Sonnet Lxxf
tranohe les comédiens de la société honnête, le mépris déclaré des puritains pour eux et Téloignement que leur profession inspire au vulgaire. Cest ce qui rend sa reconnaissance pour lord Southampton plus vive, et ce qui mêle à son amitié une apparence d'adoration. Quel prix infini ne doit-il pas attacher aux bonnes grâces d*un homme qui le relève à ses propres yeux et aux yeux du public par des témoignages déclarés de son affection ! L'acteur que les bourgeois dédaignent a trouvé un ami dans les rangs les plus élevés de Taristocratie. On comprend qu'un tel ami lui soit plus cher que tout au monde et lui tienne lieu, dans cette triste condition, de maîtresse et de famille.
Ainsi les sonnets nous font entrevoir Thistoire des sentiments intimes de Shakspeare. Ils laissent encore subsister bien des obscurités sur cette destinée mystérieuse, mais ils soulèvent un coin du voile et ils nous découvrent une âme aimante, capable de sentir vivement la joie et le chagrin, plus accessible néanmoins, comme toutes les natures d'élite, aux émotions douloureuses et plus dispoisée à la mélancolie qu'à la gaieté. L^ pensée y porte l'empreinte de la sincérité, lors môme qu'il faut écarter, pour la dé^iéler, les ornements artificiels qui la surchargent.
Telle fut l'éducation que Shakspeare reçut de son temps et celle qu'il se donna à lui-même. Tels sont les éléments dont se composent ses premières œuvres et les travaux qui marquent le commencement de sa carrière*.
1 . On ne sait pas en quelle année furent écrits les Sonnets ; on ^ait seulement qu'Us étaient connus avant 1598, puisque Mères en parle avec admiration dans son Trésor de l'esprit. Il en parut une édition fiirtive et incomi^ète, en 1599, sous le titre : The passionate pilgrim. Mais le recueil complet et authentique ne parut qu'en 1 609.
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On peut distinguer sans peine et réunir dans une même étude les drames qui appartiennent à cette période. Iusqu*ici nous n'avons eu (i^autre ordre à suivre que l'ordre chronologique. Mais, désormais, en consî-dérant le vaste champ qu'embrasse le poète et la diversité des sujets qu'il traite, il devient difficile de ne tenir compte que des dates. Plusieurs critiques cependant y attachent une grande Importance, surtout depuis lesdécouvertes de P. Collier, qui ont fexé la ^ronologîe de la plupart des pièces. Ce sont ceux qui refont la biographie ou plutôt l'histoire des sentiments de Shakspeare , à l'aide de son théâtre. Pour ceux-là , à chaque date correspond une nouvelle évolution de 8<m géaie. Os en suivent ainsi pas à pas les progrès et ils le conduisent, depuis ses débuts jusqu'à sa mort, en mariant, pour ainsi parler, les phases successives qu'U a traversées. Je n'ai pas besoin de dire que c^te étude toute moderne est une source féconde d'hypothèses, tantôt vraies, tantôt fausses. Si elle nous a beaucoup* appris, et si elle donne lieu à des aperçus ingénieux,, elle n'en soulève pas moins deux objections graves.
D'abord l'ouvrage de Golli^,qui a ^ si utile, est ktn d'avoir éclairci tputes les quesitoms chronologiques *. U reste eaieore des drames qu'on ne sait à quelle année ni même à quelle période de la vie du po^ rapporter. Qusmd la date est aussi douteuse, comment ea tirer des conclusions, et, dans cette trame si savammait ourdie de la vie du poète expliquée par ses œuvres, comment un
1. Il y a, même ea Angleterre, toute une école eritic[ue qui combat les opinions de Collier. V. à ce sujet le récent ouTrage d*IIam!lton, An inquiry into the genuineness oj the mamtscript coreetions in M' /. Pagne Collier' 8 atmotated Shakspeare^ folio 1C32 ; and of certain tha^pearian documents lihewiie pubtishedàg M, Collier, London, 1860.
JEUNESSE IN& SHAKSI^EARE. M
fil peiit41 se rompre sans que Tensemble en soiiSref Ici la pénékation du critique ne suffît plus, car elle peut être démâitie demsûa par use nouvelle découverte. D'ailleurs y eu Fabseuce de toute donnée certaine^ là où l'un ¥oii dea tracea évidente» de la jeunesse du poète, l'autre signale des syn^itômes non moins manifeates de sa maturité.
La seconde objection qu'on peut faire contre l'emploi exclusif de la méthode chronologique, c'est qu'dle mêle ei confond l'étude des genres lea plus différents, qu'dle oblige l'esprit à changer sana cesse de sujet, et qu'en &¥orisant lea remarque* de détail, elle contrarie le développement des considérations i^énéraks^ qui. ne doivent point sortir d'une seule pièce, mais de plusieurs œuvrea de même nature^
D'autre part , im éprouve quelque embarras à classer les piècea de Shakspeare d'après les division» ordinaire» de Tart dramatique. £Ues se con^os^it d'éléments si divera et quelques-unes dfentre elleaaont si en dehors de régies, qu'eUee éehsq^peiit à toute elasaifiearti<m^ Ici le drame pasioral se mitie à laeosaédie ^ forme un genre hybride qui n'a point de dàiomku^ion pré-* cise ' . Ailleurs , c'est la comédie qui se combine aiec le drame sentimental et larmoyant, pour égayer une sttua^ tion douloureuse dont l'effet ne doit pas aller jusqu'au' tragique ^
En i^ésence de ces difficultésy j'ai pensé que, sana m'attacher exclusivement à l'une des deux méthodes qu'on emploie d'curdinaire pour étudier le théâtre de Shakq>eare, je devais pvofitcr des avantages certaine
f. Comme H vous plaira ^ par exemple.