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CORIOLAN

Shakspeare a composé trois tragédies romaines qui offrent entre elles beaucoup d'analogies et qui forment, dans l'ensemble de ses œuvres, un groupe à part. Dans Coriolariy il a peint Rome jeune, troublée ou pour mieux dire animée par les luttes des patriciens et des plébéiens qui ont fait sa force. Dans Jules César, Rome est à Tapogée de sa gloire et de sa puissance; mais, si elle a conquis le monde, elle a perdu la liberté. Dans Antoine et Cléopàtre, la vieillesse de Rome commence déjà et se trahit par l'influence dominante que le génie individuel des citoyens exerce sur ses destinées. Il n'y a plus de luttes de principes comme celles que soulevaient encore Brutus et Cassius, il n'y a que des luttes de personnes.

Shakspeare applique à l'histoire ancienne l'intelligence politique dont il a déjà fait preuve quand il a étudié les annales de l'Angleterre. Sans être exactement informé de

tous les faits, il devine les traits principaux d'une époque et il cherche plutôt à expliquer les événements par l'étude des causes qui les produisent, qu'à en connaître les détails. Ce ne sont pas du reste des historiens de profession qu'il prend pour guides, mais des écrivains moralistes. Ce n'est ni Tite-Live ni Tacite qui lui ouvrent les portes delà cité romaine; il y entre avec Montaigne et avec Plutarque qui semblent avoir été, pendant quelques années, ses auteurs favoris et qui lui donnent plus de renseignements sur les hommes que sur les choses ' . Il n'a pas besoin de faire effort, il n'a qu'à obéir au penchant naturel de son esprit pour les suivre dans la voie qu'ils lui montrent et pour s'attacher, comme eux, à l'observation des caractères. Les caractères sont, en effet, là clef des événements, pourvu qu'on n'attache pas à ce mot un sens exclusif et qu'on entende par là l'esprit d'une nation aussi bien que celui d'un homme. Car il y a, dans toute histoire, un personnage important qui porte un nom collectif et qui, quoique multiple, a aussi un caractère marqué : c'est le peuple.

Shakspeare, qui ne l'a pas oublié dans ses pièces historiques anglaises, ne l'oublie pas davantage quand il compose les pièces romaines. Il lui donne une physionomie particulière qui change avec les temps et un rôle aussi bien défini que celui d'une personne. DdnsCortolan, par exemple, il en fait, après Caius Marcius, le principal acteur du drame. S'il ne lui conserve pas la même importance dans Jules César, c'est que, sous la main des chefs militaires, le peuple a beaucoup perdu de son

1 • Voy. à ce sujet le curieux chapitre de M. Phiiarète Chasles : Shakspeare traducteur de Montaigne. — Études sur Shakspeare, Paris, Amyot.

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énergie et de sa liberté. Il ne Técarte cependant pas de la scène ; il l'y fait intervenir quand sa présence est utile à Faction, et c'est lui qu'il charge, ainsi que le veut l'histoire, de punir les meurtriers.

L'art particulier de Shakspeare, c'est de tracer un portrait vivant de ce personnage complexe, de le présenter sous toutes ses faces et de dégager, du chaos de ses sentiments si mobiles et si divers, une sorte d'unité que traduise l'action dramatique. Ainsi les plébéiens luttent contre l'insolence patricienne de Coriolan; ils ne sont pas tous ses ennemis au même degré; les uns se rappellent ses services militaires et le défendent, d'autres, par modération d'esprit, le ménagent; néanmoins, la majorité lui est hostile et cause sa perte, comme un combattant qui en champ clos renverserait son adversaire. Le peuple peut donc avoir autant de pensées qu'il a de têtes et cependant agir comme un seul homme. Quelque diverses que soient les opinions qui s'agitent au sein des masses, il arrive toujours un moment où l'une d'elles prend le dessus et efiface tout le reste. Il faut saisir cette diversité habituelle et cependant la faire converger vers un but unique qu'indique la donnée générale du drame.

Quand on met le peuple en scène, il se présente encore une autre difficulté, c'est de lui attribuer le langage qui lui convient. S'il parle comme un personnage héroïque, il ne paraît pas ressemblant. Si, au contraire, il parle naturellement, il risque de paraître plat. Shakspeare, qui ne fait point de théories sur l'art, ne s'embarrasse pas pour si peu. Comme il a l'habitude de peindre la nature humaine, telle qu'elle est, bonne ou mauvaise, sans la ilatter, il n'embellit pas plus le peuple que les autres acteurs de ses drames, et il lui laisse la vulgarité qu'il a

ses pànlaixt^ X<iMI-j$ii(^W4IM^I H) )fKV^f>|^^ h>^ <^^^ ^ ^^Vt^V^ sûr n^est |Kts ou <i)<i>ii^Ml> o^lif^ ^^Mili^MNI^ ^|^^ W^ ^^V^v)^ oDt inlruiduilie^ dw^ Unir^ Ur^^li^^^ l^^Mi^ iil ^H^^'^m^^ pas aux meniez liiuiU'^ ^|u'v^\, t^ ^(^ l^miiUi^' il^ <\\W>Hi dans le triviaK II fkil ctmum^ W ^V^lii«i(^HWM^\)^j^M^^ qui croient que Tari etWîù^le <^ \s^|^i<^i^ U W^hMHS \m\^ l^ nature, quelle qu'elle «oil, elqui, \m' <^ m\\\\\ ï^\\\\\ duisent avec aut^U de «oiu TiviUivItei^ do \\p\\\ o^MÎm^ ignorants que celui de tleux htmuuf^ de ^\\\i^^ MhwKfr: pearo conserve h)\\U\ lu «iH>>^nli^reW de»i ooMVi^i^ïîttM^Hiii populaires, telles qu*il les \^ entendues dtiMs le^ ihims di^ Londres. Seulement il u un irt'nnd AvnnlAH^ sur leM \m^ tisans modernes du rtialismei e'esl t|uMI ne met, d^ns U bouche dû ses personnu^os uueunii pnrtile insiiinilluntei et que s'il los fait parler iivee trop de vuIkhi'IMi il \mr fait exprimer des idi^es qui e^pllquenl lu nmrelni du drame et qui (Reluirent les iWi^nemenls ou les i'Mmsih^*^Mr Quand il met sur la sc^ue plusieui's l'iloy^tm qui hï'mu tretiennent des actions de <!oHol»Ui il noui» «ppr^ndi im^ leurs réflexions, ce qu'il y u de Idmi »t dM iiml f»ii Im)« il nous montre par quels tUtUn son iM'^ros in«»pir^ l'mimiriê^ tion et par quels autres, au iumlmin^f H ^f%t'ÀUi ïh Umm^ Le discours un ih$u «^ult^irr; t^u*iï \fi'^>U* ù MàhiuUé^ A(^p|>a, i^ouirsii^Ui ^im U \myiini/i,t*, Umii^in d^ O/rl^d^M ; Vnn dit c« qu'il hai pour pl^^ir^^ à» \h UmU H l'i^uU^ 'v^ qu'il lâut pipur U UW.hk^. <>u^m1 OfrUthu Un*ê^i^ U^^ ^/l 4at* qui tiuÂPid^ -i^u Ur^rii^^^ j$m/i>w^#, ^;'<U u^^ <r*U '<i' ^%

échecs qu*a subis leur maître et lui comparent celui qai a été tant de fois son vainqueur, ils expriment l'opinion de la nation volsque, qui a pour conséquence le ressentiment d'Âufidius et sa haine contre Coriolan. Il n'v a pas jusqu'aux injures que Volumnie adresse aux tribuns, dans la rue, qui ne puissent être citées comme un exemple du mal que font aux simples particuliers les discordes civiles.

On a beaucoup discuté, à propos de Coriolan, pour savoir si Shakspeare prend le parti du peuple ou celui du héros. Hazlitt lui reproche d'avoir flatté l'aristocratie, aux dépens de la démocratie '. Il se plaint que les tribuns aient été maltraités dans la pièce et sacrifiés à Caius Marcius. La vérité est que le poëte ne flatte personne. Il expose avec impartialité ce qu'il y a de bon et de mauvais dans chaque partie. S'il représente^icinius et son collègue comme des poltrons et des envieux, c'est un reproche qu'il adresse aux individus et non à une classe de citoyens tout entière. Fallait-il qu'il parlât avec admiration d'un pouvoir qui avait été une conquête violente des plébéiens et qui gardait encore, si près de son origine, quelque chose des passions jalouses et haineuses qui l'avaient imposé à la noblesse. Shakspeare ne fait que suivre à cet égard les indications de Plutarque. Cela ne l'empêche pas, du reste, de rendre justice au peuple lui-même, auquel il attribue beaucoup de bonnes qualités que n'ont pas ses chefs et qu'il distingue soigneusement de la populace corrompue qu'il met en scène dans Jules César.

S'il a choisi pour héros un patricien, cela ne veut pas

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