SCENE XVL
SGANARELLE, CELIE regardant aîM Lelie.
L'On peut dire que cette Scène en contient deux, puisque Sganarelle fait vne espèce de Monoloque, pendant que Celle, qui auoit veu sortir son Amant d'auec luy, le conduit
des yeux, jusqu'à ce qu'elle l'ait perdu de veuë, pour voir si elle ne s'est point trompée. Sganarelle de son costé regarde aussi en aller Lel'ie, et fait voir le dépit qu'il a de ne lùy auoir pas fait insulte, après Tasseurance qu'il croit auoir d'estre Cocu de luy. Celie luy ayant laissé jetter la plus grande partie de son feu, s'en approche pour luy demander, si celuy qui luy vient de parler ne luy est pas connu; mais il luy répond auec sa naïueté ordinaire, que c'est sa femme qui le connoist et découure peu à peu, mais d'vne manière tout à fait agréable, que Lelie le deshonnore. C'est icy que l'equiuoque diuertist merueilleusement l'Auditeur, puisque Celie détestant la perfidie de son Amant, jettant feu et fiâmes contre luy, et sortant à dessein de s'en venger, Sganarelle croit qu'elle prend sa deffence, et qu'elle ne court à dessein de le punir que pour l'amour de luy. Comme les vers de cette Scène donnent à l'Auditeur un plaisir extraordinaire, il ne seroitpas iuste de vous priuer de ce contentement; c'est pourquoy en jettant les yeux sur les lignes suiuantes, vous pourez connoistre que l'Autheur sçait parfaitement bien conduire vne equiuoque.
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SGANARELLE sans voir Celle.
CE n'est point s'expliquer en termes ambigus. Cet estrange propos me rend aussi confus ^ ** . Que s'il m*estoit venu des cornes à la teste. coUé^aue ^^^^'> ^® procédé n'est point du tout honneste. Lelie s'en C E L l E à part.
vient Quoy, Lelie a paru tout à l'heure à mes yeux, Se» aller. Qui pourroit me cacher son retour en ces lieux.
SGANARELLE poursuit.
Celte o ! trop heureux d'auoir une si belle femme, approcha Malheureux bien plutost de l'auoîr cette infâme, ^V* f' ^^ Dont le coupable feu trop bien vérifié, ' ""^^ f Sans respect ny demy nous a cocufié; aue ton ^^'^ '^ '^ laisse aller après vn tel indice transport ^' demeure les bras croisez comme vn locrice. soitjîny Ah! ie deuois du moins luy iettcr son chapeau. pour luy Luy ruer quelque pierre, ou crotter son manteau, parler, gj jy^ j^y hautement pour contenter ma rage Faire au larron d'honneur crier le voisinage.
CELIE
Celuy qui maintenant deuers vous est venu Et qui vous a parlé, d'où vous est-il connu ?
Helas ! ce n'est pas moy qui le connoist Madame. C'est ma femme.
CELIE
Quel trouble agite ainsi vostre ame?
Ne me condamnez point d'vn deOil hors de saison Et laissez moy pousser des soupirs à foison.
D'où vouspeuuent venir ces douleurs non communes?
Si je suis affligé, ce n'est pas pour des prunes Et ie le donnerois à bien d'autre qu'à moy De se voir sans chagrin au point où ie me voy. Des maris mal-heureux, vous voyez le modèle.
On desrobe l'honneur au pauure Sganarelle ; Mais c'est peu que l'honneur dans mon affliction, L'on me desrobe encor la réputation,
CELIE
Comment?
SGAt4ARELLE.
Ce Damoiseau, parlant par révérence^ Me fait cocu Madame, auec toute licence, Et i'ay sçeu par mes yeux auerer auiourd'huy Le commerce secret de ma femme et de luy.
CELIE
Celuy qui maintenant...
Oûy, oOy, me deshonore, Il adore ma femme, et ma femme l'adore.
CELIE
Ahl i'auoisbien iugé que ce secret retour Ne pouuoit me couurir que quelque lasche tour. Et i*ay tremblé d'abord en le voyant paroistre, Par vn pressentiment de ce qui deuoit estre.
Vous prenez ma defTence auec trop de bonté.
Tout le monde n'a pas la mesme charité Et plusieurs qui tantost ont appris mon martire, Bien loin d'y prendre part, n'en ont rien fait que rire.
Est-il rien de plus noir que ta lasche action ,
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Et peut-on loy trouuer Tne punition.
Dois-tu ne te pas croire indigne de la vie, Apres t*esrre souillé de cette perfidie.
OCiel! est-il possible?
Il est trop yray pour moy.
CELIE
Ah! traistre, scélérat, ame double et sans fojr.
La bonne ame.
CELIE
Non, non, PEnfer n'a point de gesne Qui ne soit pour ton crime yne trop douce peine.
Que voila bien parler.
CELIE
Auoir ainsi traitté Et la mesme innocence et la mesme bonté.
SGANARELLE il soupire haut.
Hay.
CELIE
Vn cœur qui iamais n'a fait la moindre chose A mérité l'affront où ton mespris l'expose.
Il est vray.
Qui bien loins... mais c'est trop, et ce cœur Ne sçauroit y songer sans mourir de douleur.
Ne vous faschez pas tant ma tres-chere Madame, Mon mal vous touche trop et vous me percez l'ame.
CELIE
Mais ne t*abuse pas iusqu'à te figurer Qu'à des plaintes sans fruit i'en vueille demeurer; Mon cœur pour se vanger sçait ce qu'il te faut faire Et i'y cours de ce pas, rien ne m'en peut distraire.