HENRI
Ah! quel signe d'une vie criminelle, lorsque l'approche de la mort parait si terrible!
WAR\nCK.
Beaufort, c'est ton souverain qui te parle.
LE CAEDINAL.
Mettez-moi en jugement quand vous voudrez. N'est-il pas mort dans son lit? (Il pense au duc de Gloster qu'il a fait assassiner.) Où donc devait-il mourir? Puis-je faire vivre les gens, qu'ils le veuillent ou non? — Oh! ne me torturez pas davantage! Je confesserai... Il revit, dites-vous. Alors montrez-moi où il est. Je donnerais mille livres pour le voir... 11 n'a plus d'yeux ; la poussière l'a aveuglé... Rabattez ses cheveux I Voyez ! voyez ! Us se dressent, comme des lacs tendus, pour prendre mon âme au vol. Donnez-moi à boire et priez l'apothicaire de m'apporter le poison violent que je lui ai acheté K
Viennent ensuite les rudes soldats qui représentent les deux partis dans la guerre des deux Roses, le comte de Warwick, qu'on appelait le faiseur de rois, qui, après avoir fait couronner Edouard d'York, veut, pour se venger d'un affront personnel, lui arracher la couronne et meurt dans cette entreprise; Clifford, assassin du jeune Rutland, puis les membres de la famille d'York, tous célèbres, tous dignes d'intéresser l'historien par l'importance de leur rôle et le poète par leur caractère. Richard, le chef de sa maison, héritier légitime de Richard II, assassiné par les Lancastres, possède les qualités d'un roi, le courage personnel, la prudence et
!• Second part ofking Henri VI, act.iii, se. 3»
Thabileté. Tant qu*il se borne à réclamer ses droits, H semble soutenir la cause la plus juste. Mais, après avoir vaincu le faible Henri YI et signé la paix avec lui, à condition d'être désigné comme son successeur, quand il viole son serment et reconmience la guerre, ils*expose à la peine du talion et il meurt prisonnier, comme il Ta mérité. Ses fils apparaissent déjà dans Henri F/ tels que Shakspeare nous les montrera plus tard, avec plus de profondeur, dans Richard IIL C'est là que nous retrouverons, pour mieux étudier leurs physionomies, le volupteux Edouard, le mobile Clarence et surtout Tartificteux et cruel Glocester. Nous y reverrons aussi la reine Marguerite, déchue de sa grandeuiTi punie de ses crimes par une longue série d'infortunes et survivant seule à la chute de la maison de Lancastre, comme pour servir d'exemple de l'inconstance du sort et du châtiment qui atteint toujours le vice et Torgueil.
Mais, de tous les caractères de la trilogie, le mieux conçu est assurément celui du prince dont elle porte le nom. Les chroniqueurs l'avaient rejeté dans l'ombre, Greene ne lui avait donné que des traits insignifiants. Shakspeare seul comprend tout l'intérêt qui peut s'attacher à un être faible, jeté par le hasard sur un trôiie ' contesté et au milieu d'une des luttes les plus sanglantes des temps modernes. Ici je ne puis m'empêcher de reconnaitrQ ce que le poète doit à son prédécesseur Marlowe. Déjà celui-ci avait peint, dans Edouard 11^ une destinée semblable à celle de Henri YI et il avait trouvé une source d'émotions tragiques dans le contraste qu'il avait saisi entre les sentiments de son héros et les devoirs que lui impose la royauté. Aucun de ces deux rois no nous intéresse, comme roi; mais c'est l'homme qui
excite notre pitié dans le prince, et c'est «nssr Vliomnie que Tanteur d'Édmtard fi noue a montré. La faiblesse, permise à wn pavttcnlier, défendne k un souverain, est le trait conmim de ces deux âmes. Ni Fun ni Tautre* ne sont fiBttts pour la couronne et leurs malheurs viennent bian moins de Irafs^ fiuteB que de l'impossibilité ofr ils sont de mettre tenr caractère d'accord tf^c les exigences de leur rang. Aussi envient-ilsle sort des simples citoyens ée leur royaume. Marlowe nspus représente ÉdousErd poursuivi par les rebelles et passant en fugitif sur la terre d'Irlande. Là il reçoit l'bospitaUté ches des mornes, il contemple leur existence paisible et il regr^lte de ne pas pouvoir, comme eux, enseveKr sa vie dians cette solitude. 11 y trouverait le repos et sans doute le bonheur. « Mon père, dit-il, se tournant vers le supérieur du monastère, cette vie contemplative, c'est le ciel. Oh f que ne pui»^ la mener dans le calme I * y
Shakspeare 8*est certainem^nrt souvenu de ce passage lorsqu'il a écrit le monologue oà Henri TI compare son sort à celui d'un b^ger et voudrait garder des trovpeaux. « O Dieu I il me semble que ce serait une vie heureuse que de n*ètre pas^ auKiessus d'un simple berger. Oh ! quelle vie que Gelle4à ! Combien elle serait douce et agréable I Le buisson d'aubépine ne donne4-il pas aux bergers, qui contemplent leurs innocents trou^ peaux, une ombre plus douce qu'un dais richement b^odé aux rois qui craignent la trahison de leurs sujets ? Oh ! oui sans doute, et mille fois plus douce. Enfin le simple lait caillé du bei^r, sa boisson légère dans sa ^ gourde de cuir, son sommeil accoutumé sous le frais