‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 39 sur 112 · Firtt part oj Henri IV, act. IT, se · texte numérisé non relu

Firtt part oj Henri IV, act. IT, se

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tieux, difficilement contenus par Fautorité royale et toujours en lutte avec elle, Shakspeare n*a pas oublié de placer une autre aristocratie qui a aussi sa part des affaires publiques et qui les dirige au nom d'un principe supérieur à la politique mondaine : ce sont les dignitaires et les prélats de TÉglise. Ceux-ci mènent le monde plus par l'adresse que par la force» ils gouvernent par l'influence des idées et souvent ils occupent le premier rang dans le conseil des princes. Il y a parmf eux des prêtfes vertueux qui ne font servir leur autorite qu'à la défense de la justice et du droit. H y en a d'autres, au contraire, qui se couvrent de leur caractère religieux pour arriver au pouvoir, et qui, une fois qu'ils en sont maîtres, s'y maintiennent, sans aucun souci de la morale chrétienne, par des moyens purement humains. Shakspeare, dont l'esprit étendu saisit toutes les variétés de chaque condition sociale, distingue dans le clergé les saints et les politiques. Il voit ici des hommes qui aiment Dieu, qui pratiquent sa loi et qui la défendent, même au péril de leur vie ; là, des habiles qui capitulent avec leur conscience, et qui cherchent dans l'interprétation des textes sacrés des excuses pour colorer leurs artifices, ou simplement des ambitieux qui ne se mettent même pas en peine de justifier leur conduite, au point de vue religieux, et qui adoptent sans scrupules les maximes de la raison d'Ëtat.

Toutes ces nuances de l'esprit ecclésiastique, Shakspeare les a trouvées dans l'histoire et les reproduit avec fidélité. Au milieu des fureurs de la guerre civile, quand les passions violentes sont excitées et que les vainqueurs foulent aux pieds les droits des vaincus, c'est un prêtre qu'il charge de défendre les idées de justice et les vieilles

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traditions. Bolingbfoke s'estréToltécoi^tw wa «ouverain légitime, Richard n, etle fiwce à abdiquer. Tou» les grands appJaudissent à son usarpatton et prononcent la dédiéance du roi. Senl, lévôque de Carlisle parle en sa feveur. « Quel sujet, s'écrie44l, peut prononcer un verdict contre son roi t Et, parmi etma. qui siègent ici, quel est celui qui n'est pas le si^jet de Eiehardî » Protestar tion imitile, mais générwMe «t vraimait digne d'ua

prélat'.

Dans le Roi Jean, figtireà un titre tout différent, comme politique, plutôt que comme bmame d'Église, un légat du pape, envoyé de Home pour rompre le traité <pi'ont condu les roU de France et de l'Angleterre. Celuirci est souple et insiimast, délié comme m Italie» et féwmd en expédients, comme doit l'être l'ambassadeur d'un gouvonemeirt dont l'habileté est célèbre. H a des a^uments pour tontes kseauses, H meta l'aise la conscience de ceux qui l'écoutent, et tt trouve d'ingénieuses raisons pour présenter sous des couleurs fevcwables des actes que des esprits plus timorés appelleraient criminels. Écoutoos-le conseffler à Philippe-Auguste de yiàiet la prooMSse que oànirfi vi«it de &ire, par serment, au roi Jean que l'Ég^ excommunie. « Vous avea, dit-U, juré * l'Église de la défendre. Ce fut votre premier serment; qu'tt soit le premier exécuté l Ce que vous avez juré depuis, vous l'avw juré contre vousméme et vous pouvez vous dispenser de l'accomplir. Car, si vous avez juré de faire mal, il n'y a point de mal à s'en abstenir. Quand on s'est écarté des règles, il Éuit y raitrer par un second écart; et la seconde erreur, <pii

redresse la première, est une erreur légitime. Le mensonge devient alors le remède du mensonge, comme le S^feu calme la douleur qu^a causée le feu, après une brullûre récente *. » On voit que Shakspeare connaît les secrets de la casuistique et les ressources d'interprétation qu'elle offre à ceux qui veulent ménager Dieu et le monde.

Le plus grand caractère historique que le poète ait emprunté à l'Église est celui du cardinal Wolsey, premier ministre de Henri VIII. Il ne s'agît plus ici d'un rôle rempli par occasion ni d*întrîgues ourdies pour obtenir un résultat passager. Wolsey tient le pouvoir, il gouverne l'Angleterre, il a des vues politiques, et s'il cherche à maintenir ou à agrandir son autorité personnelle, du moins l'élévation de son rang donne-t-elle de l'intérêt à toutes ses actions. Tout ce qu'il fait importe à l'histoire, parce que c'est de lui que dépendent, à un moment donné, les destinées de l'Angleterre. Il poursuit, dans la tragédie de Shakspeare, le but que Richelieu atteignit plus tard en France, rabaissement de la noblesse devant les ministres du roi et par suite devant la royauté elle-même. Il emploie pour cela deux moyens* n invite lés grands seigneurs à des fêtes splendides où ils rivalisent entre eux de magnificence et où ils se ruinent par vanité ; puis il frappe toutes les tètes qui s'élèvent au-dessus des autres et qui ne se courbent pas sous sa main. C'est ainsi qu'il provoque entre Henri VHI et François I*' l'entrevue du camp du Drap' d'or, dans laquelle plusieurs gentilshommes emportent sur leurs habits et sur les harnais de leurs chevaux le prix de

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toutes leurs terresi et qu*il fait condamner à mort le duc de Buckingham, dont le seul crime est d*avoir mal parlé du ministre. La reine elle-même, la vertueuse Catherine d'Aragon , est sacrifiée à Tambition de Wolsey et tombe pour avoir pris le parti de ses ennemis.

Le succès de cette politique et surtout l'ascendant qu'exerce un conseiller sur un roi aussi absolu que Henri VIII ne s'expliquent que par une grande habileté et par une grande vigueur d'intelligence. Shakspeare met en relief ces qualités du cardinal, mais il ne les admire pas plus que de raison, et il montre aussi quels sont les petits côtés de l'ambition et par quelles misères se trahit toujours l'infirmité humaine. Ce ministre de Dieu a besoin, pour conserver son pouvoir, de faire périr un innocent et de trahir une femme. Cet homme si habile, qui surveille toutes ses actions, n'est pas assez maître de lui pour contenir le dépit que lui cause l'avènement d'une favorite, il écrit au pape à ce sujet et sa lettre s'égare; il a l'imprudence de dresser, par vanité, un état des immenses richesses qu'il a acquises et il laisse ce document compromettant se glisser dans une liasse de papiers qu'il présente au roi. Ainsi, malgré toute sa finesse, il se perd par sa propre faute et il fournit contre lui des armes plus terribles que celles que pourraient employer ses ennemis Quel échec pour la science du diplomate et quelle leçon pour ceux qui ne doutent pas de leur habileté! Un hasard, un accident imprévu, une minute d'oubli dérangent les calculs les mieux combinés.

Wolsey n'est cependant pas un homme vulgaire. Ses défauts mêmes ont de la grandeur. Sa puissante intelligence résiste aux coups du sort et il tombe du pouvoir avec une dignité qui n'appartient qu'au génie. Un par-

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venu faiblit, à l'heure de la chute, parce qu*il ne trouve dans ses propres sentiments aucune force intérieure qui le soutienne. Le cardinal, qui n'a jamais été au-dessous de sa fortune, supporte soq malheur avec le courage d'une âme qui se sent supérieure aux événements. Il tient tête aux nobles qui tout à l'heure s'humiliaient devant lui et qui maintenant l'accablent de leurs injures ; il leur répond avec une fierté calme qu'aucune insulte ne peut troubler. Il se voit, sans pâlir , dépouillé de ses hon-» neurs et de ses biens, il entend l'arrêt qui le condamne à quitter la cour et il regarde intrépidement l'abîme qui s'ouvre sous ses pas. S'il laisse voir une trace d'émotion, ce n'est point quand il apprend sa disgrâce» c'est quand il reçoit d'un de ses serviteurs un témoignage touchant de son dévouement.

Shakspeare a rendu cette situation en peintre consommé du cœur humain. Il écarte tous les voiles dont il é enveloppé jusque-là le caractère de Wolsey ; à l'heure où il n'est plus question ni de vanité, ni de manèges, ni de rêves d'ambition, il ouvre le cœur de l'homme et il le montre à nu, tel que l'ont laissé les événements. Il y a, dans les replis de l'âme la plus corrompue par la fortune, une partie que n'entame point l'influence extérieure des choses et où se réfugient les délicatesses de la sensibilité ; c'est celle-là que le poète nous fait entrevoir. Le cardinal, qui s'était armé d'une fierté impénétrable contre les sarcasmes de ses ennemis , s'attendrit peu à peu quand il reste seul avec son ancien serviteur, et qu'il entend les protestations de fidélité de celui-ci. Alors l'homme véritable, dont les sentiments intimes ont été jusqu'ici refoulés par l'ambition, par l'habitude des cal* culs politiques et par la dissimulation, qui est la seconde

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nature da courtisan, reparaît enfin et rejette loin de lui le masque qui a caché sesfraits. Ce n'est plus le ministre puissant que nous avons sous les yeux ; c'est le prêtre, humilié par l'expérience de la Tie, et forcé, par le mi^ heur, à faire un retour salutaire sur lui-même. Lui, dont les yeux sont restés si longtemps secs et le cœur fermé aux impressions douces, il se prend à pleurer en voyant qu'il est encore aimé, et que, parmi tous ceux qui le ser* vaient, il y en a un du moins qui lui reste fidèle. Sous Fempire de cette émotion soudaine, son langage autre* fois si altier retrouve les accents affectueux et élevés qui conviennent au ministre de l'Église.

€ Essuyons nos yeux, dit-il, et en ce moment suprême, étends-moi, Oomwell. Lorsque je serai oublié, comme je dois Fétre, lorsque je dormirai sous le marbre froid et insensible, où il ne sera plus désormais question de moi, dis ce que je t'ai appris; dis que Wolsey, qui avait jadis marché dans les saitiers de la gloire et sondé toutes les profondeurs, tous les écueils du pouvoir, a tiré pour toi, de son naufrage même, un moyen de t'élever, un moyen suret certain, quoique ton maître l'ait négligé. Remarque seulement ma chute et ce qui l'a causée. Cromwell, je t'en conjure, rejette loin de toi l'ambition. C'est par ce péché que sont tombés les anges. Comment l'homme^ l'image de son Créateur, pourrait-il espérer de réussir par elle? Ne t'aime toi-même qu'après tous les antres! Chéris les cœurs qui te haïssent 1 La corruption n'obti^it pas plus de succès que rh<Minêteté. Sois juste et ne crains rieni Ne travaille que pour ton pays, pour ton Dieu et pour la vérité ! Alors^ si tu tombes, ô Cromwdl, tu tomberas en martyr et tu seras béni « . »

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