‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 99 sur 112 · Voy. surtout lee ouvrage» de If M. GervinuA et Kre^ig · texte numérisé non relu

Voy. surtout lee ouvrage» de If M. GervinuA et Kre^ig

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Comme le peuple, il adore tout ee qui û^iie ses sens, il se prosterne devant un matelot iyre qui lui fait boire du vin, il admire le courage brutal de Stéphane, il déteste le maître qui le gouveme justement, il veut s*en donner un pire parce que celui-ci encourage ses vices, et quand il entonne sa chanson à boire : cBanI bani Caliban I liberté! liberté! » il résume tous les manifestes de la démocratie, qui ne demande jamais que la liberté de faire le mal. Voilà le sens caché de Tœuvre de Shakspeare et l'énigme qu'il n'appartient qu'aux esprits pénétrants de déchiffrer. » Cette pénétration m'eflraye et j'ai peur que les critiques allemands n'engagent bientôt une discussion en règle sur l^ncien régime et sur la révolution, à propos de la Tempête, M. Gervinus a déjà trouvé moyen de parler des événements de 4 848, à propos de Richard II. J'avoue que je ne puis découvrir de si profondes pensées politiques sous l'extérieur grotesque de Caliban ; quand Shakspeare a voulu peindre le peuple, il l'a peint tel que chacun le voit sans recourir à aucun symbole, ici sous le costume des bourgeois ou des artisans de Londres, là sous les traits des citoyens de Rome. Caliban ne lui ressemble pas plus qu'un cannibale ne ressemble à un habitant des villes. Il représente simplement l'honmie primitif livré à lui-même , et si Shakspeare a une intention philosophique en mettant en scène ce personnage, elle est plus simple et plus vraisemblable que celle qu'on lui attribue. Je ne vois là qu'une fine ironie à radi*esse des rêveurs de son siècle, des Thomas Uorus et des Campanellaqui opposent déjà, comme le fera plus tard Rousseau, rinnocence de l'état de nature aux misères de la civilisation. « L'homme naît bon,, disaient les réformateurs et les philanthropes avant le philosophe de Genève; c'est la

société qui le corrompt. » Shakspeare répond à ce paradoxe par le portrait du sauvage, tel que le trouvaient les navigateurs dans les pays récemment découverts, avec ses appétits sensuels , sa férocité et ses ruses sanguinaires. « Où donc est cette perfection idéale qui précède partout la civilisation et que la civilisation détruit? Au contraire, moins l'homme est civilisé et plus il se rapproche de ranimai. Votre héros, semble-t-il dire aux utopistes, marche à quatre pattes aussi bien qu*à deux, il a la peau velue , il fait le mal à force ouverte quand il rose, et par surprise quand il a peur; en un mot, il s'appelle Caliban. Voulez-vous ramener l'humanité du degré d'intelligence que représente Prospéro à l'abrutissement du fils de Sycorax? > C'est là une sorte de plaidoyer dramatique en faveur des colons qui allaient porter les mœurs et la religion de TAngleterre dans le nouveau monde. On les accusait de troubler l'heureuse paix de peuples inoffensifs, de leur inoculer les vices des Etats corrompus et, au lieu d'applaudir à leurs courageux efforts, on essayait d'attendrir la nation par des rêveries sentimentales sur le bonheur de l'ignorance et les bienfaits de la barbarie. On insinuait que ce n'étaient pas les sauvages qu'il fallait convei'tir à la civilisation, mais les hommes civilisés qu'il serait bon de rapprocher peu à peu de l'état de nature. Shakspeare se moque de ces chimères. A ses yeux, l'Europe doit accomplir son œuvre et conquérir le monde. Il a trop de bon sens et de patriotisme pour ne pas reconnaître, dans ces hardis marins qui plantent sur des rivages inconnus le drapeau de la Grande-Bretagne, les meilleurs instruments de sa puissance et les plus nobles représentants de la race anglosaxonne.

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Que serait derenue en effet rAmériqve entre les mains des anciens possesseurs du sol et combien ses destinées sont différentes, depuis que les eolons anglais l'occupent f Deux siècles et demi nous séparent du temps où Shakspeare écrirait ta Tempête, et les desoendaals de Caliban, les tribus sauyages des Iroquois, des Comanehes et des^ Apaches reculent sans cesse devaawt la baguette magique de Prospéro qui a été le père d^un grsAd peuple et qui s'appelle aujourd'hui frère Jmeithem.

Le poëte reprend sa thèse » sous une autre forme', en attaquant les réformateurs qui veulent changer Tétat de la société, détruire les inégalités, établir la communauté des biens et atteindre un idéal de perfection que la nature humaine ne comporte pas. Le fkmeux passage qu'D a traduit de Montaigne n*est qu*une sortie frc^nique contre les politiques chimériques qui rêvent un âge d'or impossible à réaliser V « Dans ma république, dit Gonsalve, je voudrais faire le contraire de tout ce qui existe. Je n'y admettrais aucune sorte de comn^erce ni aucun titre de magistrature ; les lettres n'y seraient pas connues ; il n'y aurait ni riches, ni pauvres, ni serviteurs d'aucun genre ; point de contrats ni de successions^ point de limites entre les champs et les vignes; ni métal, ni blé, ni vin, ni huile ; plus de travail ; tous les hommes se reposeraient et les femmes aussi, mais eïles seraient chastes et pures. Point 'de souveraineté... Tous les produits de la nature se mettraient en commun, sans sueur ni travail. Je ne voudrais avoir ni trahison ni félonie, ni épée, ni pique, ni poignard, ni mousquet, ni engin dé guerre d'aucime sorte ; mais la nature fournirait d*elle-même à foison et

1 . Voy. à ce sujet un piquant chapitre de M. Philarète Chasles dans tes Études sur Shakspeare^ Marie Sluart et l'Arétin, Paris, Amyot.

en abondanee de quoi nourrir mon peuple K » Celui qui pense ainsi fait rire à ses dépens ceux qui Fécouteat et se moque à son tour de la crédulité avec laqucdle ils ont pris au sérieux une tirade plaisante. L'intention du poète est évidente. Par la boudie des d^érants personnages qu'il met en scène, des honnêtes gens, comine Gonsaive, aussi bien que des politiques positifs, comme Séba^ien et Antonio, il crible d^épigrammes les utopistes. Prospéro, qui exprime sa yraie pensée, se garde bien de tomber dans leurs aberrations. Il accepte les hommes tels qu'ils sont, sans se faire illusion sur leurs qualités natives ; il ne les croit pas nés bons , il sait au contraire qu'ils portent en eux le germe de beaucoup de vices; il ne désespère pas néanmoins de l'espèce humaine, et au lieu de chercher à les ramener à Tétat de nature, c'est-à-*dire à la barbarie pour les rendre m^illeors, il s'efforce de les corriger par la raison et par Texpérience. I) éclaire les méchante, il les obUge à rentrer en eux-mêmes, il réveille en eux le sens moral, et c'est grâce à l'ascendant d'une intelligence supérieure et non en les replongeant dans l'ignorauee qu'il les régénère. Pour remplir ki tâche qu'il s'est imposée, il faut autant de hiouères que de volonté. Là où le pbilosof^e réussit, l'ignoDant échouerait. Il combine, en effet,, arec beaucoup d'art touslies moyeu'S qu'il emploie pour cconnertir les coupables.

Sa science magique lui apprend que les trois hommes qui lui ont fait le plus de mal, le roi de Naplès, Sébastien et son propre frère, navigUirait dans lés parages de Ftle qu'il habite. Aussitôt il soulève une tempête^ snaipinaîre, il feint de briser en mille pièces le bàtnMrart qui les.

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