‹ ShakespeareChapitre 108 sur 137 · Measurefor metuure, act» m, se · texte numérisé non relu

Measurefor metuure, act» m, se

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nous touche pas, parce qu'elle-même ne paraît pas attendrie là où la situation comporte naturellement Tattendrissement. Il ne faut pas oublier que Shakspeare représente en elle une religieuse exaltée qui aspire à une pureté plus qu'humaine. Elle ne voit de la vie que le côté austère, et chaque fois que la pensée du devoir s'offre à son esprit, elle se raidit pour l'accomplir. Son caractère garde de cet effort une apparence de sécheresse qu'augmentent encore l'inexpérience du cloître et la soif des sacrifices que développe, dans la réclusion, l'habitude de méditer sur la vie étemelle. Cependant, cette vertu un peu farouche n'exclut pas la sensibilité. C'est en cela qu'elle l'emporte sur l'austérité impassible d'Angélo.

Shakspeare n'aime pas l'exagération de l'idée du devoir, et, s'il admire l'héroïsme chez une femme, parce qu'au fond de cet héroïsme se cache une souffrance noblement supportée, il condamne l'homme insensible qui» n'éprouvant lui-même aucune passion, ne comprend ni n'excuse les fautes que la passion fait commettre. Il traîne sur la scène, dans le rôle d'Angélo, un de ces sombres puritains que Ben Jonson a souvent attaqués et qui menaçaient déjà de dominer un jour la société anglaise. Leur caractère commun, jc'est une dureté impitoyable, le mépris de toutes les faiblesses humaines et une confiance orgueilleuse dans leurs propres forces. On demande à Angélo la grâce de Claudio qu'il condamne à mort pour un crime pardonnable. « Songez, lui dit-on, que ce jeune homme avait un noble père. D'ailleurs, qui n'a failli une fois en sa vie? » « Non, répond le gouverneur, il doit mourir. » Cette réponse est celle d'un honune « qui a de la neige, au lieu de sang, dans les veines, » comme dit le bouffon Lucie.

Le poëte n*est pas fâché d'humilier cette froide vertu si sûre d'elle-même, et qui témoigne si peu d'indulgence pour les faiblesses humaines. H la fait tomber, pour la punir, dans le crime dont elle a le plus horreur et qu'elle poursuit le plus sévèrement chez les autres. Angélocèdeà la tentation de la chair, il aime Isabelle, et cette première faute en amène d'autres qui renversent l'échafaudage de son insolente sagesse. Il se vantait d'être un saint et il l'était en effet, si on peut l'être avec tant d'orgueil; maintenant il veut faire et il fait le mal; mais comme il a une réputation d'infaillibilité à conserver et qu'il sacrifie tout à l'estime du monde, il devient hypocrite. Ce nouveau trait complète sa ressemblance avec les puritains. Le puritain qui a fait à la sœur des propositions criminelles et qui croit qu'elle les a acceptées, ne peut pas laisser vivre le frère, dans la crainte que celui-ci ne le démasque et ne livre un saint au mépris public. Le libertinage le conduit donc à l'assassinat. Au fond de toutes les actions d'Angélo nous retrouvons l'orgueil et l'insensibilité de sa secte, qui empêchent la vertu de jeter de profondes racines dans son cœur et qui le livrent à toutes les suggestions mauvaises, lorsque l'idée du mal a pénétré en lui par une première brèche. S'il avait plus de modestie, il pourrait se repentir et puiser dans la prière la force de résister à la tentation. S'il était plus sensible, il n'aurait pas persisté, malgré les supplications d'un ami et d'une sœur, à exiger la mort de Claudio, et il ne le sacrifierait pas, en dernier lieu, au désir de sauver sa réputation. Pour avoir voulu être plus qu'un homme, l'orgueilleux tombe au-dessous de l'homme. « Qui veut faire l'ange fait la bête, » dit Pascal, dont la maxime pourrait servir d'épigraphe à la pièce de Shakspeare. Le

poëte tient surtout à montrer que la vertu véritable se compose de bonté et de douceur encore plus que de force. Son âme bienveillante et tolérante repousse les natures hautaines et dures. Il ne les croit pas capables d'accomplir le bien, parce qu'il sait que le bien s'accomplit par le dévouement et non par l'orgueil. Aussi arrache-t-il du piédestal que lui élève l'opinion le faux sage qui s'adore lui-même, et qui regarde en pitié les infirmités de l'espèce humaine.

Pour mieux expliquer encore sa pensée, il lui oppose l'honnête homme, tel qu'il le conçoit et qu'il l'aime, dans la personne du duc;de Vienne. Ce prince, dont Shakspeare a développé les sentiments d'après des vues personnelles, sans rien emprunter à Whetstone, prend plus d'une fois la parole au nom du poëte et exprime en général le jugement que celui-ci porte sur les actions humaines.

La simplicité, l'amour de la vérité, la bonté et l'indulgence forment le fond de son caractère. Le pouvoir ne le rend ni superbe ni sec comme Angélo. Il en évite les marques extérieures d'où les âmes vulgaires tirent leur principale satisfaction. L'éclat et la pompe des cérémonies officielles le fatiguent, sans lui procurer aucune jouissance. « J'aime le peuple, dit-il quelque part, mais je n'aime pas à me donner en spectacle à ses yeux. Je ne goûte que médiocrement le bruit de ses applaudissements et la véhémence de ses vivat, et je ne crois pas qu'aucun homme sensé doive s'y plaire'. » N'est-ce pas là une maxime digne du prince Henri, un des héros préférés de Shakspeare?

Seulement, le duc de Vienne incline vers la faiblesse,

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