SCENE IX
SGANARELLE, LELIE.
C'Est icy que TAutheur fait voir qu'il ne sçait pas moins bien représenter une Pièce , qu'il Ta sçait composer ; puisque Ton ne vist iamais rien de si bien joué que
IMAGINAIRE. 3i
cette Scène. Sganarelle ayant arraché à sa femme le portraict 4u'elle luy venoit de reprendre, vient pour le considérer à loisir, lors que Lelie, voyant que cette boêste ressembloit fort à celle où estoit le portrait qu*il auoit donné à sa Maistresse, s'approche de luy pour le regarder par dessus son espaule : tellement que Sganarelle voyant qu'il n'a pas le loisir de considérer ce portraict comme il le voudroit bien, et que de quelque costé qu'il se puisse tourner, il est obsédé par Lelie : et Lelie enfin de son costé ne doutant plus que ce ne soit son portraict, et impatient de sçauoir de qui Sganarelle peut Pauoir eu, s'enquerre de luy comment il est tombé entre ses mains. Ce désir estonne Sganarelle; mais sa surprise cesse bien-tost, lors qu'après auoir bien examiné ce portraict, il reconnoist que c'est celuy de Lelie. Il luy dit qu'il sçait bien le soucy qui le tient, qu'il connoist bien que c'est son portraict, et le prie de cesser vn amour qu'vn mary peut trouuer fort mauuais. Lelie luy demande s'il est mary de celle qui conseruoit ce gage. Sganarelle luy dit qu'oiiy, et qu'il en est mary tres-marry, qu'il en sçait bien la cause, et qu'il va sur l'heure l'apprendre aux parents de sa femme. Et moy
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cependant ie m*en vais vous apprendre les vers de cette Scène. Il ùlui que vous preniez garde qu'vn agréable mal-entendu est ce qui fait la beauté de cette Scène, et que subsistant pendant le reste de la pièce entre les quatre principaux Acteurs, qui sont Sganarelle, sa Femme, Lelie, et sa Maistresse, qui ne s'entendent pas, ildiuertit merueilleusement Tauditeur, sans fisitiguer son esprit, tant il naist naturellement, et tant sa conduite est admirable dans cette Pièce.
NOus rauons, et ie puis voir à l'aise la trogne Du malheureux pendart qui cause ma vergogne.
Il ne m*e8t point connu.
LELIE à part.
Dieux ! qu'apperçoy-ie icy , Et si c'est mon portraict, que dois-ie croire aussi.
SGANARELLE continué.
Ah ! pauure Sganarelle, à qu'elle destinée
Ta réputation est-elle condamnée?
Apperceuant Lelie qui le regarde ^ il se retoufme cTvn autre costé.
Faut...
LELIE à part.
Ce gage ne peut sans allarmer ma foy, Estre sortist des mains qui le tenoit de moy.
Faut-il que désormais à deux doigts l'on te montre. Qu'on te mette en chansons, et qu'en toute rencontre,
On te rejette au nez le scandaleux affront QjuWne femme mal née imprime sur ion front.
LELIE, à part.
Me trompay-ie.
Ah ! truande, as-tu bien le courage De m^auoir âiit cocu dans la fleur de mon aage, Et femme dVn mary qui peut passer pour beau, Faut-il quVn Marmouset, vn maudit Estourneau...
LELIE à part, et regardant encore son portraict, le ne m'abuse point, c'est mon portraict luy-mesme.
SGANARELLE luy retourne le dos.
Cet homme est curieux.
LELIE à part.
Ma surprise est extresme.
A qui donc en a-t-il?
LELIE à part.
le le veux accoster.
haut.
Puis-ie... hé! de grâce vn mot.
SGANARELLE le fuit encore.
Que me veut-il conter.
LELIE.
Puis-ie obtenir de vous, de sçavoir Tauanture, Q.ui fait dedans vos mains trouuer cette peinture. SG XNAKÊLLE à part^ et examinant le portraict quHl tient et Lelie.
D'où luy vient ce désir; mais ie m'auise icy... Ah ! ma foy me voila de son trouble esclaircy. Sa surprise à présent n*estonne plus mon ame. C'est mon homme, ou plutost c'est celuy de ma femme.
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LELIE.
Retîrez-moy de peine et dites d*oii vous vient...
Nous sçavons Dieu mercy le soucy qui vous tient , Ce portrait qui vous fasche est vostre ressemblance. Il estoit en des mains de vostre connoissance, Et ce n'est pas vn faict qui soit secret pour nous Q.ue les douces ardeuré de la Dame et de vous : le ne sçay pas si i'ay dans sa galanterie L*honneur d'estre connu de vostre Seigneurie ; Mais faites-moy celuy de cesser désormais Vn amour qu'vn mary peut trouuer fort mauuais, Et songez que les nœuds du sacré mariage...
LELIE.
Quoy, celle, dites- vous dont vous tenez ce gage...
SGANARELLE Est ma femme, et ie suis son mary.
Son mary.
Oui, son mary vous dis-ie, et mary très marry, Vous en sçauez la cause et ie m'en vais l'apprendre Sur l'heure à ses parens.
r\irt