‹ Sganarelle, ou, Le cocu imaginaireChapitre 3 sur 41 · SUR SGANARELLE. VI · texte numérisé non relu

SUR SGANARELLE. VI

OU bien redoutait-il de perdre les profits des représentations en enrichissant les répertoires de ses rivaux de France et de l'étranger. Enfin il refusait toutes les propositions, lorsque, le 12 août, parut à Paris, dans la boutique de Jean Ribou, sur le quai des Augustins, et sous la forme d'un petit volume in- 12, ce même Sganarelle que son auteur, après avoir lassé toutes les importunités, gardait avec tant de vigilance dans ses cartons Le privilège portait la date du 26 juillet et le nom d'un sieur de Neuf-Villenaine » personnage absolument inconnu. En tête du livre se lisait une lettre « à un amy » disant tout le bien du monde de la nouvelle comédie de « M. de Molier », et chaque scène était précédée par un sommaire des plusélogieux à l'adresse de l'artiste qui remplissait le rôle de Sganarelle, c'est-à-dire du même « M. de Molier ». Là-dessus, grand scandale dans la République des lettres. Neuf- Villenaine ne craignait pas de couvrir Paris d'affiches pour annoncer sa publication. On attendait avec curiosité les effets de la colère du poète, qui semblait avoir prévu dans les Précieuses ri' dicules cette atteinte prochaine à ses droits. « C'est une chose étrange, avait-il dit dans sa pré. face, qu'on imprime les gens malgré eux. Je ne vois rien de si injuste et je pardonnerais toute autre violence plutôt que celle-là. » Cependant le pardon semblait tout accordé d'avance. Ribou sans encombre vendait son édition contrefaite , et ,

Tiij RÉFLEXIONS

lorsqu'il Teut épuisée, Molière, pour toute ven* geance, exigea seulement que son nom fût substitué à celui de Neuf->Villenained^5 le privilège des éditions subséquentes , ce qui eut lieu. Poquelin ne se montra pas autrement froissé de la collaboration de Neuf-Villenaine. Il conserva sa préface et ses arguments : il consentit même à grossir le livre d'une lettre singulière de son contre£sicteur, laquelle serait, sous prétexte d'excuses publiques, un rare tissu d'impertinences, si elle n'était plutôt, comme il nous semble, une aimable plaisanterie. On en va juger, la voici telle quelle :

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