‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 36 sur 112 · King John, act. IT, se · texte numérisé non relu

King John, act. IT, se

tSi 8HAKSPBAU.

dans les replis les plus profonds de Fàme, et va chercher la sensibilité qui s*y cache, t Êtes-vous malade; Hubert? s'écrie Fenfant. Je vous trouve pâle aujourd'hui. En vérité, je voudrais que vous fussiez un peu malade» pour avoir l'occasion de passer la nuit auprès de vous et de vous soigner. Assurément, je vous aime plus que vous ne m'aimez. » Que répondre à cette démonstration d'attachement, et comment passer, de ces rapports tendres, à un acte de cruauté envers celui dont on se sent aimé ? Aussi les larmes inondent-elles le visage d'Hubert, et sa résolution est-elle sur le point de l'abandonner. Cependant il fait un violent effort sur lui-même, il essuie ses yeux et, pour en finir tout d'un coup, il appelle les aides qui doivent remplir avec lui l'ofSce de bourreau. Ce n'est qu'en s'interdisant toute réflexion, toute parole, et en empêchant Arthur lui-même de parler, qu'il peut espérer s'étourdir, pendant quelques instants, et atteindre son but

Mais il se trouve en face d'un être plein de vie, qui se défend avec l'énergie de la jeunesse, qui ne veut pas se laisser mutiler sans résistance et qui parle. Comment résister à l'appel pathétique que l'enâtnt adresse au meurtrier t On a moins conscience du mal que l'on fait, quand on n'entend pas les cris de la victime. Si celle-ci peut crier et que le son de sa voix vous soit connu et cher, vous n'avez pas la force de la frapper. C'est ce qui arrive ici. Arthur n'est pas bâillonné ; il parle, et il est sauvé. Quoi qu'il dise d'ailleurs, il doit être touchant, car il est menacé d'un supplice dont la seule pensée fait frémir.

L'appareil de la scène, les fers rougis au feu qu'apportent les valets de bourreau, les figures sinistres de

DAAMBft HimNIMOUES. 158

ceux-^i et les «ngoisses de Tenfant communiquent au spectateur ou an lecteur une partie de rémotion que ressent Hubert luinfuéme. € 0 ciell s'écrie Arthur, en s'adressant à son geM^, que n'àvex-^ous dans vos yeut un atome, un grain de pousMère, un chcTeu égaré, car il su£Bt d'un rien pour endolorir cet organe précieux I Alors j sentant combien il faut peu de chose pour causer, en cet endroit, une cuisante douleur, Totre cruel dessein vous paraîtrait horrible * I » Hubert est vaincu, et qui ne le serait à sa place? L'art du poète est^l'avoir peint ici la réalité, et de s'être si bien identifié arec chacun de ses personnages qu'on croit les entendre. Il prend tour à tour l'accent effrayé &k enfantin d'Arthur, et le ton brusque, mais mal assuré du geôlier. C'est l'imitation de la nature, non pas sans doute telle que Ta vue Shakspeare, mais telle que la conçoit, en se représentant un fait historique, une imagination émue.

Il avait pu, du reste, mettre dans le Roi Jean quelque chose de ses sentiments personnels; car il avait perdu un fils en 4 {^6, et le rôle d'Arthur n'est peut-être qu'un souvaoir de la douleur que lui avait causée cette mort.

lY

n y a, dans^les drames historiques de Shakspeare, un personnage multiple qui parait de loin en loin, qui n'est pas prodigué sur la scène, mais qui , présent ou absent, influe puissamment sur les événements et en demeure, même quand il reste invisible, un des principaux acteurs,

1« KingJokn, aet. iv te* !•

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c'est le peufle qu'on a qudquafiwê rei^0Ué de ne pta ÉrouTer dans not inffèàieê^ finuiçaÎBea, naÎB qui ne poo* vait certaînenMBt pas y Sguier, p«iiqu6 notre hi^oiie flftèma ne nous en pnriaît pas avant le dix-nenvîte» aîècle. ComnMnA un poète tri^lique lui eùt-U donné une ^bee sur k théâtre, quand noa ehroniqnenrs nelui en oecordaieDt aucune danaleura rteitaf Bu AnipletemSt Teaprit de rhiatoîre était tout différait et le poète n w^it aouvNit, pour reoompoaer la ptayaiononMe. populaire» qn*i transerire dea pasaagea de Hall et de floUashed qui. malgré leur aéehoresse, n'oubliaient paa d'exprimer les aentimaitA de la multitude.

Ponr que le portrait du peuple «oit viyant» il ne £iiii pas le présenter en bloe» comme un seul bomme» ainsi que Ta essayé Voitavre. Carii|>efd alors tout eaiaetève distinetif et il devient un^re abstrait dont la fie^ure reste voilée de nuages. Bien n'est plus iaux ni plus ridicule que de représ«ter une foute de personnes qui font toutes en même temps la même phrase. Ge n'ert plus une foule, puisqu'€Ue n'a pas de variété, et oe n'est pas non plus un personnage, puisqu'il n'a pas de caractère. Le vrai peuple ne parle ni n'agit avec unanimité. Les hommes qui le composent suivent chacun la pente de leur esprit et s'abandonnent à des inspirations aussi diverses que le sont leurs natures.

Shakspeare observe à merveille cette loi de la diversité» quand il fait iioAerveair le peuple dans ses drames^ U le peint au naturd, avec sa libre allure, avee ses émotimis souv^itgrossières, avec ses c^>riees et ses emportementa et aurtout avec la variété d'opinions qui fomie ce qu'oa appelle le jugement populaire. Ce n'est point un portrait idéal qu'il trace et la noblesse y manque souvâit Maia il

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tient pins à être ressemblant qn*à être noble, au rebours de nos grands tragiques, et pour atteindre la yérité dans ses peintures, il ne recule ni devant la Tulgarité ni derant fâ grossièreté des détails. Jlmagine que les motift qui ont empêcbé Comeine et Racine de mettre le peuple en scène, sont d*abord la prédominance exotusire de Faristocratie dans la société française au moment où ils écritaîent, et plus encore la loi de la tragédie qui, suirant Topinion générale, ne comportait que des sentiments et des termes nobles, et la difficulté de ne point s'écarter du style élevé, en étudiant les moeurs des classes inférieures.

Une poétique dont le principe essentiel est de ne ]»» présenter la nature humaine sous toutes ses faces , mais de chercher, parmi les miRe nuances qui la composent, les plus délicates et les plus befles, exclut toute peinture populaire. 0 faut oser tout dire et tenir daraffltage à la Têrité qu'à la beauté, pour descendre dans les familiarités de la vie du peuple. Cest là précisément le point de vue de Shakspeare. Il ne s'interdit aucune imitation de la nature, il embrasse celle-ci dans son ensemble, et s'il est souvent avec elle généreux, touchant et môme sublime, il s*abaisse aussi, comme elle, et il tombe, en la suivant de près, dans toutes les trivialités et toutes les petitesses auxquelles elle s'abandonne. Aussi n'emploie-t>il aucun artifice pour déguiser le langage des acteurs populaires qu'il nous montre. On dirait qu'il vient de les entendre et qu'il n*est que le rapporteur de leurs propres paroles.

Ce qui nous intéresse, dans de telles conceptions, c'est la conformité exacte de Fimîtation avec la réalité; c'est aussi, !1 âtut le dire, rinstruction que nous en tirons et

466 aUAKSPSABE.

la lumière qu'elles jettent sur les faits historiques. Taudis que nous cherchons, dans les dialogues des principaux personnages, les causes des événements, nous en voyons les effets dans les entretiens des bourgeois, des artisans sur la place publique, des soldats sous la tente ou dans les mouvements tumultueux de la foule soulevée. Nous suivons ainsi le double courant de Thistoire, celui qui entraîne en haut les classes élevées et celui qui emporte à leur suite, qu'elles le veuillent ou non, les masses po* pulaires. Il n*y a pas, daçs.les drames historiques de Shakspeare, une seule action des rois, des princes pu des ministres, dont le contre-coup ne se fasse sentir jusqu'aux derniers rang^i de la société.

Richard II a-t-il consumé en plaisirs firivoles le temps qu'il devait donner aux affaires de l'État et abandonné le gouvernement à d'indignes favoris qui ont pillé les provinces, aussitôt le bon sens populaire le juge et prévoit les malheurs qui résulteront de sa conduite. C'est un jardinier qui , en sarclant la terre , tire de l'histoire du roi une leçon morale et apprend à son ouvrier à ne pas faire comme le prince. Richard II a laissé pousser autour de lui les mauvaises herbes et celles-ci ont bientôt étouffé les bonnes. Le bon cultivateur s'y prend autrement : il arrache toutes les plantes nuisibles et il donne ainsi Vair et la vie à celles qui servent à la nourriture de l'homme.

Quand Edouard lY meurt, les bourgeois de Londres appréhendent les plus grands malheurs, ils sentent peser sur eux la lourde main du duc de Glocester, qui sera Richard III , et ils se comn^uniquent leurs inquiétudes tout bas quand ils se rencontrent au coin des rues ou sur le pas de leurs boutiques. « Malheur au paya qu'un

enfant gouverne 1 » s'écrie l'un d*eui. C'est là un mot profond qui résume la situation.

Dans Henri YIII^ nous assistons à toutes les fluctuations de l'opinion populaire et nous voyons comment la foule passe, avec une extrême mobilité, de l'abattement à la joie. Lorsque Buckingham est condamné, chacun le plaint et se voile la figure, en annonçant de mauvais jours ; on accueille aussi , avec tristesse, la nouvelle du divorce de la reine Catherine. Mais ces impressions sont fugitives. La pompe du couroimement de la nouvelle reine, Anne de Boleyn, suffit pour distraire les esprits et les faire passer de Tinquiétude à la joie. Les bourgeois oublient toutes leurs appréhensions pour jouir de la beauté du spectacle ; ils att^dent, bouche béante, le passage du cortège royal , ils font entendre, par intervalles, des acclamations bruyantes et ils ne savent ce qu'ils doivent admirer le plus de la magnificence du roi ou de la grâce de sa compagne.

Shakspeare connaît cet être mobile et capricieux qu'on appelle le peuple, et il le peint tel qu'il l'a vu. Mais les impressions populaires ne sont chez lui que le fond du tableau ; il les garde pour le lointain et il ne met sur Iç devant de la scène, en pleine lumière, que les grands personnages qui ont im nom et qui ont joué un rôle historique.

Ceux-ci appartiennent à l'aristocratie ; ils représentent cette noblesse indisciplinée, mais énergique, qui a fondé les institutions de l'Angleterre et qui les conserve. Il y a

parmi eux des grands seigneurs, des prélats et des princes du sang. Leur trait commun, c'est la fierté de la race et ^indépendance du caractère. Ils ne se ressemblent pas néanmoins ; quoique vivant dans le même temps et dans les mêmes conditions sociales, ils pensent et ils agissent en hommes qui tirent de leur propre fonds les mofife de leur conduite. Chacun d'eux fkit ce qtie lui inspirent ses sentiments, ses passions ou son devoir, sans imiter ses voisins et sans se soucier de Fopinion. Us mettent déjà en pratique le selfgovemment qui distingue les Anglats des autres peuples de FEurope. Il n*y a chez eux di esprit de classe, ni convention qui aient assez de puissance pour enchafaier la liberté individuelle. L'individu* est plus important que la caste. On le voit assez par l'histoire. Les longues guerres civiles de TAngleterre ne sont pas des luttes de principes ou de classes, mais le résultat de ^antagonisme des hommes. Les adversaires y combattent, non pour faire prévaloir des idées, mais pour l'emporter les uns sur les autres et pour gouverner chacun à leur tour. C'est une arène où se déploie la force individuelle et où le prix appartient au plus habile, au plus entreprenant, et au plus résolu.

S'il n'y a pas là matière à ces considérations générales par lesquelles la philosophie de l'histoire groupe les faits et éclaire la destinée des peuples, la tragédie du moins y trouve vu aliment que ne lui offriraient pas des scènes plus importantes aux yeux du philosophe. Elle y rencontre de grands caractères , et comme c'est surtout la nature humaine qu'elle étudie, elle peut choisir, parmi les personnages qui ont joué un rAle important, les physionomies les plus originales ou les plus tragiques. Shakspeare a ainsi dégagé sans peine de la masse

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eov/bae des 4vteemaiU quelijaes types de grands leigneiffs dont il a £adt des aeteors importants de ses drames. 11 serait peu intéressant de les citer tons. H suffit d'en cemialtre quelques-uns peur admirer la nnriété des pmrtraits que trace le poète. A chacun il attribue des qualités dtffàrœies, sans s'écarter ni de U ▼érité historique^ là oit die est certaine, ni de la vrai* semblance» là où die manque.

n représente, dans Biehardllf le chevalier sans peur et sans r^Nrocfae du moyen âge, rhooune de guerre pour qui l'honneur est tout et dont le m&le langage ne respire que des sentiments héroïques. C'est Thomas Mowbiay,

due de Norfolk.

Accusé injustement de haute trahison par Boling^ broke, ce fier gentilhomme en appdle au jugement de DieUySuirantrpsagedutempsYetdéfendsonînnocenceles armes à la main. Les instances du roi qui craint de voir couler un noble sang ne peuvent le détourner de combattre, il refuse de tendre la main à son accusateur et il ne peut consentir à une réconciliation, tant que son injure n'est pas lavée. Au moment d'oitrer en lice, il n'éprouve qu'une allégresse mtrépide et il s'agenouille avec calme devant son souverain , «a disant : « Aujourd'hui va vivre ou mourir, fidèle au trône de Richard , un loyal gentilhomme. Je vais au combat aussi content que si j'allais à une fête. » C'est là un caractère simple, sans nuances et qui n'a que des qualités chevaleresques.

^akspeare en a conçu de plus complexes et de plus dramatiques. Il met ea sc^ie, par exemple, deux ducs de Buckingham , tous deux vivant à des époques diffé* rentes, et, quoique fort dissemblables, dignes d'un égal intérêt.

160 SBAKSPEARe.

Le premier est le complice de Richard m ; il aide ce rusé politique à s'emparer du trône, et il professe, comme lui, la maxime de Tindifférence des moyens. Dépourvu de tout préjugé, même de tout scrupule, il ne partage aucune des superstitions de son temps, il méprise là malédiction qui fait trembler ses amis, il ne croit à aucune intervention surnaturelle dans les affaires de ce monde et il n'a confiance qu'en lui-même , en son énergie et surtout en son habileté. C'est le type du courtisan adroit qui veut faire sa fortune, à travers tous les obstacles, et qui, poursuivant son but avec persévérance, ne s'inquiète pas du mal qu'il commet en chemin. Il est partisan déclaré du succès et toujours disposé à épouser la cause de celui dont il espère une récompense. Du vivant d'Edouard IV, il lui a promis fidélité, ainsi qu'à ses enfants ; mais, après la mort du roi, il se tourne vers le soleil levant et il devient le séide de Gloster dont il pré* voit la future grandeur. Il sert les projets de l'usurpateuravec un zèle intéressé et avec l' arrière-pensée de travailler pour son propre compte. Perfidie et violence , il met tout au service du nouveau maître qu'il s'est donné. Il se charge d'ehtraîûer les enfants d'Edouard à la Tour où ils. seront eafermés. C'est lui qui harangue le peuple de Londres, pour obtenir des voix en faveur de Gloster, qui fait crier dans les rues : Vive le roi Richard III 1 par des partisans affidés, qui trompe le lord-maire et qui joue, avec le régent, la comédie hypocrite dans laquelle celui-ci refuse la couronne qu'on lui offre, pour des motifs de piété. Il fait semblant de croire à la dévotion et aux scrupules de Richard, il le supplie, au uom du peuple, d'accepter le pouvoir, il presse les magistrats municipaux d'insister, et, quand il a réussi à le décider,

il feint d'ayoïr remporté une victoire difficile qui doit combler de joie la nation.

Mais la destinée même de Buckingham est un exemple de la vanité de l'ambition et du peu de fond qu*il faut faire sur Thabileté humaine. Ce comédien consommé^ qui sait au besoin affecter la gaieté ou la tristesse, qui a, quand il le veut et quelles que soient ses secrètes préoccupations , le sourire sur les lèvres ou des larmes dans les yeux, qui trompe tout le monde et qui espère élever sa fortune sur la ruine de celle des autres, trouve néanmoins son maître en politique et se laisse' tromper à son tour par un plus habile que lui. En s'associant à un scélérat, il s'est engagé tristement à le suivre jusqu'au bout, et le jour où il recule, il est sacrifié. Il n*a plus le droit d'avoir ni hésitation, ni scrupule, ni sentiments personnels. Gloster, qui s'est servi de lui, comme d'un instrument docile, ne lui conserve sa faveur qu'à condition de le trouver toujours prêt à tout entreprendre pour son service. Après lui avoir demandé la couronne des en&nts d'Edouard, il lui demande leur vie, comme la conséquence du pacte secret qui a été conclu entre eux. Buckingham, moins endurci que son complice, hésite à répondre , et cette incertitude est son arrêt de mort. Il est pris, condamné à mort et livré au bourreau, sans que le tyran qu'il a fait monter sur le trône daigne le voir et l'entendre, n se repent alors et il comprend de quelles chimères il s'est nourri, à quels vains projets il a consacré une vie qui aurait pu être noblement employée et utile à son pays. Il avoue en même temps qu'il est coupable, puisqu'il s'est parjuré, et qu'il a mérité son sort. € Le crime, ditril, est puni par le crime et l'injustice par l'injustice. »

462 «HAKSrBAIIIt.

C'est ainsi que le poète , fidèle à l'esprit des Moralités d*où le théâtre anglais est sorti , tire en général une leçon morale des événements et de la conduite de ses principaux personnages.

n a mis en scëne, dans Hewri VIII, un autre Buckin-gfaam , non moins malheureux que le premier, quoique vertueux. Celui-ci est un exemple de ce que peut souffrir rinnocence persécutée. Son seul crime est de conserrer la dignité de son nom et de sa race» de ne pas touloir s'humilier devant le cardinal Wolsey, favori du roi, et de juger les actions du ministre avec la liberté d*un honnête homme, tandis que tous les courtisans les ad-* mirent avec servilité. Il compte sur fe<m rang, sur ses services et sur son dévouement à la royauté, pour être à l'abri de toute violence. Hais son ennemi est plus fort que lui. On Taccuse d'avoir comploté la mort du soure» rain, on invoque contre lui le témoignage de son intendant qui a été gagné , on ne lui permet pas de se défendre, il est arrêté, conduit à la Tour, avant d'avoir été entendu , et cette accusation banale , mais qui réussit presque toujours sous le règne des princets absolus, parce qu'ils ne pardonnent pas à ceux qui ont une fois menat^ leur vie ou leur pouvoir, le fait condamner à mort. Il n'a point à se repentir, comme le complice de Richard III, et le poète nous donne, par sa bouche, une leçon différente. Il nous apprend comment un honune de bien, injustement frappé, doit mourir, quelle dignité il peut encore porter sur l'échafaud, et quels sentim^its conviennent à une âme chrétienne, dans cette supréias épreuve. Il fout citer le discours que Buckingham adresse au peuple, avant de mourir, comme un modèle de rési«* gnation courageuse et de piété véritable.

DRAMKS BISTOBIOUES. 463

o VoBS toas, bonnes gens, qui êtes venus si loin pour votts apitoyer sur moi , écoutez ee que j*ai à tous dire ; aporès quoi, rentrez chez vous et oubliez-moi. Tai été aujourd'hui condamné comme trattre , et c'est à ce titré qoe je dois mourir. Cependant j'en prends le ciel à témoin, que ma conscience me tue en même temps que la hache me frappera, si je ne suis pas un sujet fidèle! Je n'en veux nullement à mes juges de ma mort ; en l'état de la cause, ils ont bien jugé. Mais quant à ceux qui ont Toulu me faire mourir, je pourrais leur souhaiter d'être plus chrétiens ; qu'ils soient ce qu'ils voudront, je leur pardonne de tout mon coeur. Cependant qu'ils ne se glorifient pas dans le mal et qu'ils n'élèvent pas l'édifice de leur méchanceté sur la tombe des grands ! car alors mon sang innocent crierait contre eux. Je n'ai jamais espéré que ma vie serait prolongée en ce monde et je ne veux pas le demander, quoique le roi ait plus de miséricorde que jen*ai pu commettre de fautes. 0 vous, en petit nombre, qui m'aimez et qui osez pleurer Buckingham, vous ses nobles amis et ses compagnons, pour qui seuls il lui est amer de mourir, parce qu'il se sépare de vous,* venez avec • moi , comme mes bons anges jusqu'à ma mort; et, quand la hache, qui doit faire entre ribus un long divorce, tombera sur moi, que vos prières composent toutes ensemble une douce offrande et portent mon âme vers le ciel * ! >

Sbakspeare aime les sages, mais il aime encore mieux les héros. Aussi le portrait le plus brillant qu'il ait tracé dans sa longue gaTerie de grands seigneurs est-il celui du vaillant Hôtspur, fils du comte de Northumberland»

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