Roméo et JulietU, acU il, je
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bord' cdui de M erovtio y et qu'A Tonlait de&ner plo& d'importance «lOMre ra porsoiNiai^ qu'il rq)oésentattt il le laissa Tiwe après la mowi •de Juliette, il ex* prima, avec un grand taleai dranatique, lea horreurs de eoa agonie, ta il wii dans sa bouche un long <llacouars, ainsi -que Vameai faiil autnebîs les neuYellistes italiens. Eh 4845, on donnait encore i JLoBidres, au théâtre de Haymarkei, la pièei^ de Gasrkk de ppéféreace à celle de Shakspeare. A. cette épo^e, Vétdeut deux sœurs américaines qui faisaient Ronéo et Juliette. On comprenait si pea rsMiyre du poète qu'on ccmiait à une
femme ie rôle de Roméo,
Du reste, cette tragédie, si admiirée dans toute l'Europe, a subi plus d'une pro&natiion. Après Garriek, Gœthe, en Toulant la remania, l'a dénaturée» il « transformé en bouffon avantageux le i^trituet Mercutio; réduit à rien le rôle de la Bounioei» et supposé,, par une singulière înventicm, que ]e oemte Paris est amouretOL de JuHeti». La seule «mélioratioB qu'il ait imagtoée aéié de terminer la pièee à k mort de Julkite, et de suppri* mer ainsi le long et inutile discours dd fiteeliaureat^Mais les retouches, môme les meilleures, sont maufysûsas.B Saurt laisser aux productions des grands poëtesleurs dé£euits et leurs beautés. Les uns ne^arvnnt pas moins que tes antres à en marquer le caractère original. Amtéê et Juliette esi ime (BUTre de jeunesse; si Shakspeare l^UTatt écvite plus tard, il en auMdt sans doute élafguélui^môme- les •esnce^a' et les ornements de Aékaiqm, mois il y aurait peutêtre peint, avec moins de feu, les sentiments passîonaés^ Tous ceux qui touchent à sa pièce, sous prétexte de k c<Hrri9^, ne peuvent en ofEaeer une tache, ssuEts ailaibttr les vives couleurs de cette poésie juTénUoet lurManie.
ni
Roméo et Juliette est la tragédie de Vamouar. Ccmtposée à la méiûe épèque que leâ eomédies anoaureases de Strakspeare, elle repréc^eate k o6té tragique de la passion, tandis que Bcemcmip depeme pour rien. Comme il vous plaira et Peines d^cmour periues en représentent le côté eomique. C^est un Vkïsmd ^foe Shak^eaare re^ prendra moins souvent éans la troisième période de sa vie et qu'il reléguera, en général» sur le second jdan de ses pièces. Othello, écrit en MA^ six ans ifrès Roméo et Juliette, est la dernière tragédie dont une bitrigiie dV mour soit le fond. Encore ne petntnelle point les souffrances de V amour heureux qiue les événemeiiti aoc£bblent, mais des scènes plus dottlomfeuses, Taflioor se déchirant de ses propres mains el détruisnt son bonheur par sa folie.
Si nous comparons Timpression que produit sur nous Othello k celle que nous a laissée BoméoetJulietêe^ nous nous apercevrons qn^cAe est -phi» torible et plus douloureuse. Le sort des devx jeunes gens de Y^ne nous arrache des lannes ; nous les piangnons ée mourir si jeu^^ nés et par un concours de circcHis^anees si malheureuses. Mais notre pitié seui» est excitée ; il ne s'y mâle aucun sentiment d'ii>erre«r, auemte indignation ctmtre les per*^ s<mnes. Si nous accusons la natore faumaine de ce qui est arrrfé, mms accusons aussi lu fortune qui eût pu être plus faTorable' ou plus dfémente. Dans Otheth nous ne trouvons ni Tardonr confiante, ni ienthousiasme crédule
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de la jeunesse qui caractérisent Roméo et Juliette. Les passions violentes et mauvaises yjouent le principal rôle ; les malheurs y sont causés par la faute et par la scélératesse des hommes. Aucune des catastrophes n'était prévue; il a suffi d'un caractère passionné et d'une àme criminelle pour tout perdre. Trois caractères nous intéressent sur* tout dans cette tragédie : Othello, lago et Desdémone.
Othello, avant que la jalousie ait troublé sa raison, Othello à Venise, venant d'épouser Desdémone, parait le type de l'officier de fortune brave, dévoué à son devoir, habitué aux fatigues et aimant la guerre qui a été le charme et l'occupation de sa jeunesse. Ne lui de^ mandez pas les qualités de l'homme civilisé, élevé au milieu d'une société élégante et polie ; mais aucun des dons naturels ne lui a été refusé. Quoi de plus noble et de plus simple que sa conduite au commencement de la pièce I quelle franchise mâle, et quelle droiture de sentiments 1 S'il a été aimé de Desdémone, c'est en quelque sorte malgré lui, sans qu'il ait cherché à la séduire ; il a plu à. la jeune fille, parce qu'il était brave, glorieux et sincère. Aimé par elle, uni à elle, il n'emploie aucun subterfuge t indigne de sa gloire, pour déguiser cet amour. lago lui propose de fuir devant le père de Desdémone; mais le Maure, fort de sa conscience, attend avec calme l'arrêt du vieux patricien. Accusé devant le Sénat de Venise d'avoir employé quelque philtre ou quelque charme tout-puissant pour corrompre sa femme, avec quelle éloquence il se défend 1 avec quelle émotion naturelle il sait peindre cet amour involontaire, éclos sous les yeux de Brabantio lui-même, dans la familiarité de la vie intime, sans artifice et sans arrière-pensée 1 « Elle m'a aimé, s'écrie-t-il, pour les périls que j'ai traversés;
TRAOÉOIES. 373
je Tai aimée pour la sympathie qu'elle accordait à mes malheurs. Ce sont là les seuls sortilèges que j'ai employés.» Ces mots sortent du cœur. « H me semble» répond le doge, qu'une pareille histoire subjugu^ait, le cœur de ma fille. y> Ainsi ce rude soldat, placé dans une circonstance difficile, forcé d'exprimer des sentiments qui ne lui sont pas familiers, d'employer un langage nouveau pour lui, n'éprouve ni embarras ni faiblesse. Sa franchise le justifie. Dans cette cause délicate, l'habileté du langage échouerait piBut^étre; layérité sans ornements triomphe.
Comment la jalousie peut-elle s'emparer d'une âme si noble ? C'est là le problème que Shakspeare s'est proposé de résoudre et le nœud de la pièce. N'oublions pas qu'Othello est noir, qu'il a dans les veines du sang africain, et que les passions violentes contenues par sa volonté, par l'habitude qu'il a prise de se dominer lui-même pour conserver la dignité du commandement, peuvent se rallumer dans son sein à la première étincelle. Qu'Othello accomplisse sa destinée sans obstacles, qu^il ne rencontre pas sur sa route l'infernal lago, il sera jusqu'au bout de sa carrière un général intrépide et un homme heureux, il fera quelques expéditions héroïques contre les Turcs, il se couvrira d'une nouvelle gloire et, au retour de ses campagnes, il retrouvera avec joie au foyer conjugal la belle Desdémone. Mais le poète ne le veut pas ainsi. Si tel devait être le dénoûment, où serait en eifet la tragédie?
Au troisième acte, lago commence son œuvre. Il jette dans l'âme confiante d'Othello le germe des premiers soupçons. Son plan est conçu avec tant d'artifice, il s'exprime avec tant de mesure et une si grande apparence de sincérité, que le Maure écoute avidement les paroles qui vont troubler sa vie. Ne nous étonnons pas de l'effet
971 SHACSPEARB.
que produisent les iiisiiiustiaiDS de r«flQ«eigne. Le Maure n'a pas ébatdié les mœan des TiUes; son «xistence loot entière s'est passée dans les camps; il n'a jamais réfléchi sur la possibilité du malkeur qui parait le menftc^» il ne connaît sa femme que depob peu de temps et, à eonp» sftr, il n*a ni asseï de pénétration jii assez de saiig^froid pour la bien observer. Un td homme n'est-41 pas mévitablement livré aux suggestiens d'un scélérat, qui ne . perd aucune oocasioD de l'abuser, et qui fait Taioir â ses yeux la profonde expérience qu'il a acquise des sentiments humaiflfs? Aussi, à la fin du troisième aele» ne reoonnaissons-iKMts plus Ofliello. Ls poison miL Le Maure a changé de ion ; an Ben de parler comme «ufbrefois à Desdémone avec doueeur et affsction, il devient violent et amer. Une £3is entrée dans aon «œur , la pensée ftitffle ne le quitte phis. L*asBM»ur confiant et heaoreox des premiers actes lui laissait toute la liberté de son esprit et ne feisait <pa*aîe«ter un aiguillon nouveau à eon aeti«* TÎténaturene. Mais, dès qu'U se crott trompé, il ne hû est plus possible de s'occuper de ses anciens travaux ; le monde entier disparaît à ses yenx^ il ne vttt plu» qu'une femme coupable, son honneur outragé et son bonheur à jamais détruit. « MaintenanI, s'éerie-4-iI^ adieu pour jamais la tranquilHté de l'âme I Adieu le contentement ! Adieu ks escadrons aux hriUanis panaches et la guerre orgueilleuse qui fait de ramhition une vertu ! Adieu le coursier ternissant» le cri dé fai trompette, le tambour qui excite le coinn^e, la regride ban«» nièreettont l'orgueil, ia pompe et Tappareil des g^nrîeiEX combats I La tâche d*Othello est finie ^»
1 . le miB sers de la traduction que M. Villemaln a donnée de plusieurs passages (TOtheUo,
nu^BiBS. 878
Ne somnefl^BOoa point toueltéft de ee siseiare et prcH fond désespoir? Ne compirexMNMHiaus point qure cet homsne a tMi peardu ei qu'A ne lui reste plus qu'un seo*timent» le désir de k vengieaiMef II ne tue pas Desdé* nkone tout de suite ; mais k pensée du meiHPtre eèseurett déjà sa raison. Pouor ei^Ëquer la foiretir du Maure, pour en {ffépar^ la gradatien ei en anener TesplosM» définitiye, Shakspeare épuise daas le r61e d'Iago toutes les comlHnaîsûtts du ^enmit. Des téœoifnafas accablants se réunissent contre Desdésaone. Les sens mômes d'OtheUo sont dupes du stn^agème de s€m officier. £t cependant quels; combats, se Uvr^^; eecore dans Vàme du Maure Tamour et la jalousie l 11 ne eède pas sans résistance à la violence de sa colère ; Le ressentiment ne parle point seul dans som eœur ; k ses^ transports jaloux se mêlent une tristesse et une am^urtume profondes qui* révèlent toute rétendue de ses souffrances. « S*il avait plu au ciel, s*écrie-t-il , de m' éprouver par le malheiu*, s'il avait fait pleuvoir sur ma tète toutes les bumiliations, s'il m'avait plongé dans la pauvreté jusqu'aux, lèvres „ s'il m'avait livré aux fers de la captivité^ moi et mes plus chères espérances, j^ aurais pu trouver daos quelque repli de mon âme une goutte de résignation ; mais, hâas I faire de moi un étemel objet de risée ,. montré au doigt du mépris 1 — Oh 1 oh l — Et cependant je l'aurais supporté, — Mais le trésor où mon cœur avait rassemblé toutes ses affections,» l'asile où je dois vivre, sous peine de ne vivre plus, m'en voir dépossédé! » Des cris et des excla-^ mations entrecoupés trahissent à chaque instant soa émotion.
Il n'y a qu'une seule pensée qui puisse arrêter les soupçons du Maure et qui les suspende m eSet, c'est la
276 SHAKSPEARB.
mémoire des sacrifices que Desdémone a faits pour lui, de tout ce qu'elle a perdu, en le suivant, et des marques de tendresse qu'elle lui a données en abandonnant son père et sa patrie. Mais, par les artifices d'Iago, ces souvenirs mômes tournent contre elle; l'enseigne les rappelle comme une preuve de sa légèreté naturelle et de la dépravation de son cœur. Othello , malgré sa colère et les progrès terribles qu'a faits chez lui la jalousie, n'arrive pas sans hésitation, au dénoûment tragique vers lequel l'entraîne la passion. Lorsqu'il contemple le beau et tranquille visage de sa femme , lorsqu'il entend cette voix douce et aimée , l'amour retient encore son bras ; mais, par un concours fatal de circonstances qu'a enchaînées l'art du poète , les paroles mêmes de la jeune femme, le nom de Cassio prononcé par elle, et les regrets qu'elle éprouve de sa mort, tout contribue à précipiter l'acte cruel du Maure.
Si cette jalousie frénétique a dégradé le caractère d'Othello, eii nous le montrant livré à la passion, dominé par elle et incapable de conserver la direction de sa pensée, les sentiments qu'il éprouve, après la mort de sa femme, le relèvent à nos yeux et lui. inspirent des paroles dignes de ses premières actions. La fin du dernier acte nous le montre tel que nous l'avons connu dans les deux premier, fier et maître de lui-même. La nature parle, il éclate d'abord en sanglots; puis, reprenant ses sens, il comprend toute l'étendue de sa faute et il voit d'un œil ferme ce qui lui reste à faire. Il n'y a ni emphase, ni affectation dans sa douleur ;J1 ne peut plus vivre, en se sentant si coupable et si malheureux. Mais, s'il se condamne lui-même sévèrement, il ne permet pas aux hommes de s'instituer ses juges et d'attenter à sa
TRAGÉOIES. 277
liberté. La politique de Venise n'a rien à démêler arec les actes d'Othello. Il repousse les Vénitiens qui voudraient le saisir ; il conserve encore la dignité du général et il a soin de son honneur.
« Je vous prie , dit-il avec calme à ceux qui l'entourent , quand vous allez raconter daûs vos lettres ces funestes actions y montrez-moi tel que je suis ; ne dé^ guisez, n'altérez rien ; parlez de moi comme d'un homme qui n'a pas aimé sagement , mais qui a trop aimé ; qui ne fut pas aisément jaloux, mais qui, poussé et entraîné perfidement, tomba dans une extrême violence. Dites encore qu'une fois , dans Alep , un méchant Turc frappant un Vénitien-et insultant la République, je pris à la gorge ce chien de circoncis et le frappai comme cela. » Othello se fait justice. La loi morale est satisfaite; celui qui a commis le crime meurt, puni par lui-même.
Dans Zaïre, le caractère d'Othello est imité; mais Voltaire n'a pas osé en retracer Teffrayante vérité, il l'a adoucie et il a rendu ainsi le dénoûment peu vraisemblable. Orosmane, plein de délicatesse et d'élégance, représenté comme un chevalier français qui parle la langue de la galanterie, nous étonne et nous indigne bien plus, quand il tue une femme sur un simple soupçon , que le Maure Othello, le rude et violent homme de guerre. D'ailleurs, Orosmane n'est point poussé au meurtre par un. confident perfide, il n'a point dlago, et c'est lago qui cause le crime d'Othello'
Qu'est-ce donc que cet lago? La scène n'ofiTre pas de
1 « M. Villemaia a admirablement montré combien la conception de Sliakspeare est supérieure à celle de Voltaire. Tableau de la littérature française au diX'huUihne siècle, t. I, 9* leçon.
SfifS
plw odhsax cirteÉbr«t. Il ne se tmàmtè p«8 de pousser au mal les iMumes sur lesqu^ il «xerce de Fmflmnce; mais il semible aé uttiqnenenÉ pour le eoittiiiettre et te provoquer, i] en possède la sckBOiv il «u a fttil mie étude approfondie; il préaédite tous ses mtteatats^ il en ealeule Teffet probable et 11 dÂ^KMe les fils d0 Tiatrigue, comme un diplomate qui ienA ses fièffn* Les vietimesde sa perfidie ae lui inspirent aueulM imupasBkm. Çassio le traite avec amitié et lui ouvre sou cœur; û tait chasser f»er OtiJMillo ce crédule officier» lai ftdt doaiier ua coup de poignard par Roderigo et lui eoupe laihttéoie traltreus^ment la jambe. Roderigo a quitté Verâe pour suivre les coaseils d'Iago et devient FiastruimMt de ses prc^ets; lagole voled*abard, sousdefaax prétextes^ku arracbedes diamants» qu'il &it seaildant d'ofirir à Desdénone, pois rabandooAe lâchement dans sa lutte avec Cassio, et finit par le poignarder pour lui fermer la boache. Desdémone elle-même n'attendrit pas ce monstre; il a voyagé avec elle de \enise en Chypre ; il connaît la bonté » la gooérosité de la jeune femme ; il sait qu'elle est pure et ver» tueuse; rien ne l'arrête ; il la livrera à la colère de son marL Avant la scène du meurtre, elle s'adresse à lui dans les termes les plus touchants, elle le supplie de cala^r le ressentiment d'Othello; il sait qu'elle va mocffir , il a armé le bras du Maure et il ne prononce pas une parole pour la sauver.
Pourquoi lago accumul6-t-il tant de crimes ? Faut-il croire, comme il le dit, qu'il est poussé uniquement par le ressentiment, par le regret de ne pas avoir obtenu la place de lieutenant et par le soupçon que sa femme Emilie a aimé autrefois Othello? Ce sont là de bien pe* tites causes pour de si terribles effets. Si lago avait été
nommé lieutenant à la place de Cassio, il n'aurait pas été moins criminel, car il aime le mal pour le mal. Il n'a pitié de personne, il tue sa femme comme il a tué son ami Rbderigo. C'est le plus malfaisant et le plus dangereux des hommes. Il y a même dans son rôle un luxe de scélératesse et un raffinement de méchanceté qui ne peuvent s'expliquer que par la passion du crime ; il ne se contente pas des attentats ordinaires ; on dirait qu'il vise à la gloire dans ce genre d'exploits. Il ressemble au génie du mal ; il invoque quelquefois lui-même, dans les longs monologues que lui prête Shalspeare, Texemple des inventions diaboliques. Othello, en le revoyant, après avoir acquis la certitude de sa trahison, croit se trouver en face de Lucifer, et regarde si son enseigne n'a pas le pied fourchu. Shakspeare accorde réellement au traître un pouvoir surnaturel ; et '6'est là peut-être un défaut, car cela nuit à la vraisemblance. Si lago n'est qu'un homme, il fait trop de dupes en même temps ; on se demande comment il peut tromper à la fois tant de personnes différentes, Roderigo, Cassîo , Othello, Desdémone et surtout sa femme Érpilie, si clairvoyante et si fine. Pas un de ses projets n'est éventé. [Quoiqu'il emploie quelquefois (les ruses grossières, parmi tant de personnages intéressés à savoir la vérité, qui jouent sur ses conseils leur destinée et leur vie, il n'en est pas un seul qui sache le démasquer. Ses inspirations criminelles sont trop facilement suivies ; il trouve une complicité trop crédule dans ceux qui l'entourent. H dit à Roderigo de se déguiser pour aller en Chypre : Roderigo se déguise et part. Il lui met l'épée à la main pour frapper Cassio : Roderigo frappe comme un séide. Il conseille à Cassio d'implorer la pitié de Desdémone : Cassio obéît
380 SHAKSPEÀRK.
Il engage Othello à étrangler sa femme dans son lit : ainsi fait Othello.
lago tient dans ses mains tous les ressorts de raction. C'est à ses manœuvres que Shakspeare attribue tous les événements que, dans leurs récits, les nouvellistes italiens présentaient comme les effets du hasard. Cela vient du désir constant qu*a le poète d'expliquer les faits par le développement des caractères , et de laisser aussi peu de place que possible aux jeux aveugles de la fortune. D'ailleurs la perversité d'Iago, quoique exceptionnelle, n'est ni impossible, ni même sans exemple. Shakspeare ne l'a introduite dans la fiction qu'après Tavoir trouvée dans l'histoire. H ne prête à l'enseigne aucun crime dont n'ait été capable Richard III, l'assassin de son frère et de ses neveux. C'est même sans doute parce qu'il avait peint le premier caractère qu'il a créé le second. D faut dire aussi qu'il a eu soin de faire naître lago en Italie, à Florence, dans la patrie de Machiavel. Un homme qui a lu le Prince, et qui en met les maximes en pratique, professe nécessairement une indifférence complète sur le choix des moyens. Il ne se pique pas d'être vertueux, mais d'être habile. Il ne connaît pas les scrupules de conscience; il n'a d'autre loi que Fintérêt. Les Italiens du quinzième siècle auraient certainement donné raison à l'enseigne contre Othello. Celui-ci, qui nous inspire jusqu'au bout de la 'sympathie et presque de l'estime, malgré ses fureurs, parce que nous le savons sincère et malheureux, leur aurait paru méprisable à cause de la crédulité avec laquelle il tombe dans tous les pièges qu'on lui tend. Les contemporains de César Borgia auraient préféré à ce barbare, qui n'a que des passions violentes, qui ne sait point distinguer un ennemi d'un ami.
et qui tue l'épouse dont il est aimé pottr servir la vengeance d'un subalterne qui le hait, le politique habile qui dissimule tous ses projets, qui, seul contre plusieurs, gagne la confiance de chacun de ceux qu'il veut perdre, et, sans autres ressources que son esprit, triomphe de la beauté d'une femme et du courage d'un soldat. Dans cette société corrompue, on estimait plus la finesse que l'héroïsme. On aurait donné le prix du combat à lago, comme au plus fin*.
Le caractère de Desdémone est un d^s plus touchants du théâtre de Sbakspeare. Bloins développé que ceux d'Hélène et d'Imogène, il gagne en sensibilité ce qu'il perd en étendue. La femme d'Othello ne déploie, dans la conduite de sa destinée, ni l'adresse ni l'énergie d'une Italienne; elle ne semble point appartenir à la même race qu'Iago ; une fois qu'elle est dominée par un sentiment , elle y cède et s'y absorbe comme le ferait une femme du Nord. L'amour, qui Tend souvent les personnes de son sexe si ingénieuses et si adroites, n'intéresse que son cœur et ne stimule point son esprit. Les limites du devoir conjugal ferment pour elle l'horizon de toutes parts; au delà, elle n'aperçoit que ténèbres. Ausù ne soupçonne-t-elle aucun des dangers qui la menacent et ne fait^Ue rien pour les conjurer. Avec un peu de p^étration, elle verrsât clair dans le jeu d'Iago. Si eelui-ci avait affaire à une Lnogène, il serait démasqué. Hais Desdémone est firappée avant de s'être d^endue. Dans sa parfaite innocenoe, elle fait précisément tout ce qu'il faut pour irriter son mari et tout ce qu'éviterait
f . L'atoor anonyme d'ane noavdle exégèse anglaise de Sbakspeare considère Tago comme le type de la race italienne. Ce n*est ni tout à fait juste ni surtout aussi neuf qu'il le croit. M. Macaulay Tavait dit le jprvmier et avec plui de mefore, dam son fsfoi #«r Mâchitml.
SICIKSPfiâlII.
«ne femme habile; eUe plaideaiiec inMtaice la cause de Cassto, elle ramené ce nem dana (tous ses entretiens , el jttsif oe sac aoa Hi de ivovt cUe Fiiiveqae énocsra.
C'est sa eandevr qui lalue^ C'est aussi^ il fe«t leâir^
la passion à laquelle elle a eédé aireoflémient. £ii wewtu
de la loi nerale qui préside^ dans leittiéâtveide iSiaks*-
peare» an déneleppement es tous^lwa caraetères, la 'femme
â*Othella, malgré son naneeence, porte^ la peine de la
première faute qu'elle a commise. ComiM îEloa»éo ^
Juliette, elle a cééé à la passioib; au mépris du devoir,
élàe a abandonné son père. La je«(Be filte qui ^wÎ^êlM^
tement de la maisen paternelle peur suivre ^rdpeus
qu'elle seule a choia, ne sera point keuvense. La maSé^
éiotion du vieux pakîcien pëse sur elle.: « Prends ^arde
à elfe) a dit Brabantia anMaiare ; o^e <fui a trompé 9(m
phte pent tromper sen maid. s» Le» aaerifteee mêmes
qu'elle a faits, sa t^afdresse et sm eeuvage seront ivvoN.
qués oontre elle ; on la «i!eira perfide, parce qu'^cika a
abné vDi^premsèse fois arree trop d'abandon. Il Im iancK
dra. faire l'apqweniDSsage -At IfexiL; punsv quand d|e sefra
SHT la terre étrangèrev lûn ds teins ceiii qui paiBcaioiit
la protéger, elle entenàra des panole&sévèves, elie épvoi^^
vera une tristesse ntélée* iie frayen», envoyant i» SpgùL
d'Othello se renteumr ; axicune ant^ume ne kn sepa
é^Tgsdie; elle scaiffirim dans sqr anour* et dtes son»
heoDeur. Cette imûme si. délicaAs' et ai senstMe^ qm ae
se permet ni mie plainte m UQ muamore, qni càerehe
sQus cesse à exenser les: torts, de scm man, sen, aoonsée
^Bmàt trabi aa ifioi et traitée en pdbbtt m^ le'demiar
mépiris^fasqu'à ee qu'elle meiuje il&^ttr<de l'A^e, tuée
par riiomme à qui eïle a tout sacrifié.
Cette oendunioA m vouit >aa cU«er<ii|e Sbafa^eave cqkh
damne ïa passion. Il éprouve, au contraire, et il nous inspire une sympathie profonde pour les victimes qu'elle fait. Mais il nous montre où elle conduit presque toujours ceux qui, pour la suivre, brisent les liens sociaux et manquent aux devoirs de 1» fasiille ' .
Bornéo et Juliette et Othello sont les deux seules tragédies du poète qui roulent sur une intrigue d'amour, li'amour n'est pas nécessairement mêlé à toutes nos actions, comme Ta cru trop volontiers la société française qui a formé notre théâtre à son image. Indépendamment de ce sentiment si puissant, il y en a d'autres qui tyrannisent la volonté, qui grandissent ou abaissent les caractères et qui produisent les catastrophes tragiques. Shakspeare, qu'aucune tradition ni aucupe influence extérieure n'obligent à revenir constamment sur les mêmes peintures, étudie la nature humaine dans sa plus grande diversité et la passion sous toutes ses formes. Ses pièces historiques l'ont déjà affranchi des sujets amoureux. Làil'a déjà montré le spectacle de l'ambition,, de l'activité virile , des joies profondes et des douleurs violentes auxquelles l'amour est étranger ;. il a vu les hommes lutter pour des principes ou pour des intérêts^ remplir des devoirs politiques ^ se dévouer aux affections saintes de la famille ou en rompre les liens ; en dehors de la région limitée du sentiment, il a trouvé des héros et des monstres. Après les avoir peints dans l'histoire, il les transporte dans la fiction et il compose Macbeth, te roi Lear^Hamlet et Timon â! Athènes.
î . Voil*, sur Othello, un remarquable article de M. 1\8 due d& Brogllfr quaU. Qvàaoi aiioBéoédins iSAa4vpeai« et éontemp^*
S84 SHAK8PBABK«