‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 100 sur 112 · Th£ Temi^estr ^uai^ ù,8e..l · texte numérisé non relu

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I5S SHAESPEARE.

porte et il les jette sur le rivage désert. Il n*y a pas de meilleure école que le malheur. Si ces âmes criminelles peuvent être ramenées au bien, elles le seront par une série d*épreuves douloureuses. Déjà le roi de Naples a vu tomber à la mer, sous ses yeux, son fils unique, il le croit mort et le châtiment suivi du regret des iautes passées, ce châtiment qui amène les remords et les résolutions salutaires, commence pour lui. Antonio et Sébastien, plus endurcis, ne se convertissent pas si vite. Même après le naufrage, et sur cette terre inconnue, ils méditent un nouveau crime dans une scène pleine de vigueur qu'on n'a point assez remarquée et qui rappelle les plus beaux passages des tragédies de Shakspeare. Ce sont deux hommes intelligents et hardis, de l'école d'Iago et d'Edmond de Gloster , capables de tous les crimes et qu'aucun scrupule n'arrête quand il s'agit de commettre une mauvaise action qui doit leur être utile. Pour les amener à résipiscence, les moyens ordinaires ne suffiraient pas. Prospère en emploie de surnaturels. Il fait apparaître devant eux des monstres qui leur rappellent leurs crimes et les menacent d'une prochaine vengeance. Il les prépare à se repentir et à mériter le pardon qu'il se propose de leur accorder. Dans ses tragédies, Shakspeare ne pardonnait pas aux scélérats; il les livrait sans pitié à la destinée qu'ils s'étaient faite eux-mêmes. Ici, il nous présente un spectacle moins tragique, mais plus noble, celui d'un homme offensé qui tient entre ses mains la vie de ses ennemis, qui peut les tuer justement, mais qui aime mieux leur faire grâce, pour leur laisser le temps de réparer leurs fautes, que se venger d'eux. Les belles paroles de Prospère, au commencement du cinquième acte, expriment les sentiments généreux que le

poëte attribue à son héros et le jugement qu'il porte sans doute lui-même sur les actions humaines. Une indulgence raisonnable et ferme paraît être le dernier mot de sa philosophie. Il n*est ni faible ni aveugle, mais il est miséricordieux, et, sachant combien l'homme est fragile, il accorde quelque chose à Finfirmité de notre nature. Ne pas laisser le crime impuni, mais atteindre Tâme du coupable plutôt que son corps, le guérir plutôt que le frapper, et, quand il a subi une épreuve sufiSsanté, oublier le passé et tendre les bras au pécheur pénitent, telle est la conclusion de la Tempête, Lorsque Ariel annonce à son maître que les trois criminels sonf livrés au plus violent désespoir et arrosent de leurs larmes le sol de la grotte où ils les a renfermés, Prospéro lui répond : « Toi, qui n'es qu'un être aérien, tu sens leur douleur, tu en es ému, et moi qui suis de leui* race, moi qui en toutes choses ressens les mêmes émotions et les mêmes passions qu'eux, je ne serais pas attendri plus que toi encore 1 Quoique leurs grands torts envers moi m'aient blessé jusqu'au fond du cœur, néanmoins je prends le parti de ma raison, qui est la plus noble, contre ma colère ; la vertu a plus de prix que la vengeance ; puisqu'ils se repentent, mon but est atteint* 1 » Voilà l'idée fondamentale de la pièce.

Mais l'homme juste n'a pas seulement affaire à des ennemis et à des coupables. Il lui reste des devoirs à remplir envers ceux qu'il aime et envers les bons. Nous l'avons vu s'acquitter de la première partie de sa tâche. Il s'acquitte de la seconde quand il soumet sa fille bienaimée et le jeune Ferdinand, prince royal de Naples, à

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