‹ Sganarelle, ou, Le cocu imaginaireChapitre 18 sur 41 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

CELIE, SA SVIVANTE.

QVi cora parera cette seconde Scène à la première, confessera d'abord que l'Autheur de cette Pièce a vn génie tout particulier pour les Ouurages de Théâtre, et qu'il est du tout impossible que ses pièces ne reiîssissent pas, tant il sçait bien de quelle ma-

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niere il faut attacher Pcsprit de Tauditeur. En effet nous voyons qu'après auoir fait voir dans la Scène précédente, vn père pédagogue, qui tasche de persuader à sa fille, que la richesse est préférable à l'amour, il fait parler dans cellecy (afin de diuertir l'auditeur par la variété de la matière) vne veufue suiuante de Celie, et confidente toute ensemble , qui s'estonne de quoy sa Maistresse respond par des larmes à des offres d'Himen, et après auoir dit qu'elle ne feroit pas de mesme si l'on la vouloit marier, elle trouue moyen de descrire toutes les douceurs du mariage; ce qu'elle exécute si bien, qu'elle en fait naistre Tenuie à celles qui n'en ont pas tâté. Sa Maistresse, comme font d'ordinaire celles qui n'ont jamais esté mariées, l'escoute auec attention, et ne reculle le temps de joiiir de ses douceurs, que parce qu'elle les veut gouster auec Lelie, qu'elle aime parfaitement, et qu'elles se changent toutes en amertumes, lors que Ton les gouste auec vne personne que l'on n'aime pas ; c'est pourquoy elle monstre à sa Suiuante le Portrait de Lelie, pour la faire tomber d'accord de la bonne mine de ce Galand, et du sujet qu'elle a de l'aimer. Vous m'objecterez peut-estre que cette fille le doit connoistre,

IMAGINAIRE. i5

puis qu'elle demeure auecque Celle, et que son père Tayant promise a Lelie, cet amant estoit souuent venu voir sa Maistresse; mais je vous respondray que Lelie estoit à la Campagne de* uant qu'elle demeurast auec elle; après cette disgression, pour la justification de nostre Autheur, voyons quels effets ce Portrait produit. Celle qui peu auparavant disoit, qu'il ne falloit jamais rejetter des offres d'Himen, aduotie que Celle a sujet d'aimer tendrement un homme si bien-fait, et Celle songeant qu'elle sera peuiestre contrainte d'en espouser vn autre, s'euanouit : sa Confidente appelle du secours. Cependant qu'il en viendra, vous pouuez lire ces Vers qui vous le feront attendre sans impatience.

LA SVIVANTE.

QVoy refuser Madame, auec cette rigueur Ce que tant d'autres gens voudroient de tout leur cœur, A des offres d'Himen respondre par des larmes Et tarder tant à dire vn oûy si plein de charmes. Helas! que ne veut-on aussi me marier, Ce ne seroit pas moy qui se feroit prier , Et loings qu'vn pareil oûy me donna de la peine, Croyez que j'en dirois bien viste vne douzaine. Le Précepteur qui fait repeter la leçon A vostre jeune frère, a fort bonne raison.

Lors que nous discourant des choses de la terre.

i6 LE COCV

Il dit que la femelle est ainsi que le lierre, Qui croist beau tant qu'à l'arbre il se tient bien serré, Et ne profite point s'il en est séparé.

Il n'est rien de plus vray, ma tres-chere Maistresse, Et je l*esprouue en moy chetiue pécheresse.

Le bon Dieu fiasse paix à mon pauure Martin.

Mais j'auois, luy viuant, le tein dVn Chérubin, L'embon*point merueilleuxj'oeil guay,l'aroe contente, Et je suis maintenant ma commère dolente.

Pendant cet heureux temps, passé comme vn esclair, le me couchois sans feu dans le fort de l'Hyver, Seicher mesme les draps me sembloit ridicule, Et je tremble à présent dedans la Canicule.

Enfin il n'est rien tel. Madame, croyez-moy, Que d'auoir vn mary la nuit auprès de soy.

Ne fusse que pour l'heur d'auoir qui vous salue, D'vn Dieu vous soit en-aide, alors qu*on esternué.

CELIE

Peux-tu me conseiller de commettre vn forfait, D'abandonner Lelie, et prendre ce mal-fait.

LA SVIVANTE.

Vostre Lelie aussi n'est ma foy qu'vne beste, Puisque si hors de temps son voyage l'arreste, Et la grande longueur de son esloignement Me le fait soubçonner de quelque changement.

CELIE

. Ah ! ne m'accable point par ce triste présage,

trant le ^^^* attentiuement les traits de ce visage, Portrait Ils jurent à mon cœur d'éternelles ardeurs, de Lelie, le veux croire après tout qu'ils ne sont pas menteurs, Et comme c'est celuy que Tart y représente Il conserue à mes feux vne amitié constante.

LA SVIVANTE.

Il est vray que ces traits marquent vn digne amant, Et que vous auez lieu de Faimer tendrement.

CELIE

Et cependant il faut... ahl soustiens-moy. Laissant

LA SVIVANTE. tomber

Madame, le

D'où vous pourroit venir... ahl bon Dieux elle pasme. Portrait Hé! viste, hola, quelquWn. deLelie.

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