PREFACE
exposait, à propos de son théâtre , des théories individuelles. On écrivait sur Shakspeare des livres où l'auteur l'abandonnait , dès les premières pages , pour résoudre à sa manière quelque problème d'esthétique, ou, si l'on s'attachait à l'interpréter, c'était avec l'intention de faûg^sortir de ses œuvres un système philosophique préconçu. Les Anglais , qui n'ont pas le gôut de la généralisation , et qui , efl prose , aiment les idées nettes autant qu'ils aiment le vague en poésie , ne tombaient dans ces défauts que sous l'influence de l'étranger et par entraînement. Mais en Allemagne, depuis Schlegel, Shakspeare a servi de prétexte aux rêves les plus bizarres. Les Allemands ont fait un Shakspeare à leur image, obscur, énigmatique, et toujours occupé à ramener ses conceptions à des formules abstraites; ils l'ont armé d'avance de la science raffinée de la critique moderne, ils lui attribuent la connaissance préalable de tous les systèmes qu'eux-mêmes ont tirés, après coup , de ses pièces, et ils transforment ainsi son œuvre en une vaste synthèse qui embrasse les aspirations infinies de l'humanité. En interprétant habilement sa pensée, les difierentes écoles de l'Allemagne , spiritualistes, panthéistes, réalistes, retrouvent en lui un de leurs ancêtres, et puisent daps ses drames des arguments en faveur des doctrines les plus opposées'. Shakspeare est tout, tout est