‹ Sganarelle, ou, Le cocu imaginaireChapitre 2 sur 41 · VJ RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

VJ RÉFLEXIONS

raient les ridicules de la capitale. Là s'était instruit Molière. A distance, les vices, les défauts de la grande ville prennent de telles proportions qu'il reste peu de chose à faire pour les mettre en perspective sur le théâtre et les éclairer des feux de la rampe. C'est à Nantes, à Bordeaux, à Toulouse, à Lyon, que Molière avait surpris ses types dans leur réalité si plaisante. Il avait copié les précieuses dans les salons et les ruelles des châteaux à la mode ; il avait vécu de la vie bourgeoise à la table et au foyer de ses hôtes d'occasion. « Les plus excellentes choses, dit-il, sont sujettes à être copiées par de mauvais singes qui méritent d'être bernés *. » Paris, se figurant voir sa ressemblance, cria à l'exagération : c'était l'image de ses imitateurs.

L'histoire bibliographique de V édition pr inceps de Sganarelle est des plus curieuses. Les mêmes hésitations qui s'étaient emparées de l'esprit de Molière lorsqu'il s'était agi de confier à la presse le manuscrit des Précieuses ridicules se reproduisirent lorsqu'on lui demanda sa nouvelle pièce « On ne me laisse pas respirer ! » s'étaitil écrié à la fin de sa préface précédente. Cette fois il éloigna les solliciteurs. Peut-être voulaitil revoir son œuvre ; peut-être craignait-il que ses modèles ne se reconnussent et ne fissent tapage,

I. Les Précieuses ridicules. Voyez notre édition. Paris, Jouaust, 1867, in-i8.

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