‹ Sganarelle, ou, Le cocu imaginaireChapitre 25 sur 41 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

LE LIE seule,

LElie se plaint dans cette Scène de l'intidélité de sa Maistresse et Foutrage qu'elle luy fait, ne Tabbatant pas moins que les longs trauaux de son voyage, le fait tomber en foiblesse. Plusieurs ont assez ridiculement repris cette Scène, sans auoir pour iustiâer leur impertinence (autre chose à dire) sinon que l'infidélité d'une Maistresse n'estoit pas capable de faire éuanouir vn homme. D'autres ont dit encor, que cet euanotiissement estoit mal placé, et que l'on voyoit bien que TAutheur ne s'en estoit seruy que pour faire naistre l'incident qui paroist en suitte. Mais ie respondray en deux mots aux vns et aux autres : et ie dis d'abord aux premiers, qu^ls n'ont pas bien considéré, que l'Autheur auoit préparé cet incident long-temps deuant, et que ^infidélité de la Maistresse de Lelie, n'est pas seule la cause de

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son euanoUissement, qu'il a encor deux puissantes raisons, dont Tvne est les longs et pénibles trauaux d'vn voyage de huit iours qu'il auoit fait en poste, et l'autre qu'il n'auoit point mangé depuis son arriuée, comme l'Autheur l'a découuert cy-deuant aux auditeurs, en faisant que Grosrené le presse d'aller manger vn morceau afin de pouuoir résister aux attaques du sort (et c'est pour cela que ie vous ay prié de remarquer la Scène qu'ils font ensemble) tellement qu'il n'est pas impossible qu'vn homme qui arriue d'vn long voyage, qui n'a point mangé depuis son arriuée, et qui apprend l'infidélité d'vne Maistresse, s'éuanotiisse. Voila ce que i'ai à dire aux premiers censeurs de cet incident miraculeux. Pour ce qui regarde les seconds, quoy qu'ils paroissent le reprendre avec plus de iustice, ie les confcndray.encor plutost, et pour commencer à leur faire voir leur ignorance, ie veux leur accorder que l'Autheur n'a fait éuanoiiir Lelie, que pour donner lieu à l'incident qui suit; mais ne doiuent-ils pas sçauoir que quand vn Autheur a vn bel incident à insérer dans *vne Pièce, s'il trouue des moyens vrayssemblables pour le faire naistre, il en doit estre / d'autant plus estimé, que la chose est beaucoup

difficile ) et qu*au contraire, s'il ne le fait paroistre que par des moyens erronez et tirez par la queue, il doit passer pour vn ignorant, puisque c'est vne des qualitez la plus nécessaire à vn Autheur, que de sçauoir inuenter auec vraye-semblance ; c*est pourquoy puis qu*ii y a tant de possibilité et de vraye-semblance dans l'esuanoliissement de Lelie, que Pon pourroit dire qu'il estoit absolument nécessaire qu'il s'esuanotiit, puis qu'il auroit paru peu amoureux, si estant arriué à Paris, il s'estoit allé amuser à manger, au lieu d*aller trouuer sa Maistresse : Ils condamnent des choses qu'ils deuroient esti-> mer, puisque la conduite de cet incident auec toutes les préparations nécessaires, fait voir que TAutheur pense mûrement à ce qu*il fait, et que rien ne se peut égaler à la solidité de son esprit. Voila quelle est ma pensée là dessus, et pour vous monstrer que les raisons que i'ay apportées sont vrayes, vous n'auez qu'à lire ces vers.

LELIE seul

.Hi que vien-ie d'entendre.

L'on me l'auoit bien dit, et que c*estoit de tous L'homme le plus mal £eiit qu'elle auoit pour époux. Ahl quand mille sermens de ta bouche inûdelU

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Ne m*auroient point promis vne flame éternelle, Le seul mépris d'vn choix si bas et si honteux Deuoit bien soutenir Pinterest de mes feux Ingrate, et quelque bien... mais ce sensible outrage Se meslant aux trauaux dVn assez long voyage, Me donne tout à coup un choc si violent, Q.ue mon cœur deuient foible et mon corps chancelant.

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