‹ ShakespeareChapitre 1 sur 137 · TI PRÉFACE · texte numérisé non relu

TI PRÉFACE

une leçon de science et presque de probité littéraire dans un volume que publiait M. Richard Grant White. Aujourd'hui il faut qu'il tienne tête à de nouveaux adversaires, et le Musée britannique tout entier l'accuse, par la voix de M. Hamilton, d'avoir lui-même imaginé les corrections qu'il attribue à un comédien du dix-septième siècle. M. Collier, de son côté, trouve des partisans; on sait qu'il a passé sa vie à étudier Shakspeare, et on invoque en sa faveur son érudition bien connue; d'ailleurs, il se défend lui-même et il démontre sur plus d'un point l'ignorance ou la mauvaise foi de ceux qui contestent sa découverte.

• Le texte d'Homère n'a pas été plus commenté par les scoliastes que ne l'est aujourd'hui celui de Shakspeare par les écrivains de race saxonne. Il y a là plus qu'une question philologique. La philologie n'est qu'un moyen dont se sert la critique pour mieux saisir la pensée du poète et pour arriver à démêler le sens vrai de son œuvre. On ne se contente plus maintenant d'observations superficielles. A mesure qu'on se persuade davantage que Shakspeare joue dans le monde moderne le même rôle qu'Homère dans le monde grec, et qu'il résume en lui toute la poésie des races septentrionales, on veut le connaître mieux, et, pour ne rien perdre de sa pensée, le lire dans le texte le plus complet et le plus sincère.

Ces études précises, loin de marquer un temps d'arrêt

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dans la critique, ne doivent être que le point de départ de travaux plus rigoureux et plus exacts que ceux qui n'ont d'autre fondement que l'esthétique. La preuve que les esprits philosophiques qui étudient Shakspeare le comprenr nent ainsi, c'est que leur activité ne se ralentit pas, et que tout en profitant de ce que font pour eux les scoUastes, ils vont plus loin et recommencent sur de nouveaux frais l'œuvre de leurs devanciers. En Allemagne, M. Gervinus venait à peine de terminer le quatrième et dernier ^volume de son grand ouvrage sur Shakspeare, que M. Kreyssig commençait sur le même sujet une nouvelle étude en trois volumes qui n'a été finie que cette année (1838-1860). En Amérique, le philosophe Emerson donné une place au poëte dans ses Représentative men ; et en Angleterre, pendant que M. Halliwell continue ses consciencieuses recherches, il paraît à Edimbourg, sans nom d'auteur, une nouvelle exégèse de Shakspeare plus hardie et plus originale qu'aucune de celles que la Grande-Bretagne a produites.

Quelle que soit néanmoins l'audace particulière de certains esprits, l'importance qu'on attache de toutes parts à l'étude du texte de Shakspeare les oblige désormais à compter, pour le comprendre, beaucoup moins sur leur imagination que sur l'étude attentive de ses œuvres. 11 était temps qu'une nouvelle direction fût imprimée à la critique. Elle perdait de vue l'objet dont elle devait s'occuper, et , au lieu d'étudier, le poëte, elle

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