CELIE, LELIE, SGANARELLE, SA FEMME, LA SVIVANTE
D|Aas la quatriesme Scène de cette Pièce, rla femme de Sganarelle, qui auoit pris de la ialousie en voyant Celie entre les bras de son mary, vient pour luy faire des reproches (ce qui fait voir la merueilleuse conduite de cet ouurage) iugez de la beauté quVn agréable mal entendu produit dans cette Scène. Sganarelle croit que sa femme vient pour deffendre son galand, sa femme croit qu'il aime Celie, Celie croit qu'elle vient iùgenument se plaindre d'elle, à cause qu'elle est auec Lelie, et luy en fait des reproches; et Lelie enfin ne sçait ce qu'on luy vient conter, et croit tousiours que Celie a espousé Sganarelle. Quoy que cette Scène donne vn plaisir incroyable à l'auditeur, elle ne peut pas durer plus long temps sans trop de confii-
sion, et ie gage que vous souhatttez desîa de voir comment toutes ces personnes sortiront de l'embarras où ils se rencontrent; mais ie vous le donnerois Sien à deuiner en quatre coups, sans que vous en pussiez venir à bout. Peut-estre vous persuadez vous qu'il va venir quelquVn qui sans y penser luy-mesme, les tirera de leur erreur : peut-estre croyez-vous aussi qu'à force de s'animer les vns contre les autres, quelqu'vn venant à se iustifier, leur fera voir à tous qu'ils s'abusent; Mais ce n'est point tout cela, et l'Autheur s*est seruy d'vn moyen dont personne ne s'est iamais aduisé, et que vous pourrez sçauoir si vous lisez les vers de cette Scène.
LA FEMME de Sganarelle à Celle.
IE ne suis point d'humeur à vouloir contre vous Faire esdater Madame, vn esprit trop ialoux; Mais ie ne suis point duppe et voy ce qui se passe : II est de certains feux de fort mauuaise grâce, Et vostre ame deuroit prendre vn meilleur employ, Que de séduire vn cœur qui doit n'estre qu'à moy.
CELIE
La déclaration est assez ingénue.
SGANARELLE à sa femme.
L'on ne demandoit pas carogne ta venue, Tu la viens quereller lors qu'elle me deffend, Et tu tremble de peur qu'on t'oste ton gaiand.
64 LE COGV
Se Allez ne croyez pas que l'on en ait enuie. toumaHt Ju vois %i c'est mensonge, et i'en suis fort rauie
""'■""• LELIE.
Que me veut-on conter?
LA SVIVANTE.
Ma foy, ie ne sçay pas Quand on verra finir ce galimatias.
Desia depuis long-temps ie tasche à le comprendre, Et si plus ie Tescoute et moins ie puis l'entendre; le vois bien à la fin que ie m'en dois mesler.
Allant se mettre entre Lelie et sa maistresse, Respondez-moy par ordre et me laissez parler. A Lelie, Vous, qu'est-ce qu'àson cœurpeut reprocher le voftre'
LELIE.
Que l'infidelle a pu me quitter pour [vn] autre : Que lors que sur le bruit de son himen fatal, l'accours tout transporté d'vn amour sans égal, Dont l'ardeur resistoit à se croire ovbliée.
Mon abord en ces lieux la trouue mariée.
LA SVIVANTE.
Mariée, à qui donc?
LELIE monstrant Sganarelle, Aluy.
LA SVIVANTE.
Comment à luy.
LELIE.
OOy-da.
LA SVIVANTE.
Qui vous l'a dit ?
C'est luy-mesme aujourd'huy.
LA SVl VANTE à Sganarêllê.
Est-il vray?
Moy, Pay dit que c'estoit à ma femme
Que i'estois marié.
LÉLIE
Dans vn grand trouble d'ame,
Tantost de mon portraict ie vous ay veu saisi.
Il est vray, le voila.
LELIE.
Vous m'auez dit aussi Que celle aux mains de qui vous auiez pris ce gage Ëstoit liée à vous des nœuds du mariage.
SGANARELLE Monstrant sa femme.
Sans doute, et ie Tauois de ses mains arraché, Et n'eusse pas sans luy descouuert son péché.
LA FEMME <ie Sganarelle.
Que me viens-tu conter par ta plainte importune, le i'auois sous mes pieds rencontré par fortune, Et mesme quant après ton iniuste couroux l'ay fait dans sa foiblesse entrer Monsieur chez nous, Monstrant le n'ay pas reconnu les traits de sa peinture. * ^^i^-
CELIE
C'est moy qui du portraict ay causé Pauenture Et ie Tay laissé cheoir en cette pasmoison a Sgana-
Qui m'a fait par vos soins remettre à la maison. relie.
LA SVIVANTE.
Vous voyez que sans moy vous y seriez encore. Et vous aviez besoin de mon peu d'Ëlebore.
Prendrons-nous tout cecy pour de l'argent content :
66 LE COCV
Mon front l'a sur mon ame eu bien chaude pourtant.
SA FEMME
Ma crainte toutefois n'est pas trop dissipée Et doux que soit le mal, ie crains d*estre trompée.
Hé ! mutuellement crojons-nous gens de bien,
le risque plus du mien que tu ne fais du tien :
Accepte sans âiçon le marché qu'on propose.
SA FEMME
Soit mais gare le bois si i'apprend quelque chose.
CELIE a Lelie après auoir
parlé bas ensemble.
Ahl Dieux sUl est ainsi, qu'est-ce donc que i'ay fait, le dois de mon couroux appréhender l'efifect : Ouy^Touscrojant sans foy,i'ay pris pour ma vengeance Le malheureux secours de mon obéissance.
Et depuis vn moment mon cœur vient d'accepter Vn himen que tousiours i'eus lieu de rebuter, l'ay promis à mon père, et ce qui me désole... Mais ie le vois venir.
Il me tiendra parole.