Second part of tcing it
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Dès que Henri V est moBté sur le ^6110, U donne ea effet la mesure de ses grsoiâes qualités. Heori IV ayait engagé ses frères à le ménager. € Prenez garde» leur avaitil ditt étudiez-le bien et réglez votre conduite sur la comiaissance que vous aurez de son caractère^D est affable et bon quand on lui témoigne de la déférence et du respect; il a des larmes pour le malheur et une 'main toujours prête à s'ouvrir pour répandre des bien<s. Hais, quand on rirrite, il est dur comme le roc et aussi changeant que Vhivear. ^ Aussi n'est-ce pas sans appréhensions que les ducs de Lancastre et de Glarence le ▼oient monter sur le trûne. Mais il les rassure aussitôt qu'il a posé la cour<tfine sur sa tête. <l Mes firères , leur dit-il, c'est ici la cour d'Angleterre et non celle de Turquie. Ce n'est pas un Amurat qui succède à un Amurat; c'est H^ri qui succède à Henri. » Ces paroles sont d'un bon prince.
Un autre trait fait c<«maltre son équité et sa grandeur d'âme. Parmi les personnages qui ont le plus à craindre du nouveau roi, se trouve le grand juge d'Angleterre, que Henri, étant prince de Galles, a outragé en plein conseil , et qui, pour cette action, l'a fait mettre en prison» malgré son rang. Le sévère magistrat n'a pas peur, parce qu'il a l'âme fortement trempée ; mais il est résigné d'avance à la perte de ses fonctions. Henri les lui conserve, ea lui disant noblement : « Vous avez fait votre devoir. Vous m'avez fait mettre en prison. C'est pour cela même que je remets en vos mains incorruptibles le glaive que TOUS portiez. »
Autant il est bon pour ceux qui le méritent, autant il témoigne d'éloignement pour ses anciens compagnons de plaisir. La conduite qu'il tient à leur égard est cello
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d*un roi sage, ééddé à ne pas renouer avec le passé. Il les connaît trcq) Wen pour espérer d'eux d'utiles services; au fond, il les méprise, il ne veut plus les voir et il les bannît de Londres, tlais, en souvenir de leur ancienne liaison, il paye leurs dettes et leur donne de l'argent. C'est tout ce que le roi d'Angleterre peut faire pour enx.
Quand s'ouvre la pièce de Henri F, la réputation du prince est d^ établie. Les grands et le peuple rendent justioeà son caractère et à ses lumières, et les inquiétudes qu'avait inspirées la vie dissipée de sa jeunesse font place à une confiance absolue. D s'occupe de tous les jgrands intér^s du royaume et, sur toutes les questions, il aune o^Hnion personnelle. «Comme le roi est changé ! dit i'arcfaevéque de Cantorbéry ; écoutez-le parler théologie , on Tack&ire; éco«ites-le discuter les affaires publiques, vous diriez qu'il en a £siit l'étude de toute sa vie. S'il parle ^erre, vous croyez entendre une musique savante vous reproduire les sons d'une bataille. »
Mais c'est surtout la guerre qui a rendu Henri V populaire, et c'est à ht peinture de ses exploits que Shakspeare consacre la pièce qui porte son nom. Il n'y avait pas de sujet plus national, plus capable d'exciter l'enibottsiasnoe du peuple anglais que l'histoire de la lutte engagée par l'Angleterre contre la France au commencement du xv<» siècle. Les résultats ^i avaient été glorieux pour les armes britanniques; le nom d'Azineourt rappelait une éclatante victoire ; des ballades, chantées parles ouvriers et les paysans les jours de fête , en perpétuaient le souvenir au sein des classes laborieuses de la nation. Shakspeare met en œuvre tous ces éléments avec un patriotisme sutlent; il s'enflamme luHnèiae en parlant
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des combats qu'ont livrés ses ancêtres, et il fait retentir dans son drame comme un éclio du lyrisme avec lequel les poètes grecs ont chanté la patrie. Il fait précéder chaque acte d'un chœur belliqueux qui annonce, comme une fanfare guerrière, Varrivée des personnages. Ce chœur peint à l'imagination des scènes que le drame ne peut reproduire et que le poète regrette de ne pas pouvoir montrer aux yeux, à cause de l'insuffisance des moyens scéniques dont il dispose. Il chante le roi Henri quittant l'Angleterre avec la fierté du dieu Mars , et traînant à sa suite, comme des chiens en laisse, la famine, la guerre et l'incendie ; les milliers de soldats qui sortent tout armés du sol de la Grande-Bretagne et les chevaux qui frappent la terre du pied ; la flotte qui déploie ses pavillons de soie aux raycms du soleil matinal ; les voilés gonflées par les vents invisibles qui entraînent les lourds bâtiments à travers la mer, dont les vagues se brisent sur leur large poitrail. Puis à ce tableau mouvant il ajoute l'aspect des deux armées , campées l'une en face de l'autre la veille de la bataille. On voit briller les feux des bivouacs qui éclairent les visages des sentinelles; on entend l'armurier river, à coups de marteau, les derniers clous de l'armure des chevaliers. Les coqs chantent, les cloches sonnent et annoncent trois heures du matin.
Enveloppé dans son manteau, le roi Henri visite son armée et adresse à tous le salut du matin avec un sourire modeste. Sur ses traits augustes rien n'indique qu'il ait passé une nuit pénible et sans sommeil. Maître de lui en toute occasion, il l'est assez dans cette circonstance pour enlever même de son visage la trace de la fatigue que devraient y imprimer les soucis. Le chœur ce-
lèbre aussi les joies qui suivent la victoire et le retour du triomphateur dans sa patrie. Des hommes, des femmes, des enfants bordent le rivage de la Grande-Bretagne; leurs acclamations dominent le bruit de l'Océan, dont la grande voix précède la marche du roi et annonce son arrivée. Londres verse à sa rencontre les flots de ses citoyens. Le maire et les aldermen , dans leur costume le plus riche , pareils aux sénateurs de Rome et suivis de la foule des plébéiens , vont aunlevant de César pour le ramener en triomphe.
La figure imposante du roi domine toute la pièce; c'est lui qui est l'âme de cette grande entreprise et qui personnifie la nation. Sa volonté a résolu l'expédition contre la France et c'^est son énergie qui l'exécute; il a sans doute d'admirables instruments , mais ces instruments ne peuvent être maniés que par une main aussi puissante que la sienne. Comme prince et comme homme, il réunit les qualités les plus diverses de la nature humaine, la prudence, le discernement, la réflexion qui fait choisir le meilleur parti, et l'audace qui agit dès que la décision est prise. Joignez à cela une sensibilité virile, qui ne se prodigue pas, mais qui perce quand il y a une cause réelle d'émotion, une gaieté intrépide, l'amour de la simplicité , une vive sympathie pour le soldat et en général pour les petits et les humbles, l'habitude de philosopher intérieurement sur tous les événements de la vie et de tirer de chaque expérience une leçon morale, et vous aurez Henri V tout entier. Il y a en lui du héros, du sage et du bourgeois. C'est l'opposé de Fesprit du moyen âge , tout de flamme et de feu , qui cède à des mouvements soudains, que la passion domine, qui n'écoute guère la raison , qui ne s'analyse jamais lui-
même, qui fuit le vulgaire et ses goûts, et qui ne se
nourrit que d'aspirations idéales.
Henri V est Thorilmé des temps modernes, tel que Shakspeare le conçoit et Taime. Peut-être même s'est-îl mis plus d*une fois en scène sous son nom , et Va-t-il chargé d'exprimer les idées générales auxquelles il tient le plus. Toujours agir et bien faire ce qu'on fait, telle est la loi de Factivité humaine, la tendance la plus marquée delà race anglo-saxonne et la règle de conduite du poëte. Aussi est-ce la vertu principale de celui de ses personnages historiques qui lui ressemble le plus. De même qu'à la taverne d'East-Cheap et dans les joyeuses réunions de jeunes gens , le prince de Galles était le plus gai, le plus inventif et le plus entreprenant des mauvais sujets ; de môme, dès qu'il est roi, il devient le meilleur des princes et le plus hardi des généraux. Il conduit son armée en France avec une rapidité incroyable; il ne laisse pas à l'ennemi le temps de se reconnaître, il frappe sur-le-champ de grands coups , et la vigueur de son attaque répond à la grandeur de ses desseins. Il découvre la trahison de trois de ses gentilshomnàes quiTont vendu au roi de France, et, quoiqu'il regrette de perdre en eux d'anciens amis, il leur fait trancher la tête, non par vengeance , mais par esprit de justice. Il débarque devant Harfleur et il fait sommer les habitants de se rendre ou de se résoudre à toutes les conséquences d'un assaut, au pillage et au sac de la ville. Cette sommation catégorique lui ouvre les portes de la France, et il pénètre ainsi , sans obstacles , jusqu'à Âzlncourt où îl doit rencontrer Tarmée française. La maladie a tué une partie de «es soldats et affaibli le reste. Néanmoins, îl est résolu à combattre. « Va dire à ton maître, répond-il au héraut
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Monijoie qin hii prépose de se raotdre de la pari dn roi de France, Ta dire à ton maitre que je suis ici : ce corps frêle et ehéiif» Toilà ma ranç(m« Je n'ai pour armée que des soldats madades et débiles ; cependant dis^lui quei Dieu aidant^ nous nous ouvrirons un passage. » Autour de lui , il ent^id exprimer des doutes sur le résultat de la bataille. Les Français sont dnq contre un et leurs troupes sont fraiclies. L'armée anglaise est peu nombreuse et épuisée» — « Ohl que n'avons-noos ici maintenant six mille seulement de ces hommes qui » ea Angleterre, ne traTsdUafit pas aujourd'hui? dit un cousin du roi. — Qui exprime un pareil yoea? répcmd fièr^aaent Henri Y. Non , mon beau cousin; si nû«is sommes destinés à mourir, no^e patrie peandra assez en nous perdant; si nous devons survivre à cette journée, moins nous serons, plus grande sera notre gloire. Au nom du ciel, je vous œ supplie, ne souhaitez pas un homme de plus\ »
Chez les hommes supérieurs, Tactivité de l'esprit est d'accord avec cette autre activité, en quelque sorte matérielle, que leur impose l'accomplissement de leurs devoirs. Henri Y ne cesse dépasser en philosophe, pendant qu'il agit en roi. La veille de la bataille, il se promène incognito au milieu de ses soldats, il se mêle à leurs conversations, il éco^ate les réflexions que leur inspire rapproche du combat, il leur fait dire la vérité sur son propre compte, et il reconnaît que chacun d'eux le rend responsable de son sort. C'est alors qu'il prononce ce beaii monologue sur les inconvéni^ts de la grandeur : %