Small latin and no greek
disait Ben Jonson; mais il apprit à apprmdre, et une fois qu'il put diriger lui-même ses études, il s'instruisit par ses lectures, par le commerce des espjrits cultivés et par le spectacle dix monde. Sa meilleure institutrice fut la nécessité. Témoin dans son enfance des besoins de sa famille, ayant vu son père obligé de vendre ses biens pour vivre et n'osant point aller à l'église dans la crainte d'y rencontrer ses créanciers, il comprit de bonne heure qu'il ne devait compter que sur lui-même. Néanmoins, à dix-huit ans, il se maria avec l'imprudence de la jeunesse. Ce fut une charge nouvelle ajoutée à celles qui pesaient déjà sur lui; mais cela l'obligea à chercher les moyens de vivre.
Aima-t-il ou n'aima-t-il point sa femme? Grande question qu'ont longuement débattue les biographes anglais, sans arriver à une solution certaine. Il ne parle jamais d'elle, disent les uns, et il ne la nomme que pour lui laisser un legs dérisoire dans son testament. S'il ne la nomme jamais, disent les autres, il ne parle pas davantage de ses enfants : faudrait-il en conclure qu'il n'aimait pas ceux-ci? Le legs qu'il lui fait n'est pas méprisant; c'est le second de ses lits, qui n'est indiqué là que comme un souvenir affectueux dans une liste d'objets qui lui avaient appartenu personnellement. S'il n'y joint aucune somme d'argent, c'est qu'il n'avait point à s'occuper de cette question, et que la part que devait avoir sa femme dans sa succession était déterminée par la loi. La meilleure preuve qu'il l'aimait, ajoute-t-on, c'est qu'après s'être retiré du théâtre , il retourna à Stratford vivre auprès d'elle.
Quoi qu'il en soit, il la quitta en i 586 ou au plus tard en 4587, à vingt-deux ou à vingt-trois ans. Fut-il forcé
4 shàkspbàrb.
de s'expatrier pour avoir tué un daim dans le parc de sir Lucy et affiché une pièce de vers mordante à la porte de ce digne seigneur, ou bien fut-il conduit à Londres par le besoin? Nouveau sujet d'incertitudes pour ses biographes. Tous les indices font supposer qu'il partit avec la résolution d'entrer au théâtre, et qu'il avait déjà fait choix de sa vocation quand il arriva dans la capitale. Un des plaisirs les plus vifs de sa jeunesse avait dh être d'assister aux représentations dramatiques que donnaient chaque année à Stratford. les troupes d'acteurs des comtes de Warwick, de Leicester et de Worcester. Les théâtres naissants étaient peuplés de ses compatriotes, et la tentation de les imiter dut s'offrir de bonne heure à son esprit. Peut-être môme l'un d'eux était-il lié avec sa famille et le décida-t-il , par ses instances , à tenter la fortune sur la scène. Héminge, son ami et l'éditeur de ses œuvres , Slye et Thomas Pope , tous trois acteurs, étaient nés dans le comté de Warwick. Thomas Greene, qui faisait partie de la troupe de Leicester, était de Stratford même. Enfin James Burbadge, le fondateur du théâtre des Blackfriars, était parti du même comté et des environs de Stratford, où était né son fils, le célèbre Richard Burbadge.
Après le départ de Shakspeare pour Londres , nous perdons sa trace pendant deux ans ; mais ce temps paraît avoir été utilement employé par lui , car nous le retrouvons en 1 589 acteur en titre dans une troupe importante. Il faut renoncer à la légende qui le représente comme un simple garçon d'écurie, tenant à la porte du théâtre les chevaux des grands seigneurs. Ce n'était ni un enfant ni un mendiant qui arrivait dans la grande ville , mais un jeune homme courageux , résolu à tra-
JEUNESSE DE SHàKSPEARE.
vailler et soutenu par la sympathie de ses futurs camarades. •
Quelle impression dut-il recevoir de son premier séjour dans la capitale et quel était Fétat du théâtre au moment où il y monta? C*est là une question fort importante pour Tétude des œuvres de Shakspeare et qui, grâce à l'érudition des Allemands et des Anglais, a été singulièrement éclaircie. Des influences très-diverses, et qui se partagent en quelque sorte en deux courants opposés, se font sentir dans les premiers essais de Tart dramatique en Angleterre. Les unes venaient du moyen âge, dont elles perpétuaient Tesprit au milieu d'une société renouvelée ; les autres gerniaient sur le sol encore inculte de la Grande-Bretagne, apportées d'Italie et de France par le souffle puissant de la renaissance. Les Mystères et les Moralités, auxquels il faut toujours remonter quand on cherche les origines du théâtre dans les différentes parties de l'Europe, laissent chez les Anglais, peuple attaché aux traditions, une empreinte profonde, que n'effacent ni les changements de l'esprit public ni le luxe croissant de la civilisation. Les Moralités sui^out, modiflées avec le temps, rajeunies par une tendance satirique qui en exclut les abstractions pour y substituer la peinture des mœurs réelles et des attaques directes contre les personnes, subsistent jusqu'à la fin du règne d'Elisabeth où elles intéressent encore le peuple et la cour.
La vitalité de cette ancienne forme dramatique devait
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nécessairement influer sur les débuts d'un théâtre qu'elle avait 4e beaucoup précédé, et auquel elle survivait néanmoins comme un témoignage de la force du passé. Aussi voyons-nous les premiers dramaturges du seizième siècle conserver dans leurs œuvres plus d'un souvenir des pièces morales. Celui qu'ils gardent le mieux et le plus généralement, c'est le caractère dominant de ces productions, c'est-à-dire la moralité du drame ou la croyance à une justice supérieure qui ne permet pas le triomphe du mal et qui le châtie à coup sûr au dénouement. Tout le monde alors reconnaît la nécessité de cette loi et s'y conforme. Le méchant subit inévitablement sa punition sur la scène, punition souvent sanglante, qui ne consiste pas uniquement dans le remords ou dans les angoisses de l'âme, mais qui frappe le corps, afin de montrer aux yeux l'image visible de la pensée du poète. Philippe Sidney, bel esprit qui se piquait de bien juger, félicitait l'auteur de Gorboduc, la première tragédie anglaise, d'avoir conservé cette tradition.
Un autre héritage des Mystères et des Moralités qu'acceptèrent aussi la plupart des auteurs dramatiques, mais non pas tous, ce fut le mélange du tragique et du comique, qui remontait déjà à une époque lointaine. L'élément bouffon tient partout une grande place dans l'histoire des mœurs au moyen âge. Le besoin de se distraire des scènes sanglantes de la guerre y fut général. Les princes lettrés , amis des arts , furent surtout ceux qui encouragèrent la liberté de l'esprit, et c'est à leur cour qu'il faut chercher la première trace des divertissements comiques. En Angleterre et en Ecosse, aussi bien qu'en Lombardie, à Naples et à Toulouse, le palais des princes était le rendez-vous des chanteurs ambulants , des jon-
gleurs et des baladins. L'usage qu'adoptèrent beaucoup de souverains d'entretenir auprès de leur personne un fou privilégié indique jusqu'où les plus grands persooh* nages poussaient le goût de la plaisanterie. Le peuple avait aussi ses bouffons, qui jouaient un rôle dans les spectacles burlesques que lui offrait, les jours de fête, la magnificence des magistrats municipaux ou celle des rois.
De la place publique et de la cour , le comique passa dans les Mystères, où il resta comme un élément naturel des sujets religieux. On ne crut pas en diminuer la gravité par l'addition de quelques scènes amusantes qui soutenaient l'attention de la foule en variant l'intérêt, et qui séparaient , comme des entr'actes, les parties sérieuses de la représentation. C'est le diable qu'on chargeait, en général, de divertir les spectateurs par les mésaventures dont il était la victime et par les quolibets qu'il échangeait avec ses adversaires. Cette figure burlesque de Satan, vouée au ridicule, fit place à celle du Péché ou du Vice dans les Moralités qui substituaient des abstractions aux êtres réels et vivants des Miracles ; mais, en changeant de nom, elle conserva le privilège de faire rire le public. Le principe du mal s'identifia ainsi partout avec le comique. A l'idée du vice s'attacha celle de bouffonnerie. Le seizième siècle, qui rompit sur tant de points avec les précédents , se garda bien de renoncer à une tradition qui s'accordait si parfaitement avec ses propres tendances. Du milieu du naufrage de tant d'idées, il sauva l'ironie, dont il fit l'arme la plus acérée des temps modernes. C'est avec ce puissant levier qu'il battit en brèche dans toute l'Europe l'esprit chevaleresque des âges antérieurs. Rabelais en
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France, HaBS Sachs en Allemagne, Machiavel et l'Arioste en Italie, Cervantes en Espagne, travaillent sans le savoir à la même œuvre que reprendra , après eux , le théâtre anglais *.
Nulle part le mélange des éléments tragique et co> mique ne résista mieux qu'en Angleterre à l'esprit d'innovation qui ébranlait le monde. Il répondait au goût de toutes les classes de la société; il continuait une coutume locale et il satisfaisait le double besoin qu'éprouve le peuple britannique d'être instruit et d'être amusé. La plaisanterie n'a pas besoin , pour être acceptée par les Anglais, de l'assaisonnement du sel attique. Ils ont aimé de tout temps le gros rire; pourvu qu'on les égayé, ils applaudissent. La farce a même plus de succès auprès d'eux que le comique délicat, parce qu'elle les arrache plus facilement à leur gravité habituelle. Le burlesque fait partie de l'histoire de leurs mœurs et se mêle partout chez eux au souvenir des grands événements.' Henri VIII n'était point tellement absorbé par le soin des affaires publiques, par ses amours et par l'entreprise hasardeuse qu'il tentait contre la foi, qu'il n'eût le temps d'assister aux scènes comiques qu'écrivait pour lui, sous le nom d'intermèdes, le poète John Heywood. On ne découvre dans ces œuvres informes aucune trace d'ordre ni d'action dramatique. Ce sont de simples dialogues, sur un fond moral, entre des personnages vulgaires (}ui échangent des facéties.
C'est ainsi que le théâtre, fidèle à l'esprit des Moralités, annonçait déjà la double tendance qu'il devait avoir. La reine Elisabeth, malgré la sévérité dont elle s'armait vo-