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qu'offrent Tune et l'autre et m'en servir simultanément. Ge serait une faute que de se prirer de l'intérêt puissant qu'excitent les rapports qu'on peut découvrir entre la vie et les œuvres du poëte. C'en serait une aussi que de partager en fragments trop divisés un travail qui doit aboutir à des vues d*ensemble. Je suivrai donc Tordre chronologique dans ce qu'il a de plus essentiel, tout en groupant les pièces de Shakspeare d'après la nature des sujets qui y sont traités, sauf à multiplier assez les groupes pour que toute la variété des œuvres du poète y soit représentée.
La découverte la plus importante qu'aient faite à ce propos les critiques modernes, c'est que Shakspeare a* eu, dans les dernières années du seizième siècle, de 1591 à 1598 environ, une période brillante de bonheur, de plaisirs et de joie intérieure qui lui inspire les œuvres les plus gaies et les plus légères qui soient sorties de sa plume, tandis qu'au commencement du dix-septièmesiècle, sous le poids de chagrins dont la cause n'est pas bien connue, peut-être sous Tinfluence de la disgrâce de son ami lord Southampton, et de la mort du comte d'Ëssex, peut-être simplement par l'effet de l'âge et de la maturité que donnent les années, il écrit de préférence des tragédies ou des drames dont l'accent est plus profond que celui de la comédie. Les dates probables justifient cette opinion. Avant 1601, en dehors des drames historiques dont les sujets ne relèvent pas de son invention, il ne donne au public qu^une seule tragédie proprement dite, Roméo et Juliette. Après ce terme, au contraire , on en voit paraître huit dans l'espace de quelques années, et les œuvres qui complètent cette dernière période, Cymbeline^ Troîle et Cressida, Mesure pour me-
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sure, la Tempête et le Conte (Thiver, renferment toutes des éléjfnents tragiques. Il est certain que le poète a colbposé ses œuvres les plus plaisantes dans sa jeunesse et les plus tristes dans son âge mûr. Étudions donc d* abord ses comédies et ses drames historiques : ce sera réunir en groupes distincts les pièces du même genre, sans s'écarter des directions générales de Tordre chronologique. Nous réserverons pour la troisième période de la vie littéraire du poète toutes ses tragédies, puisque c'est la veine tragique qui y domine, et les œuvres originales qu'on désigne quelquefois sous le nom de comédies, mais qui, écrites pour la plupart après 1601, méritent, par la nature des sujets qu'elles traitent et par le ton qui y règne, d'être distinguées de la comédie pure : ce sont celles que nous appellerons drames romanesques et fantastiques.