‹ Sganarelle, ou, Le cocu imaginaireChapitre 33 sur 41 · SCENE XVII · texte numérisé non relu

SCENE XVII

SGÂNARELLE seul.

SI iauois tantost besoin de ces excellents Peintres que ie vous ay nommez, pour vous despeindre le visage de Sganarelle; j'aurois maintenant besoin et de leur pinceau et de la plume des plus excellents Orateurs , pour vous descrire cette Scène. lamais il ne se vit rien de plus beau^ iamais rien de mieux joué, et iamais Vers ne furent si généralement estimez.

Sganarelle loue seul cette Scène, repassant dans son esprit tout ce que Ton peut dire d'vn Cocu, et les raisons pour les quelles il ne s*en doit pas mettre en peine, s'en démesle si bien, que son ^raisonnement pouroit en vn besoin consoler

Qî

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ceux qui sont de ce nombre. le vous enuoye les

Vers de cette Scène, afin que si vous connoissez

quelqu'vn à vostre païs qui soit de la Confrairie

dont Sganarelle se croit estre, vous le pussiez

par là retirer de la mélancolie où il pouroit

s'estre plongé.

SGANARELLE ^eif/.

|Ve le Ciel la preserue à iamais de danger.

Voyez quelle bonté de vouloir me vanger :

En etfet, son couroux qu*excite ma disgrâce M'enseigne hautement ce quHl faut que ie fasse. Et Ton ne doit iamais souffrir sans dire mot De semblables affronts, à moins qu'estre vn vray sot. Courons donc le chercher cependant qu'il m'affronte, Monstrons nostre courage à venger nostre honte. Vous apprendrez, maroufle, à rire à nos despens Et sans aucun respect faire cocu les gens.

// te Doucement, s'il vous plaist, cet homme a bien la mine retourne D'avoir le sang bouillant, et Tame vn peu mutine, ayant fatt jj pouroit bien mettant affront dessus affront

ou Quatre ^^^^8®^ ^^ ^^i^ ™®" dos, comme il a fait mon front. pai, le hay de tout mon cœur les Esprits colériques, Et porte grand amour aux hommes pacifiques :

le ne suis pas battant de peur d*estre battu Et l'humeur débonnaire est ma grande vertu. ^ Mais mon honneur me dit que d'vne telle offepce Il faut absolument que je prenne vengeance* Ma foy laissons le dire autant qu'il luy plaira, Au diantre qui pourtant rien du tout en fera : Quand j'auray fait le brave, et qu'un fer pour ma peine

IMAGINAIRE. 5i

M*aura d'vn vilain coup transpercé la bedaine» Que par la ville ira le bruit de mon trespas, Dites moy mon honneur en serez vous plus gras? La Bière est. vn séjour par trop mélancolique Et trop mal sein pour ceux qui craignent la colique, Et quant à moy je trouue, ayant tout compassé, Qu'il vaut mieux estre encor Cocu que Trépassé : Quel mal cela fait-il ? la jambe en deuient-elle Plus tortuô après tout, et la taille moins belle? Peste soit qui premier trouua Tinuention De s'affliger l'esprit de cette vision , Et d'attacher l'honneur de l'homme le plus sage Aux choses que peut faire vne femme volage?

Puis qu'on tient à bon droit tout crime personnel Que fait là nostre honneur pour estre criminel, Des actions d'autruy Ton nous donne le blasme, Si nos femmes sans nous ont vn commerce infâme. Il faut que tout le mal tombe sur nostre dos, Elles font la sottise, et nous sommes les sots. C'est vn vilain abus, et les gens de Police Nous deuroient bien régler vne telle injustice. N'auons nous pas assez des autres accidents, Qui nous viennent happer en despit de nos dents. Les querelles, procez, faim, soif, et maladie. Troublent-ils pas assez le repos de la vie Sans s'aller de surcroist auiser sottement De se faire vn chagrin qui n^a nul fondement. Mocquons-nous de cela, mesprisons les allarmes, Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes, Si ma femme a failly, qu'elle pleure bien fort; Mai8,pourquoy moypleurer,puisqueie n'ay point tort: En tout cas ce qui peut m'oster ma fascberie,

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C'est que je ne suis pas seul de ma Confrairie, Voir cajoler sa femme et n'en tesmoigner rien Se pratique aujourd'huy par force gens de bien : N'allons donc point chercher à faire vne querelle Pour vn affront qui n'est que pure bagatelle. L'on m'appellera sot de ne me Tanger pas; Mais je le serois fort de courir au trespas.

Mettant ^^ ^^ sens là, pourtant remuer une bille la main Qui veut me conseiller quelque action virille : ««'* *^"^ Oûy le courroux me prend, c'est trop estre pohron, le veux résolument me vanger du Larron:

Desja pour commencer dans l'ardeur qui m'enflame, le vais dire par tout qu'il couche auec ma femme.

Advotiez-moy maintenant la vérité, est-il pas vray, Monsieur, que vous auez trouué ces Vers tout à fait beaux, que vous ne vous estes pu empescher de les relire encore vne fois, et que vous demeurez d'accord que Paris a eu raison de nommer cette Scène, la belle Scène.

e$tomaeh.

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