King Richard thesecond, act. v, se
GARÂGTÈftSS IBSTOHIQUES. 203
foomit. Peiit-ètre Bourriasait-il déjà auparavant des projets ambitieux, peul-élfe sa p(^[mlarité croissante avaitelle été la eause de sa diâgrâjce. Le roi avait remarqué» non sans jalousiet qa'il était poU et insimiant avec le peiq>le, qu'il saluait les moindres artisams et qu'il ne paissait pas devant une marchande d'huîtres sans s'incliner. Quoi qit'il en soit, il saisit avec empressement Toc* casîoii qui se présente à lui de revendiquer ses droits: prétextant le désir de se faire rendre justice, et appelé par ks mécontents , il débarque sur les côtes de la (grande-Bretagne, où il est reçu par une grande partie de la noblesse et surtout par la puissante famille des Perey, dont le ehef eak le comte de Northumberland. Il sait qu'il ne peut pas. compter sur la bienveillance de Richard II, ete'est à main armée qu'il réclame l'héritage de son père.
Quoique prosctit et dépouillé de ses biens» il reçoit les hommages des grands seigneurs anglais avec la dignité et la confiance d'un souverain futur. 4c Soyez les bienvenus, mikirds, leur dit-il; je n'ai à vous offrir que de stériles remercîments. Mais le moment viendra où, devaiu plus riche, je pourrai dignement récompenser votre aële et vos efforts. » Aussitôt il entre en campagne et il marche contre le roi, auquel il ne veut pas laisser le temps de rassembler ses forces^ Il ne rencontre aucune résistance sérieuse ; il commence par demander à être remis en possession de ses domaines; puis, tout en protestant de son dévouement, il s'empare de la personne royale; et il obtient, sans paraître exercer de violence, que le faible monarque abdique en sa faveur. C'est une usurpation sans doute; mais, telle que la présente Shakspeare,. c'est une usurpation atténuée par les circons-
tances, provoquée par une injustice et rendue presque nécessaire par l'incapacité de Richard II.
Bolingbroke met très-habilement de son côté Vapparence du droit ; il se présente au nom du principe sacré de rhérédité, il ne réclame que ce qui lui est dû, et, s'il obtient davantage, il veut le recevoir publiquement, comme un don qui lui est fait et non comme une concession qu'il arrache par la force. Au milieu de l'assemblée des seigneurs, on vient lui annoncer que Richard, de sa pleine volonté, l'adopte pour héritier et remet le sceptre entre ses mains. Puis, comme quelques doutes s'élèvent sur la sincérité de cette abdication : « Faites venir Richard, s'écrie-t-il, afin qu'il abdique aux yeux de tous; de cette manière, aucun soupçon ne pourra s'attacher à nos actes. » Le nouveau roi tient à légitimer son pouvoir aux yeux du peuple. Arrivé au trône par des moyens qui ne sont pas toujours honnêtes, il dissimule soigneusement la part qu'il a prise à sa propre élévation, pour ne laisser voir que la nécessité qui l'oblige à régner et la violence qui lui est faite en quelque sorte par les événements. Il ne lui suffit pas d'exercer l'autorité, il faut encore que cette autorité paraisse juste et qu'elle soit sanctionnée par l'opinion. La meilleure manière, du reste, de faire oublier jusqu'à l'apparence de l'usurpation, c'est de remplir si bien les fonctions de roi, que nul ne soit tenté de regretter le prince légitime.
Bolingbroke, à cet égard, joue admirablement son rôle. Dès qu'il a mis le pied sur le sol de l'Angleterre, il agit en roi, et il déploie toutes les qualités qui manquent à Richard II. Aussi résolu que son prédécesseur est timide, il ne perd pas un jour pour entrer en campagne ; il décide tout de suite en sa faveur la question de
la supériorité des forces ; il réforme les abus et il po\irsuit sans pitié tous ceux qui ont profité de la faiblesse du monarque régnant pour piller TÉtat. Il condamne à mort Bushy et Green, les favoris de Richard , dont le peuple demande depuis longtemps la tête ; il ne le fait pas néanmoins avec passion, il conserve vis-à-vis d'eux les formes de la justice et il expose publiquement les raisons qui lui font un devoir de les frapper. 11 ne se venge pas ; il punit et il prend le peuple à témoin de la nécessité de cette punition.
La fermeté est un des traits les plus marqués du caractère de Henri IV. Il n'hésite pas à faire ca qu'il croit utile et il atteint ainsi à coup sûr le but qu'il s'est proposé. Mais, quoique ferme ou plutôt parce qu'il est ferme, il n'est pas cruel. Son énergie le préserve de ces cruautés que commettent souvent, par peur, les princes faibles. Il sait au contraire pardonner à propos , témoigner de l'hidulgence aux coupables qui peuvent se repentir et respecter l'indépiBndance d'un adversaire qu'il sait honnête. Il fait grâce de la vie à son cousin Àumale, qui a voulu le tuer, et il ne punit pas l'évoque de Garlisle d'avoir défendu, dans le conseil des lords, l'inviolabilité de Richard II. « Garlisle, voici ton arrêt, lui dit-il; Choisis quelque pieuse retraite, en outre de celle que tu possèdes, et vas-y passer le reste de tes jours. Pourvu que tu vives en paix, tu mourras sans être inquiété ; car, bien que tu te sois montré mon ennemi , j'ai vu briller en toi de glorieuses étincelles d'honneur^ »
A tout prendre, Henri IV, si on lui pardonne la manière dont il s*est emparé du pouvoir, est un excellent roi, fort habile politique, qui gouverne très-bien son