‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 71 sur 112 · Roméo et JulHiUf act. iii, se · texte numérisé non relu

Roméo et JulHiUf act. iii, se

enfant, si vous perdez la raison parce qu'elle est heu* reuse ! La mieux mariée n'est pas celle qui vit le plus longtemps, mais c'est celle qui meurt jeune '. »

Les romantiques allemands n'approuvent pas, en général, les raisonnem^ts de frère Laurent ; ils lui opposent l'argumentation de Roméo et ils prennent contre lui le parti de la passion. A leurs yeux là passion est sainte ; elle excuse et justifie tout. Aussi considèrent-ils les deux amants comme les victimes d'une fatalité aveugle. C'est un point de vue très-dififérent de celui de Shakspeare qui a soin de montrer que Roméo et Juliette sont eux-mêmes les ouvriers de leur propre destinée et que leurs infortunes ne sont que la conséquence de leur amour. Ils ont cédé à l'entratnement de la jeunesse ; ils se sont aimés, malgré tous les obstacles qui les sépa* raient, malgré l'inimitié de leurs familles et la volonté de leurs parents ; ils portent la peine de leur folie. Telle est la loi morale qui résulte clairement du drame. On n'a pas compris la pensée fondamentale <Ie la pièce, quand on l'a remaniée en Angleterre et que, pour plaire au public, on a laissé vivre Roméo et Juliette. C'est à la fois détruire le pathétique et dénaturer la conception générale du poète.

Cette tragédie eut certainencient un grand succès, quand elle fut représentée, telle que Shakspeare l'avait composée et écrite, en 1596. On sait que Bùrbadge jouait le rôle de Roméo. Au dix-huitième siècle, Garrick la remit sur la scène, en y introduisant quelques change* ments qui indiquent le peu de respect que témoignent les acteurs anglais pour l'œuvre du mattre. Comme il était chargé du rôle de Roméo, après avoir rempli d'à-

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