‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 53 sur 56 · MONSIEUR LE MINISTRE · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE MINISTRE

J'ai l honneur de vous envoyer ci-joint la traduction fidèle d'un article du Journal Officiel Persan, rendant compte des dernières exécutions qui ont eu lieu à Téhéran à la suite du dernier attentat commis contre la vie du Chah. Cet article peut avoir de l'intérêt pour V. E.; il lui donnera dans tous les cas, une idée de la barbarie dans laquelle se trouve encore plongé ce malheureux pays.

Veuillez agréer, etc.

Signé : LAVALETTE.

Traduction d’un article du Journal Officiel de T éhéran relatif à l'attentat commis sur la personne du Hot.

Dans notre précédent numéro, en rendant sommairement compte de l'attentat commis sur la personne

du Roi, nous avons promis à nos lecteurs de les entretenir des suites de cette épouvantable affaire, et de leur faire connaître le résultat de l'enquête qui se préparait pour découvrir le moteur de cette vaste conspiration dirigée non seulement contre la vie de notre souverain bien-aimé, mais éncore contre la tranquillité publique, contre la propriété, contre la vie des vrais musulmans, car, le véritable but de ces malfaiteurs était, en se débarrassant de la personne du Roi, de s emparer du pouvoir, et, par ce moyen détestable, de faire enfin triompher leur abominable cause en for- Gant, par les armes et la dévastation, les bons musulmans à embrasser leur infâme religion qui est autre que celle descendue du Ciel et qui ne s’accorde ni avec la philosophie ni avecla raison humaine, qui est, enfin, la plus epouvantable hérésie dont on ait jamais entendu parler, ainsi qu il appert de plusieurs deleurs ouvrages et écrits que nous avons pu nous procurer.

Le fondateur de cette abominable secte, qui à commencé à propager ses détestables doctrinesil y a quelques années seulement, et qui, tombé entre les mains du pouvoir, fut immédiatement fusillé, s'appelait Al Mohammed et s'était donné le surnom de Bab, vou- Jant donner à entendre par là que les clefs du Paradis étaient entre ses mains. Après la mort du Bab, ses disciples se réunirent bientôt sous les ordres d'un autre chef, Cheikh Ali de Turchiz, qui se faisait passer pour le Naïeb (vicaire) du Bab, et qui s'était imposé le devoir de vivre dans la plus complète solitude, ne se montrant à personne et n’accordant qu'à de rares intervalles quelques audiences aux principaux de ses sectateurs, qui regardalent cette faveur comme la plus grande que le Ciel pût leur accorder. Il s'était donné le surnom de Hazrèt Azim. Parmi les personnes qu'il s'était attachées nous citerons en première ligne Hadji Soleïman Khan, fils de feu Yahyah Khan de Tauris. C'est dans là maison de ce Soleiman Khan,

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située à l'éhéran, dans le quartier de Ser-è-Tchechmé que se réunissaient les principaux babi pour délibérer sur leurs détestables projets. Douze d’entre eux qui ont paru plus zélés et plus déterminés que les autres furent choisis par Hazrèt-Azim qui leur Gt donner les armes nécessaires pour exécuter le grand acte qu'il croyait immanquable. Pistolets, poignards, coutelas, rien ne fut épargné et, armés de la sorte, il eur semblait impossible de manquer leur coup.

{1 leur fut recommandé de se tenir aux environs de . Niavéran et d'attendre un moment favorable. Nous nous bornerons ici à renvoyer nos lecteurs à notre pré: Cédent numéro. Ils y verront comment trois de ces insensés ont profité de la circonstance qui s'est préseniée le dimanche du 28 chavval, au moment où S. M. étant sortie de la ville se dirigeait avec sa suite ordinaire du côté du village où elle a l'habitude d'aller faire ses parties de chasse ; ils y verront comment ils se sont précipités sur le Roi, l’un aprèsl'autre, en tirant chacun un coup de pistolet presque à bout portant sur S. M.; comment l’un d’eux fut immédiatement massacré par des gens d'un zèle et d'un dévouement bien connus, tels que Assad-Oullad-Khan, premier écuyer du Roi, Moustofi el Memalek, Nizam ol Molk, le Kéchitchi bachi et d'autres personnes qui se trouvaient auprès de S. M ; comment enfin les deux autres fureni saisis et jetés dans les prisons de la ville.

On procéda immédiatement à une enquête dont furent chargés l'adjudant bachi Hadjeb-ed-Dowléh, le Kelenter, ministre de la police, et les Ked Khodas de la ville.

Grâce au zèle et à l’activité qu'ils déployérent dans leurs perquisitions ils ne tardèrent pas à apprendre que la mâaison de Soleïman Khan servait de lieu de réunion à ces misérables. Elle fut immédiatement cernée de tous côtés ; mais, soit négligence de la part des gens de Hadjeb-ed-Dowlèh, soit manque d’en-

semble dans l'exécution de cette entreprise, on ne par-

vint à en saisir que douze, y compris Soleïman Khan. Les autres parvinrent à se sauver, on ne sait trop

comment, mais leurs complices, en ayant nommé

plusieurs, la police, il faut l’espérer, ne tardera pas à être sur leurs traces.

Du reste, il ne se passait pas un jour sans que l’adjudant bachi, ou le calenter, ou les ferraches du Roi ne se rendissent maîtres de trois, quatre et même cinq babi qu'ils s'empressaient de faire comparaître devant le divan Impérial, qui, en pareille occurrence, se tient en public. Ils étaient interrogés sur le champ et condamnés sur leurs propres dépositions ainsi que sur la dénonciation de leurs complices, qu'on avait également soin de faire comparaître en même temps qu eux. On procéda à ces interrogatoires sélon l'usage et d’après les formés exigées par la loi. |

Nous ne devons pas omettre ici de rappeler l'immense service que Hadjeb-ed-Dowléh a rendu à la Foi à l Etat et à la religion en se rendant maïtre de Molla Cheikh Al, malgré tous les soins que celui-ci prenait pour ne point se montrer en public, et malgré la vie retirée et presqu inconnue qu'il n'a cessé de mener jusqu au moment dé son arrestation.

En s'enfuyant de la ville, il avait cru se mettre à l'abri de toute poursuite et s'était refugié dans une petite maison à Evine (Chimran). Il y vivait, entouré de quelques-uns de ses fidèles disciples qui, comme lui, étaient parvenus à se sauver de la maison de Soleïman Khan au moment où on la cernait..C'’est dans cette maison que Hadjeb-ed-Dowléh, accompagné de ses gens alla les surprendre au moment où ils s'y attendaient le moins. Ils furent tous saisis, garottés el jetés dans les prisons de la ville. S. E. le premier Ministre, Mirza Agha Khan, voulut se -donner la satisfaction d'interroger lui-même le chef d’une si détestable secte.

Ïl le fit donc comparaître devant lui ainsi que ses disciples pris en même temps que ce misérable et le questionna en leur présence. Molla Cheikh Ali n'essaya pas de se défendre. Il avoua qu'il était devenu le chef des babi depuis la mort du Bab, que c'était lui qui avait donné l’ordre à ses disciples les plus dévoués de tuer le Roi. Il déclara même que le nommé Mohammed Sadeq, qui s'était précipité le premier sur le Roi, était son serviteur de confiance et qu il lui avait donné lui-même les armes nécessaires pour exécuter ses projets régicides.

Le nombre de ces misérables tombés entre les mains de la justice ne s'élève qu’au chiffre de trente-deux ; quant aux autres, la police n’a pu les retrouver et l'on présume qu'ils auront franchiles frontières de la Perse pour aller traîner leur misérable vie à l'étranger.

Nous nous faisons un devoir de rendre compte à nos lecteurs de la conduite admirable de S. E. M. le Ministre de Russie dans cette circonstance. Un de ces misérables conspirateurs, Mirza Houssein Ali, s'était réfugié à Zerguendèh, résidence d'été de la Légation de Russie. Le Prince Dolgorouki ayant appris que cet individu était au nombre des conspirateurs s empressa de le faire saisir par ses propres gens et l'envoya aux Ministres de S. M. qui, touchés d'une action aussi conforme aux bonnes relations qui existent entre la Perse et la Russie, lui en témoignèrent leur profonde gratitude. S. M. elle-même lui en fit faire ses remerciements et donna des ordres pour que les personnes qui avaient été chargées d'amener le coupable, fussent dignement récompensées, ce qui fut falt.sans aucun retard.

Parmi les Babi tombés aux mains de la justice, 1l y en à six dont la culpabilité n'ayant pas été bien constatée, ont été condamnés aux galères à perpétuité, Les autres furent tous massacrés de la façon suivante :

Molla Cheikh Ali, le principal moteur de cet épou-

vantable conspiration a été condamné à mort par les oulémas et par eux mis à mort.

Séyyèd Housseïn Khoraçani fut tué par les Princes du Sang quile massacrèrent à coups de pistolets, à coups de sabres, à coups de coutelas et à coups de poignards.

Moustofi el Memalek se chargea de l'exécution de Molla Zeïne el Abédine Yezdi, qu’il tua d’un coup de pistolet à bout portant. Après quoi les Moustofi du Divan, se précipitant sur le cadavre le hachèrent à coups de pistolets plusieurs fois répétés, à coups de säbres, de poignards et autres instruments tranchants.

Molla Housseïn Khoraçani fut tué par Mirza Kazem Nizam el Moulk et par Mirza Saïd Khan, ministre des Affaires Etrangères. Mirza Kazem s approcha le premier du condamné, lui lacha un coup de pistolet à bout portant, puis Mirza Saïd Khan s approcha à son tour et lui tira un autre coup de pistolet. Enfin, les domestiques de ces deux hauts fonctionnaires se jetèrent sur le cadavre qu'ils mirent en pièces à coups de qamahs et à coups de poignards.

Mirza Abd oul Véhhab de Chiraz, qui pendant son séjour à Kazemeïn s était déjà rendu coupable envers l'autorité en exhortant à la révolte les paisibles habitants de cette ville, à été mis à mort par Djaafer Kouli Khan, frère deS. E,. le premier Ministre, par Zoulfékhar Khan, par Mouça Khan, par Mirza Ali Khan, tous les trois fils du premier Ministre, par leurs employés et leurs domestiques, par les fusiliers du Roi et par d'autres personnes présentes à cette exécution : les unes faisant usage de pistolets, d’autres de fusils, d'autres de qamahs, d'autres enfin de poignards de toute espèce. Le cadavre de ce misérable ne tarda pas à être réduit en petits morceaux. | Molla Fath Oullah fils de Molla Ali le relieur, celui qui, tirant sur le Roï avec un pistolet chargé à plomb avait légèrement blessé S, M., eut le eorps

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garni de chandelles allumées. Puis Hadjèb ed Dowlèh

reçut l'ordre de le tuer d'un coup de pistolet, ce qu’il

fit en tirant juste à la partie du corps où S. M. avait

été atteinte. 1] tomba raide mort. Alors les ferraches

du Roi, se précipitant à l'envie l'un de l’autre sur le

cadavre le réduisirent bientôt en lambeaux qu'ils cou- —vrirent ensuite d’une grêle de pierres.

Chéikh Abbas de Téhéran a été expédié au fond des enfers par les Khans et autres dignitaires de l'Empire qui le tuërentà coups de pistolets et à coups de sabres.

Mohammed Bagher de Nedjef, qui avoua s'être trouvé dans tous les combats soutenus par les Babi contre les troupes royales, fut mis à mort, à coups de qamahs et de poignards par les chambellans et les valets de chambre du Roi. |

Mohammed Taghi de Chiraz fut d'abord ferré comme un cheval par Aced Oullah Khan, premier écuyer de S. M. et par les employés des écuries im pé-

riales. Puis on le massacra à coups de massues, à coups de ces grands clous en fer dont on se sert dans les écuries pour fixer au sol les licous des chevaux.

Mohammed de Nedjef Abad fut tué à coups de hache par le Ichiq Aghaci Bachi, par le chef des crieurs et par d'autres personnages de l'entourage du Roï.

Mirza Mohammed de Tauris qui s'était, à plusieurs

reprises battu avec les bab1 contre les troupes impériales et qui, dans ces batailles, reçut plusieurs blessures fut fusillé par les goulams du Roi et le Serkéchiqtchi bachi. Puis son corps fut mis en bouillie à coups de massues et de pierres par les capitaines de l'armée et par les valets de pied de S. M.

: Mohammed Ali de Nedjef Abad fut livré aux artilleurs qui lui arrachérent d'abord un œil. Ceci fait. ils l’attachèrent à la bouche d’un mortier chargé à mitraille et le « soufflèrent ».

Quant à Hadji Soléiman Khan, fils de Yahya Khan

de Tauris, et Hadji Cassem, également l'ébrizi, ils furent promenés à travers toute la ville de l'éhéran le corps garni de chandelles allumées, accompagnés de danseurs, de la musique du soir qui se compose de longues trompettes et d'immenses tambours, et suivis d'une foule de curieux tentés de les lapider, ce que le ferrach bachi eut beaucoup de peine à empêcher (244). Une fois hors de la ville les ferraches, suivant l’ordre qui leur avait été donné, partagèrent ces deux misérables en quatre morceaux chacun, qu ils suspendirent à chaque porte de la ville.

Séyyèd Housseïn de Yezd fut mis à mort à coùps de sabres par l’adjudant bachï et par les colonels de l’armée impériale.

Agha Mehdi de Qachan fut livré aux ferrachs qui le hachèrent à coups de poignards.

Le corps de Sadeq Zendjani qui fut tué le jour même de l'attentat, fut coupé en morceaux qu on suspendit aux portes de la ville.

Mirza Nébi Démavendi fut tué à coups de lances et de sabres par les Professeurs de l'École des Sciences.

Mirza Réf de Nour fut tué à coup de pistolet et de sabres par une compagnie de cavalerie régulière.

Mirza Mahmoud de Casvine fut livré aux Zembourektchis qui, après avoir tiré sur lui plusieurs coups de zemboureks le hachèrent à coups de sabres.

Housseïn de Milaun fut tué à coups de bayonnettes par un peloton d'infanterie.

Mollah Abd oul Kérim de Casvine fut tué à coups de sabres par les artilleurs commis à la garde du Roi.

(244). La tradition est unanime à raconter que Soleïman Khan chantait, et quand une de ses bougies tombait, il 1à ramassait et la remettait à sa place. Quelqu'un lui ayant crié: «Tu chantes, pourquoi ne danses-tu pas?» Soleïman obéit el se mit à danser.

Loutf Ali de Chiraz, coureur du Roi, échut aux « chaters » qui le poignardèrent puis le lapidèrent.

Nedjef du Khamecëh fut livré à la fureur de la populace qui le mit en lambeaux à coups de poing, de pierres et de bâtons:

Hadji Mirza Djani, négociant de Qachan fut tué par le Prévôt des marchands de Téhéran, assisté des marchands et des boutiquiers de Téhéran.

Hassan du Khamcèh fut tué par Nassr Oullah Khan, chef de l'arsenal et par ses employés.

Mohammed Bagher fut tué à coups de sabres par les Kadijars.

Pour traduction conforme,

J.-B. NicoLas.

Constantinople, le 19 octobre 18:52.

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