonnan! d'une pareille question. Hier même, écrivait-il Molla Chêikh Ali est allé avec vous chez: Mirza

Mohammed, sous-directeur de la poste, à Senguéledj. Vous savez bien que c'est-là qu'il demeure.

) À la réception de cette lettre j'écrivis aussitôt à l’'Atabek qui me répondit en m'excusant de ses soupçons, en pardonnant à Mirza Ahmed le tébib Kachani, mais en m'ordonnant de « parfaire mon œuvre )).

» Donc, trois heures avant le coucher du soleil, j envoyai le secrétaire avec vingt-hommes à la maison du sous-directeur des postes. li rencontra un homme monté sur un iabou (242). Il le fit arrêter, puis il entra dans la maison, mais ne put trouver trace de celui qu'il cherchaït. Il ferma la maison, mit des sentinelles dans le couloir d'entrée, et vint me rendre compte de sa mission. Îl m annonça en même temps que l'individu qu'il avait arrêté était Mohammed Housseïn Tourk, serviteur de Chèikh Ali. Je le fis venir, nous le fouillâmes et le trouvâmes porteur d’une magnifique poustine, de souliers neufs, de divers ustensiles de cuivre, et de quelques écrits insanes du Bab. Nous eûmes beau l'interroger sur son maître, il ne voulut pas répondre. Je le torturais presque jusqu’au point de le tuer, cela ne servit de rien (243).

» J'envoyai des cavaliers de tous les côtés, j'écrivis entr'autres au Daroga de Chahzadè Abd oul Azim. Cette nuit mêmeon arrêta et on m'amena un persan natif de Maragha qu'on avait trouvé porteur d'une lettre de Chèikh Ali pour Molla Mohammed Ali Zendjani. Je lé fis mettre en prison et prévins l'Atabek de ce qui s'était passé.

» Mais ces arrestations et d autres avalent jeté

(242). Cheval de peu de prix.

(243). Ce récit que je donne en entier parce qu’il est un bel

exemple des mœurs persanes, me semble si placidement écrit, qu'il n'y à vraiment pas à douter de la véracité de l'auteur.

» l'alarme parmi les babi. On exécuta tous ceux qui

» furent arrêtés sur la place de l'Ârk et l'on me réclama » Rahim, le Turc, et l’homme de Maragha. Je les » remis aux fonctionnaires du Divan et me rendis » auprès de l'Atabek pour intercéder auprès de lui » en faveur de Rahim qui avait été mon professeur. » J'allait même voir le Chah, ce qui fit que seuls » l'homme de Maragha et Mohammed Housseïn le » l'urc furent exécutés. )

Comme on le voit, la persécution continuait acharnée et impitoyable. Je ne sais si le Gouvernement put trouver des preuves suffisantes de la culpabilité des

malheureux suppliciés, mais cela ne l'empêcha pas de

les mettre à mort. De tous les côtés, la haine, l'envie dépassant les bornes donnaient de l'ouvrage au bourreau.

En 1267, suivant le Nacikh et Tévarikh une troupe de bab1 se réunirent à [sfahan dans le but de «soulever

la ville ». [ls choisirent, dit l’auteur musulman, douze

d'entre eux et leur donnérent les noms des douze

imams. Tchéragh Ali Khan, gouverneur intérimaire

fut prévenu de ces menées. [1 fit arrêter tous les babi qu 1l put trouver, les fit comparaître devant les oulémas, et, comme ils refusaient de renier leurs idées, il les fit conduire sur la place Naqch-i-Djéhan et les fit execuier.

Cette justice sommaire eut les conséquences qu elle devait avoir.

Molla Cheikh Ali qui avait fui de l'ébéran, nous verrons ensuite dans quelles circonstances, revint dans la capitale après la destitution de l’'Atabek. Il alla habiter la maison de Hadji Soléiman Khan Tébrizi, fils de Yahya Khan, le même que nous avons vu à Jauris intervenir pour sauver le cadavre du Bab. Les sectaires habitant Téhéran prirent l'habitude de se réunir chez Soleiman Khan, et l’on y discutait les questions intéressant l'existence même de la doctrine.

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Les esprits échauffés n'avaient vraiment pas besoin de l'excitation que leur apportait chaque jour l'avis d'une nouvelle exaction ou d'une nouvelle injustice.

Tant il y a que bientôt on agita la question de tuer le Chah pour se venger tant de l'exécution du Bab que des massacres presque quotidiens des gens de sa religion. Si l’on réussissait, l'on pouvait tout attendre d'un changement de règne, au cas contraire, du moins aurait-on donné aux sphères gouvernementales une haute idée de la vitalité de a secte qu’on persécutait. Mollah Cheikh Ali demanda dès lors quels étaient ceux qui méprisaient suffisamment leur vie pour tenter cette grande œuvre. Le premier qui se présenta fut son domestique, Mohammed Sadeq, puis Mirza Abd oul Vahhab Chirazi, Mollah Fath Oullah Qoumi, et enfin . Mohammed Bagher Nedjef Abadi. Douze autres jurèrent encore de se consacrer au vœu de la majorité.

Mollah Cheikh Ali les arma et ils sortirent de Téhéran, se dirigeant vers le campement royal de Niavéran. Ils attendirent ainsi jusqu au Dimanche 18 du mois de Chevval.

Ce jour-là Sa Majesté avait décidé d'aller à la chasse et dès le matin on tira le canon pour prévenir ceux qui avaient à accompagner le Chah. Deux heures et demie après le lever du soleil, celui-ci sortit de ses appartements. Aced Oullah K han, Mir Akhor, saisit l’étrier et S. M. monta à cheval en s appuyant légèrement sur lui. Le Sadr A’azam, Nizam el Moulk., Moustof el Memalek, Mohammed Nacer Khan Ichèq Aghaci, Aced Oullah Khan Mir Akhor, accompagnèrent quelques pas le Souverain. Celui-ci se retournant permit au Sadr A’azam un peu soufirant de rentrer chez lui. Ce fut à ce moment que les Babi apparurent: Ils étaient trois. L'un d'eux, qui étaient de Néïriz accourut vers le Chah en criant: «J'ai une supplique, 6 Souverain ! » Il y avait à ce moment fort peu de monde autour de Nassr-ed-dine ; les grands qui l’accompa-

cnaient étaient dépourvus d'armes, les cavaliers de l’escorte étaient ou très avant ou très arrière. Les domestiques voyant que cet individu semblait ignorer les usages se précipitèrent vers lui et lui dirent : « Reste où tu es et dis ce que tu as à dire. » Celui-ci comprenant qu on ne le laisserait pas avancer davantage mit la main dans sa poche, en sortit un revolver et tira dans la direction de son impériale victime. La balle s’égara mais le trouble sempara des serviteurs stupéfaits. Juste à ce moment, le second babi se précipita et tira sur le Chah; mais fort heureusement un des serviteurs le poussa à cet instant même et de nouveau la balle alla se perdre.

Un des domestiques, porteur par hasard d'un couteau, le sortit de sa gaine et frappa le premier agresseur à la bouche. Celui-ci laissa du coup tomber son arme, mais, se reprenant aussitôt 1l tira son poignard, se jetant dans la direction du Chah:il blessa plusieurs personnes dans sa route, qu'il ne put achever, succombant bientôt aux coups qui pleuvaient sur lui.

Pendant ce temps, un troisième babi se dressa devant le cheval du Roi, et visant Sa Majesté il tira. Le cheval fit un écart, tiré d ailleurs par son cavalier. Celui-ci fut atteint d’une dizaine de chevrotines qui pénétrèrent à peine sous la peau, le reste de la charge passant par dessus l'épaule. Les gens de la suite se . jetèrent sur l’agresseur et se saisirent de lui.

On arrêta ainsi deux assassins : quant au troisième qui avait été tué, on lui mit une corde au pied et on le traîna à travers la ville.

Le Sadr A’azam, aussitôt prévenu se précipita au milieu du tumulte et saisissant la bride de la monture royale, fit descendre S. M. qui rentra au Palaïs.

Dans un événement aussi considérable, dit l’auteur du Nacikh-et-Tévarikh, il était nécessaire que les grands du royaume abandonnassent leurs querelles et leur malveillance. Mais rien ne put. prévaloir. contre

leur folie et ils s en vinrent entourer le Chah de leurs doléances malveillantes. « Hier soir, disaient-ils. le » Sadr s’est rencontré avec le Serdar Hassan Khan ») Irévani, sous le prétexte de parler des affaires de » Yezd et de Kerman. Toute la nuit s'est passée en » discussions secrètes, et 1l est hors de doute que ce » qui s'est passé ne soit leur œuvre. S'il n'en était » pas ainsi, comment des gueux comme ceux que » nous avons vus, pourraient-ils former le projet de » tuer leur Sultan ? »

Ces paroles influencèrent l'esprit du Chah quise montra très froid vis-à-vis de son Premier Ministre. Celui-ci, prévenu de ces agissements, ne vit d'autre moyen que de s'occuper activement de l'affaire: c'est dire que tout ce qui était babi était voué à la mort.

En effet. le lendemain le Chah donna une audience publique à laquelle la foule accourut.

Ceci fait, on chargea Aziz Khan, adjudant bachi, le Kelanter de la ville et la police de faire partout des investigations sévères et de se saisir de quiconque serait suspect.

Vers la fin du mois, Hadji Ali Khan Adjaib ed Dowléh fut prévenu que leur lieu de réunion était la maison de Souleïiman Khan. Il en avisa Sa Majesté et le Sadr A’azam fit cerner l'endroit qui lui était indiqué. « Les babi étaient en train de boire du vin et » la femme du maître de la maison était l'échanson » du festin, disent tous les historiens musulmans sans » se rendre compte de ce que leur mensonge a » d’odieux. » Mais les précautions étaient bien prises et dès la première alerte la plupart des assistants s'étaient enfui par les toits et les terrasses. On arrêta seulement Souleïman Khan et douze babi, qui furent conduits enchaïnés à Niaveran. Le Sadr A’azam interpella vivement le principal de ces personnages en ces termes : &« Il faut que tu sois bâtard, et certes, tu mérites tous les supplices. N'est-ce donc pas toi dont

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la chair et la peau, par ton père etta mère, proviennent du pain et du sel de S. M. Que n'a-t-il dépensé pour ton père Yahya, pour ton frère Ferroukh! Et c'est ton frère que les Babi ont tué à Zendjan! mais si tu étais son irère, Si son père étalt ton père, pourquoi n'as-tu pas appliqué aux babi la loi du sang ? »

Ce discours laissa Soleïman Khan parfaitement

froid, et 1l fut emprisonné avec ses compagnons, qui

torturés de diverses façons, finirent par dénoncer trente-six des leurs.

Molla Cheikh Ali fut arrêté à son tour à Evine, par les soins de l'Adjaïb ed Dowlèh et conduit en présence du Sadr A’azam qui le reconnut pour le même individu qui était venu à Qachan afin de tâcher de l’attirer au babisme. [rrité, il ordonna à Hadjaiïb ed Dowlèh de lui couper les oreilles. Celui-ci exécuta l'ordre avec son canif. Alors le Sadr dit : « Et maintenant, Ô maître de prodiges! recolle tes oreilles à leur place! »

« [1 fut donc emprisonné dans l une des chambres » du palais de Niavéran, et enchainé avec une chaine » dont le clou était planté dans le corridor. Or, il se ÿ trouva, dit l’auteur du Moutanabiyn, que je vins » voir le Chah ce jour-là. En cours de route ie ïrvu- » contrai le Sadr qui me dit: « Votre ami est arrêté, » n'avez-vous pas envie de le voir? » — « De qui » voulez-vous parler, luis dis-je tout surpris ». — « De Molla Cheikh Ali, Hazret Azim. »

« Certes, dis-je, j'ai le plus vif désir de le voir.» » Alors il commanda aux ferrachs ne me laisser » approcher du prisonnier, Je priai Mirza Hachem » et Ghoulam Hosseïin Khan de venir avec moi, ce » qu'ils acceptèrent aussitôt.

» Je vis un homme enchaiïné, les oreilles coupées. » [1] salua et je répondis selon l'usage. Puis il me de- » manda: « Me connaiïs-tu ? » — Non, mais moi je » suis Ali Qouli Mirza. » — « Oui, me dit-il, je t'ai

» reconnu pour celui chez qui allait Mirza Rahim. »

— J'ai quelque chose à te demander devant ces deux témoins, mais je te prie de dire sincèrement la vérité ». — « S1 près de la mort, ce n’est plus le lieu de ruser ou de mentir. » — « Je lui dis alors : j avais ordre de t'arrêter et J'ai fait tout au monde pour cela: jai même arrêté ton serviteur Housseïn, comment as-tu pu t'échapper? » |

» Il me répondit: &« Quand Mirza Taher et tes hommes ont arrêté Housseïn, j'étais là, dans la rue. Je compris de quoi il s'agissait et tout tranquillement je pris la première rue qui s'offrait. J'allais ainsi à pied jusqu'à Chahzadé Abdoul Azim. Je me réfugiai dans la maison du Darogha Ismaiïl. Un cavalier, porteur d'une lettre de votre part arriva. Ismail lui demanda : « Quelles nouvelles ? » Celuici répondit: « Le Prince sur l'ordre du Chah fait arrêter les Turcs, et c est pour celaque je suis ici. » Votre serviteur était un imbécile: voyant qu'on avait arrêté mon domestique qui était Ture, il en concluait qu'on allait arrêter tous les Turcs.

» Il se rencontra que le Darogha ne savait pas lire : il me passa la lettre et je la lus. Je vis que vous donniez l’ordre de m arrêter si Je me trouvais à Chahzadé Abdoul Azim. Je lus donc à haute voix tout autre chose que ce qu il y avait dans la lettre et, quelque temps après, m étant levé je me rendis à la maison de Mohammed Ali Nadjar. Mais, pensant

que le Darogha mis au courant de la fraude dont

javais usé à son égard, penserait immédiatement que c'était moi qu'il avait l'ordre d'arrêter, je rentrai à Téhéran où, pendant trois jours je me cachai chez un boulanger babi. De là je me rendis à l’imam Zadè Hassan où je restals cinq jours avant de me rendre en Azerbaidjan. Je ne revins à Téhéran qu'après la destitution de Mirza Taghi Khan. »

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