Cymbeline, act. i, se
mière explosion de la douleur conjugale, elle sent les pointes delà persécution quotidienne que la reine exerce contre elle. Elle-même résume la situation quand elle nous dit :.« Un père cruel, une belle-mère perfide, un sot aspirant à la main d'une femme mariée dont Tépoux est proscrit ^ ! » Voilà, en effet, trois ennemis qu'elle ne peut désarmer et auxquels elle n'oppose que la résolution inébranlable de rester fidèle à Posthumus.
Cette fidélité à la foi jurée fait le fond de son caractère. Aucune séduction ne l'entamera et aucun malheur ne la fera fléchir. La scène de la tenlation ne l'ébranlé pas plus que ne l'ébranlera plus tard l'injustice de son mari. Jachimo parle cependant avec un art consommé ; il commence, comme Jago, par des insinuations perfides, avant de démasquer ses batteries ; il sous-entend ses calomnies et ses prétentions, avant de les expliquer franchement, et il ne hasarde sa déclaration qu'après avoir sondé le terrain sur lequel il s'avance. Mais son habileté échoue contre une vertu solide qui ne se doute pas d'abord qu'elle est attaquée et qui, une fois qu'elle sent qu^elle l'est, se défend noblement.
On admire beaucoup, et avec liaison , le monologue de Jachimo lorsqu'il sort de son coffre, pendant la nuit et qu'il contemple Imogène endormie. C'est là un de ces élans lyriques si fréquents dans le théâtre de Shakspeare, où chaque fois que l'écrivain rencontre une situation poétique, il la traite en poète, avec une imagination vive et libre qui élargit sans cesse, pour s'y déployer plus à l'aise, le cadre du drame. Ce morceau très-court pourrait se détacher de la pièce. On le prendrait pour un fragment d'un hymne à la beauté.