‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 35 sur 112 · King Henri Ylll, aet. iii^ se. i · texte numérisé non relu

King Henri Ylll, aet. iii^ se. i

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qn'efleê. Dêséénene «t Ophélie ont la beauté de n<Mftl, CafheriBe est belle comme im périrait diaprés nafiBe.

- A cMë des femmes dont le earwftre est moins altéré 'par la politique que celai des hcmimes, qtti conserrent -mien qu'eux, même dans le rang le plus éleré, les traits habituels de la nature bumaine, et qui, par censément , sont les personnages qeH est le plus diffidie d'associer an mofrvement des drames historiques, le poète place , comme pour d[K>nler toutes les diflkmltës ' du genre, les moins politiques de tons les êtres, les enfants. Ceux-ci, qui jouent on grand rôle dans la vie, n'en jouent presqu'aucun dans l'histoire, et il faut un art infini pour les y introduire à propos. Sbabspeare a résolu ' ce problème habilement. D a mis en scène trois enfants, et sans leur donner plus dlmpoHance que n^en mérite leur ftge, snrtoût sans leur prêter des idées supérienres ^ celles qu'ils doivent natureUeraent avoir, il les a rendus intéressants et touchants, tout en restant fidèle à la vraisemblance. Le pathétique dcnnine leurs situations diverses. Ils se ressemblent par la tristesse de leurs destinées ; et cependant, malgré ce trait commun, le poète a su varier Fexpression de leurs physionomies.

Deux d'entre eux sont frères eC paraissent «isendile

dans Richard III : ce sont les enfants d'Edouard II, que

le tableau de Deiaroche et la tragédie de Carânir Del»-

vigne ont popularisas en France. Le poète et l'artiste

-français les ont représentés t^s que Shakspeare les

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arait déj^ peiats. CeU Shalupeare qui i ea le preaiier ridée d'opposer la gaieté «piiituelle da duc d*Tofk à la» méUncolie et à la graTtté j^eoce du prince de Galles., nadiMinéàtoiisdeaxlesgr&eesderaifiuioe; maiscbea. 1*1111 elles sont vives et jcjeÉses» tandis ipie» chez Tautre, elles paraissent voilées de tristesse. En sa qualité d*atné et d'héritier de la couronne, Edouard a plus de soucis que son frère ; destiné à r^er« il cherche à s'en rendre digne par le travail et par le dé vetoppement de sa\ raison. Richard jouit» sans inquiétude, du plaisir devivre. Le jeune roi songe aux devoirs que la vie lui impose, aux eiemples que lui lègue l'histoire et aux ini — mitiés qui divisent la fiuniUe royale.

Siakspeare, dont le sujet est Richard III, fait momsparler les enfants d'Edouard que Casimir Delavigne qui ^ les a choisis pour les héros de sa pièce. Hais le petit nombre de scènes où il nous les montre suffisent pour les caractériser, et contiennent en germe toute la tragédie moderne. Il a mis» lui aussi, dans la bouche du . duc d'York, des plaisapteries piquantes qui blessent le ■ duc de Glocester.

Mauvtiie b«rbe eai pvécwe «t «oîi «uni le lampt : Le proTerbe dit vraU..

dît le protecteur, dans la pièee française , et Richard Iré^ pond:

Voilà pourquoi, Je gage , A qnelq^tm que je mit repprlt Tint «rant l'Ige.

L'idée est tirée de Shakspeare; seulement elle est accommodée au goût de notre société. Ce changement était inévitable. Leduc d'Torkde Casimir Delavigne est un en£int de Paris, plus fin qu'un jeune Anglais du seizième .

ris SBAKSniAnE,*

siècle, et habitué de bonne heure à donner à sa pensée un tour vif et ingénieux. Il aiguise le trait et il souligne le mot; il met de l'esprit dans ses moindres intentions, et il appartient à notre temps par tous les détails de son rAle ; il se garde bien de demander à son oncle une dague, comme le Richard de Shakspeare. Que ferait le Parisien d'une dague f C'était bon au moyen âge, quand les gen* tilshommes portaient des armes. Celui-ci, qui a vu ses camarades aller au bois, demande un cheval pour les y suivre.

La belle scène des Enfants d^ Edouard, où Glocester sonde les sentiments du jeune roi, afin de savoir s'il peut les laisser vivre sans danger, n'est, ainsi que la peinture du caractère du duc d'Tork, que le développement d'une situation indiquée dans Richard m. Seulement là où le poète anglais laisse agir le hasard, Casimir Delavigne, pour produire un effet plus grand, fait intervenir la volonté humaine. Edouard découvre ingénument ses pensées dans la pièce anglaise ; il s'entretient avec le protecteur, et la nature môme des réflexions qui lui échappent révèle la vigueur et la maturité de son intelligaice. Après avoir interrogé son onde sur l'histoire de Jules César, qui a bâti la tour de Londres, il s'écrie : € Ce Jules César était un bien grand homme. L'éclat de sa valeur rehaussait son génie, et son génie à son tour a perpétué le souvenir de sa valeur. » Puis, sans transition et comme faisant un retour sur lui-même, il ajoute avec énergie : « Si j'atteins l'âge d'homme, je veux reconquérir en France mes anciens droits ou mourir en soldat, après avoir vécu en roi. » Ces paroles sont pour lui un arrêt de mort. Glocester, qui les a entendues, ne lui permettra pas d'arriver à l'âge d'homme.

€ Tant de sagesse à son âge, se dit tout bas le protecteur I Les enfants précoces ne vivent pas longtemps. »

Quand ils ont tant d'esprit, les enfants YiTent peu,

lui fait dire Casimir Delavigne, dans une autre circons- . tance.

L'Edouard français ne confesse pas ainsi de lui-même ses sentiments. Ce n*est pas un mouvement spontané qui le fait parler. Il tombe dans le piège que lui tend Glocester qui l'interroge, et ses confidences sont provoquées par des questions perfides.

Sera*l-U, cet enfant, mon esclave ou mon maître-? Pour le laisser régner, c'est ce qu'il faut connaître,

s*est dit le protecteur, et il étudie le caractère de son neveu. Le résultat de ses observations est la condamnation du prince. Le Richard III de Shakspeare n*a pas besoin d'avoir un tel motif pour commettre le meurtre, n tue Edouard, non parce qu'Edouard est intelligent» mais parce qu'il est roi.

Shakspeare, qui ne recule pas en général devant les scènes sanglantes, a eu cette fois l'heureuse idée d'épar•^ gner aux spectateurs la vue de l'assassinat des enfants d'Edouard. Il cache le crime aux yeux et il se contente de le faire raconter par le chef des assassins, Tyrrel, dont Casimir Delavigne a poétisé la physionomie. C'est une des rares occasions où le poète anglais a préféré le récit à l'action. Il n'en a pas moins atteint le pathétique, sans aucun des moyens violents qu'il emploie souvent. Rien de plus touchant que les détails qu'il place dans la bouche de Tyrrel : « Dighton et Forrest, que j'avais payés pour commettre cette horrible boucherie , quoique ce

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soient des scélérats endurcis» des dogues sanguinaires» attendris et touchés d'une douce compassion, pleuraiadt, comme des enfants, en faisant la triste histoire de leur mort. — C*est ainsi, disait Dighton, qu'étaient couchéa ces aimables enfants. -*- Voilà, voilà, ajoutait Fcnrest, comme ils se tenaient mutuellement embrassés dan& leurs bras mnocents et blancs conune Talbâtre. Leurs lèvres étaient quatre roses rouges sur une seule tige, se baisant Tune Tautre, dans toute la fleur de la beauté. Un livre de prières était placé sur leur chevet. * » Noua avons là l'idée première du tableau de Delaroche.

Shakspeare a mis en scène, dans ses drames historiques, un autre enfant dont la destinée n'est pas moins lamentable que celle des fils d'Edouard IV, et dont il a peint les douleurs avec une sensibilité profonde : c'est le jeune Arthur de Bretagne, héritier légitime de la couronne d'Angleterre, dépossédé par son oncle Jean ek obligé de chercher un refuge en France, à la cour de Philippe-Auguste. Dans une bataille où les Français sont vaincus, Arthur est pris et confié par Fusurpatenr à un geôlier qui a reçu l'ordre de lui crever les yeux. Cette donnée tragique a inspiré au poète une scène célèbre, où l'enfant, par ses suppUcations, attendrit son gardiat. Tout n'y est pas ni^urel ; die renferme marne des traita de mauvais goût; mais le ton général en est admirable et les belles parties en ont fiit oufoUer, comme cela devait être, les parties défectueuses. Ce qui y est surtout bien peint, c'est la grâce ingénue d'Arthur et la sensibilité involontaire du geCAiet.

n est rare que le cœur de l'homme, même de celui

1 • Kchard the Éfwfd^ aet. i?, «e* S*

DRAMBS HISTORIOUES. 451"

qui est le plus habitua aux exécutions sanglantes, soit' tout à fait endurci et qu'il n*y Teste pas quelques res^ tiges d'humanité. L'enfance exerce une sorte de séduction sur les natures les plus farouches. C^st là ce qui sauve, le jeune duc de Bretagne. Hubert, qui le garde, se croyait, avant de le connaître, étranger à la pitié ; il avait reçu, à mots couverts. Tordre de se débarrasser de lui, et il se préparait, sans remords, è exécuter cette cruelle commission. Mais à peine a-t-il passé quelques jours auprès de Tenfant qu'il est déjà touché et que sa résolution faiblit. Le crime qui lui paraissait facile, de loin, et auquel le poussait son ambition , lui parait horrible, de près. Cependant la volonté du roi est formelle et s'exprime de nouveau plus clairement que la première fois. Il y va, pour le geôlier, de sa fortune et mémo de sa vie, s'il n'obéit pas. L'assassinat le conduit aux h<mneurs et à la richesse, la compassion le perd. Aussi, quand > il est mis en demeure d'agir, entre-t-il sur-le-champ dans ■le cachot, et vcut41 sur-le-champ exécuter sa commis* sion, pour ne pas se laisser le temps de la réflexion. 11^ sait que, s'il attend, il faiblira. En effet, dès qu'il voit savictime, il est déjà ébranlé. « Si je lui parie, se dit-il à lui-même, son innocent babil réveillera ma sensibilité ' endormie maintenant. Il faut me hâter et terminer, promptement ma besogne •. > Il n'ose ni avouer ce qu'il, médite ni le faire sans le dire, et il tend à son prisonnier Fordre qu'il a reçu de hri crever les yeux. Pendant qu'iL^ éprouve ainsi une première hésitation, le langage que le poète place dans la bouche d'Arthur est bien fait pour remuer le cœur le plus féroce. Chaque parole pénètre

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